vendredi 31 juillet 2026
2705 - Le sac à main
2704 - Mes habits de gueux
jeudi 30 juillet 2026
2703 - Mes mots en or
mercredi 29 juillet 2026
2702 - Les joies de la gratuité
2701 - Les cadeaux
lundi 27 juillet 2026
2700 - Générosité de rat
2699 - Les profondeurs de ma chambre
dimanche 26 juillet 2026
2698 - Mireille Mathieu, quatre-vingt ans
samedi 25 juillet 2026
2697 - Rat céleste
vendredi 24 juillet 2026
2696 - Gérer ma fortune
jeudi 23 juillet 2026
2695 - La fortune
Du jour au lendemain je me retrouvai à la tête d'un héritage providentiel. Je reçus ce cadeau immérité du ciel avec incrédulité et reconnaissance. Je n'avais rien entrepris de sérieux de ma vie et venais de gagner une fortune d'un seul coup, sans bouger le moindre doigt.
Ce qu'il faut pour subvenir à mes besoins et à ceux de Violette pour un siècle.
Je passai subitement du statut de vautour se vautrant dans les poubelles à celui d'aigle planant au-dessus des nuages.
Vivant encore chez mes parents, je ne représentais plus un motif de soucis pour ces derniers mais une bonne raison de ne jamais désespérer des causes que l'on croit perdues...
Le choc de cette richesse soudaine fut immense.
Je ne changeai cependant pas mon existence. Je demeurai dans ma chambre déclassée et continuai mon train-train d'économe avisé.
Je peux même dire que tout s'empira : mon avarice, loin de s'effacer face à cette immensité de ressources, se renforça à la hauteur de mon compte en banque. J'avais là non pas de quoi me débarrasser de ma pingrerie mais au contraire le meilleur argument au monde pour accentuer mon vice : cette montagne d'argent engrangée sans effort matérialisait l'énormité de mon problème : je restais un radin d'envergure fabuleuse. J'entrai dans la légende de roi des rats.
Cette manne judicieusement placée faisait des petits sans que je n'entame le capital d'un centime. Mon patrimoine financier me rapportait des bénéfices mensuellement que je redéposais au fur et à mesure. Un roulement incessant qui me poussait à ne pas toucher à la poule aux oeufs de si grand prix.
Un placement de ladre sordide.
Certes j'avais à ma disposition un impressionnant tas de cocos tous chauds qui augmentait régulièrement, sauf que je me refusais de me mettre à table. Moins je mangeais mon bien et plus celui-ci prenait du poids.
Je maigrissais mais mon trésor grossissait. L'un s'allégeait, l'autre s'alourdissait. Sachant qu'un vin accroît sa valeur si on ne le boit pas, je m'interdisais d'ouvrir mes précieuses bouteilles.
Mon système absurde m'emportait dans des fonds vertigineux.
mercredi 22 juillet 2026
2694 - La bague
mardi 21 juillet 2026
2693 - Ce qui ne s'achète pas
dimanche 19 juillet 2026
2692 - L'amour qui compte
samedi 18 juillet 2026
2691 - Crépuscule
vendredi 17 juillet 2026
2690 - Le combat pour l'économie
2689 - Le repas payé
jeudi 16 juillet 2026
2688 - Un vrai restaurant
mardi 14 juillet 2026
2687 - Le restaurant gratuit
lundi 13 juillet 2026
2686 - Radin, un métier
dimanche 12 juillet 2026
2685 - Le poids des pièces
samedi 11 juillet 2026
2684 - Les lumières de ma piaule
2683 - Rapports sains
jeudi 9 juillet 2026
2682 - Les dangers de l'amour
Ces étapes cruciales de la vie constituent généralement des points de départ pour des dépenses inconsidérées. Je devais par conséquent redoubler de vigilance afin de ne pas me laisser entraîner dans des folies financières, emporté malgré moi dans les ivresses de l'amour.
Il me fallait m'en tenir aux verres d'eau en guise de boisson, détourner l'attention de Violette des bars, mais aussi des bouteilles et des canettes vendues dans les épiceries.
Pour notre première nuit amoureuse, les récipients largement remplis de pure et fraîche gratuité firent parfaitement l'affaire. Pourquoi changer cette formule gagnante ?
J'appréhendais par-dessus tout un revirement de situation. Je craignais des appétits subits de la part de Violette pour des breuvages payants, des sorties au cinéma et autres fantaisies onéreuses...
Je me préparais à toute éventualité allant en ce sens, en espérant de toute mon âme qu'aucune de ces mauvaises idées ne lui effleurerait la cervelle. Nous devions nous revoir et il fallait absolument éviter les pièges de la consommation abusive. Pour la suite des événements, je cherchais un moyen de la maintenir salubrement dans son rêve où elle voyait mon avarice avec un œil romantique et non un esprit critique de contradiction.
Ma priorité : défendre ma cause économique, prévenir les futures pertes, éteindre les bougies de la passion avant qu'elles n'enflamment mon portefeuille. Je cogitais beaucoup à ce propos.
Pour ma part, j'avais enclenché un cercle vertueux. Rien dans mon comportement ne lui avait suggéré une quelconque envie de lui faire plaisir par bourse interposée. Je faisais tout pour entretenir cette actuelle relation dénuée d'allusion à l'argent. Une entente basée sur des rapports sains où l'aspect matériel ne semblait pas entrer en ligne de compte à ses yeux : un énorme souci en moins pour moi !
Dans ce temps de la découverte, pas question de parler de ces sujets qui me chagrinaient !
Je savais que le jour où elle émettrait le souhait de me voir débourser mon épargne au nom de notre neuf hyménée, je me braquerai immédiatement. J'avais déjà échafaudé de multiples fuites me permettant de me débiner élégamment, de retarder l'heure des achats redoutés, de faire face de manière crédible à ce séisme.
Même si je me doutais bien qu'à un moment donné je serais obligé de passer à la caisse.
Impossible d'y échapper ! Ce serait là le douloureux prix à payer pour vivre en couple sur la durée comme dans la profondeur. La nécessité de cette existence à deux impliquant un partage bancaire constituerait à la fois mon bonheur conjugal et mon drame majeur.
À prendre ou à refuser.
J'avais finalement fait le choix du sacrifice : une femme contre des années de finances à dilapider. Je l'acceptais. Sauf que dans cette funeste perspective j'étais quand même décidé à limiter la casse. Je serais donc acculé à engager des frais auprès d'elle ? Soit ! Cela ne m'empêcherait pas de devenir le plus radin des conjoints, autant que possible et sans en avoir l'air.
Je ne voulais certes pas perdre ma conquête féminine.
Encore moins mes sous à venir.