Puisque chez Violette demeuraient des envies de cadeaux, j'acceptais de lui
en offrir, tant que cela ne me coûtât que la peine de me baisser.
À vrai dire, je n'avais aucun à priori contre les présents, seulement une
allergie envers la dépense.
En vérité, je lui accordais volontiers ses plus chers désirs, pourvu que
ceux-ci ne valussent que le prix de trois fois rien. Saisissait-elle réellement
cette distinction ?
Avec elle, je me comportais de manière très généreuse ; dans les démarches
de gratuité, pour être exact.
Et je voulais le lui prouver.
Un jour, je tombai sur un sac à main gisant au fond d'une poubelle. Il y
avait même l'emballage d'origine qui l'accompagnait. L'occasion me parut idéale.
Je réunis le papier cadeau déchiré et son ancien contenu pour confectionner une
magnifique surprise à ma bonne amie.
Il m'avait juste suffi pour cela de rafistoler l'empaquetage et de replacer
l'article en faux cuir à l'intérieur. Le résultat me sembla satisfaisant.
J'allai pouvoir jouer au grand seigneur auprès de Violette sans débourser le
moindre argent !
Précisons que cette pièce unique, avantageusement patinée par l'usage,
présentait l'aspect lustré de ces trésors rares qui sortent de l'ordinaire pour,
avec un peu d'imagination, entrer dans le monde du rêve.
Ce que j'allais déposer à ses pieds ressemblait à un miracle des
déchetteries. Une trouvaille presque neuve, encore fonctionnelle, parfaitement
apte à faire illusion dans les soirées chic.
Heureux que le sort serve ainsi ma cause, je lui apportai ma découverte. Je
me gardai de lui en révéler la source.
Elle fut plus étonnée par ce geste venant de moi que par la valeur
apparente de ce don censé venir du cœur. Je voyais son visage s'éclairer
progressivement en ouvrant le paquet.
— Un sac à main, s'écria-t-elle, incrédule !
Elle le trouva fort beau, bien que je la soupçonnasse d'avoir deviné sa
provenance. Finalement, cet objet jeté fit l'affaire. Elle l'adopta d'emblée
comme une authentique preuve d'amour de ma part. Avait-elle mis de l'eau dans
son vin, ou croyait-elle véritablement aux qualités esthétiques et à la noblesse
des matières de cette merveille de mauvais goût, vraie incarnation de ce que
notre société industrielle produisait de pire ?