samedi 30 mai 2026

2637 - Pierre dans un nuage

Pierre annonça à ses parents la bonne nouvelle :
 
— Mon existence va changer, j'ai définitivement fait la conquête de l'oiseau rare : une admiratrice pour ma bosse !
 
Sa manière de voir ainsi la réalité ne surprit pas ses géniteurs. Ils savaient pertinemment que cette élue qu'ils ne connaissaient pas encore n'admirait pas spécifiquement l'infirmité de leur fils et que ce dernier cherchait surtout à montrer que son dos de bête n'était finalement pas un obstacle à une rencontre amoureuse et qu'au contraire cet état de fait lui permettait de décupler sa motivation pour accéder au privilège d'un hymen de choix.
 
Son père demanda :
 
— Est-elle belle au moins ? C'est important tu sais !
 
La question paternelle méritait de recevoir une ferme réponse. Avec ses traits ingrats et sa silhouette de chauve-souris, Pierre se trouvait dans l'obligation de viser plus beau que sa face de cafard, de dépasser son misérable sommet dorsal.
 
— Assez pour que l'on s'étonne de la différence entre elle et moi : elle est blanche, elle est haute, elle est loin. Son nom est "Marie".
 
— Que veux-tu dire, répondit sa mère ?
 
— Cette femme est un nuage attiré par la pierre !
 
Tout était exprimé en peu de mots. Ils avaient compris l'essentiel : Pierre venait vraiment de rencontrer celle qu'il attendait depuis qu'il avait pris conscience du poids pesant entre ses épaules.
 
Évidemment le jeune homme contrefait qui avait séduit la virginale femelle aux apparences de plâtre ne leur raconta pas le feu de leurs ébats, le ciel ayant brûlé leur chair, leur nuit de lumière déchirée et d'étoiles ébranlées. Il leur laissa entendre cependant que leur enfant bossu, hier ingénu, valait désormais autant qu'un ogre insatiable, qu'un loup sanguinaire. En termes charnels, humains, spirituels. Et même poétiques : il s'enflammait aussi bien pour les rats que pour l'azur, éprouvant un amour universel à l'égard de toute chose et de tout être de la Création.
 
Il ajouta :
 
— C'est une infirmière. Elle a pris mon sang et je lui ai offert mon âme. Elle rêvait trop dans sa vie monotone, j'ai brisé ses résistances. Je crois qu'elle espérait un prince charmant. Et moi je suis arrivé au bon moment. Pour elle la surprise fut de taille : en guise de galant porteur d'inoffensive épée dorée, elle croisa un polichinelle au glaive vaillant.

vendredi 29 mai 2026

2636 - La bosse et le phallus

Pierre était aux anges, à vingt-et un an il avait trouvé l'amour.
 
Non pas l'eau calme et limpide des sentiments proprets mais le feu, le choc, la chair.
 
Le visage de l'infirmière ne ressemblait pas à celui d'une femme, il s'apparentait davantage à un astre pâle. Marie n'inspirait point les flammes masculines et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles le coeur de Pierre s'était allumé : il avait deviné le célibat de l'élue. Nul homme ordinaire ne la regardait en tant que potentielle conquête : au premier abord on la soupçonnait de côtoyer des statues pieuses plutôt que de vivants représentants  de la gent virile.
 
Sa beauté abstraite et virginale effrayait les plus entreprenants des séducteurs. Elle ne plaisait véritablement qu'au bossu. Cette fleur blanche ne pouvait s'épanouir que sous la lumière d'une rocaille. Marie ne souhaitait pas un bonheur consensuel et édulcoré, elle voulait un ciel en ses flancs, des montagnes dans la tête, des jours chargés de sens dans sa vie.
 
Pierre incarnait à ses yeux le poids des sommets, la légèreté des ombres, le vertige charnel.
 
Elle ne cherchait plus la douceur du rêve mais l'éclatante brutalité du Soleil qui brûle et éblouit. La bosse de son amant la bousculait, son phallus la remettait en place, au centre d'elle-même.
 
La laideur de l'infirme la rendait sage et profonde. Elle lui apportait une vue élargie et débordante de l'Univers, elle voyait plus loin que les formes immédiates des êtres et des choses. Tandis que le plaisir qu'il lui procurait la retenait sur terre, plus proche encore du réel.
 
Si Pierre affichait une misère sur le dos, sa gloire se cachait en son intimité.
 
S'il se montrait rebutant par son physique, il opérait des miracles par la voie phallique. Comme si sa protubérance dorsale annonçait ironiquement sa puissance de taureau. La petite vierge à peine initiée réclamait de féconds orages dans les profondeurs de sa matrice si longtemps préservée.

Marie hurlait en silence sa folie. Son seul désir : n'être plus que la putain du Cosmos, l'objet femelle de ce Jupiter au corps de diable.

jeudi 28 mai 2026

2635 - La pierre et le ciel

L'infirmière, contrairement à Estelle, n'avait nullement été rebutée par la hideuse infirmité de son amant. Les ébats eurent lieu non pas en niant, en ignorant, en effaçant sa bosse mais en l'intégrant à la réalité : elle reçut, elle aussi, sa part de flammes.
 
Ce qui, précisément, contribua à renforcer chez Pierre son sentiment de mériter le meilleur de la part de la gent féminine en dépit de la misère que, fatalement, il lui offrait en retour : Marie lui sacrifiait son hymen, Pierre la remerciait en lui présentant son calvaire dorsal. Une fleur contre une épine. De l'or contre un clou. De la lumière contre de la glace.
 
Le choc entre la douceur et la laideur.
 
Lors de leur première nuit d'étreintes ils avaient échangé de la tendresse certes, mais surtout du feu charnel. Ce duo singulier, tellement différents du reste des humains, ressemblait à un cauchemar devenu rêve vivant.
 
Elle, une espèce de vestale intouchable et hors du siècle pénétrée par des pensées supérieures se découvrant putain stellaire du jour au lendemain. Lui, un bossu calamiteux à l'existence chaotique que l'on croit vouée au naufrage, échouant dans la société pour réussir sous les étoiles. Nés pour ne jamais se rencontrer. Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Leur univers respectif s'opposaient : elle dans ses blanches nues, lui perdu au fond de ses étranges brumes.
 
Et pourtant ils se trouvaient ensemble.
 
Ils cherchaient un même horizon à dépasser. Elle en l'air, lui au ras du sol. Chacun dans son ciel. La légèreté des cailloux et le poids de l'azur les avaient réunis. Tout cela n'allait-il pas mystérieusement dans le sens de leur vie, comme une direction ultime ?
 
La clarté et le trouble formaient leur couple.
 
Pierre le rampant traînait le malheur sur son dos. Marie la virginale portait l'avenir de l'Humanité en son sein.
 
Le chardon qui pique et le diamant qui brille. Le tragique enchaîné à la joie. Les ténèbres de Terre croisant la beauté des anges. L'amour sans artifice ni mensonge : le plaisir à travers la brutalité de leur chair enflammée. Ils se quittèrent pour mieux se retrouver plus tard.
 
Puis elle retourna dans son local stérilisé entourée de ses seringues, le corps apaisé, le coeur dans de nouvelles hauteurs. Pierre quant à lui abandonna ses chemins d'errance pour se fixer dans sa chambre, les semelles usées, l'âme rafraîchie.
 
Tous deux venaient de connaître les éclats cachés du monde et les ombres de la vérité.

mercredi 27 mai 2026

2634 - La chair

Pierre et marie étaient des marginaux, chacun en son domaine, que le sort le plus improbable avait réunis.
 
Les deux astres égarés se revirent quelques jours après cette rencontre de neige et de feu au sortir de l'église.
 
Ils se donnèrent rendez-vous sous la Lune à une heure tardive, à l'orée d'un bois. Sauf que ce soir-là il plut abondamment et les amants se retrouvèrent les pieds dans la boue. Ils s'embrassèrent sous l'averse. Guère longtemps : tremblant bientôt de froid, ils écourtèrent leur théâtre.
 
Cette puérile tentative d'instauration de romantisme ne résista pas à cette simple pluie. Ils rirent ensemble de leur propre sottise. Ils se doutaient qu'ils valaient beaucoup mieux que ces vacuités et se moquèrent très férocement l'un de l'autre.
 
Ils n'avaient pas grand-chose à se dire, à la vérité.
 
Pourtant, fort mystérieusement, ils sentaient de manière intime que leur union était essentielle. Ils se rendirent vite compte qu'ils n'avaient finalement pas vraiment besoin de se parler. Plutôt de s'enlacer. Des actes au lieu de paroles. Ils ne désiraient pas des discours entre eux. Simplement des caresses, des baisers, des étreintes.
 
Non pas des envolées intellectuelles mais des pénétrations charnelles !
 
Rien que des transports cupidonesques.
 
L'infirmière réclamait surtout des coups de boutoirs entre ses flancs et le bossu brûlait de chevaucher farouchement sa conquête en blouse blanche. Ils prolongèrent leur nuit de noces au domicile de la soignante. Loin de ce décor trempé et inconfortable où ils pataugeaient.
 
Dans l'alcôve, bien au sec, ils s'enflammèrent jusqu'à épuisement des corps.

A l'aube, c'est désormais un couple qui se réveilla : un homme et une femme soudés par les liens indéfectibles de ce fol hyménée nocturne.

Sous le clocher, il s'agissait de premières étincelles suivies d'une explosion impulsive et désordonnée, à la sauvette. Dans le lit, ils avaient consciencieusement exploré des terres inconnues, des mondes lointains, tenté des aventures audacieuses : ces argonautes de l'amour venaient de se trouver.

mardi 26 mai 2026

2633 - Pensées du lendemain

Le lendemain chacun des deux amants retourna dans son monde respectif : elle dans son centre hospitalier, lui dans sa chambre. Pierre tenta d'analyser froidement le fil des événements de la veille, presque incrédule. Il demeura longtemps pensif entre les murs de son refuge parental. Pour lui c'était le début d'une histoire ne concordant pas du tout avec ses plans théoriques à propos de sa prochaine rencontre amoureuse. Pour l'infirmière, ce fut la fin d'une partie de sa vie : elle venait de se révéler à elle-même à travers cette saillie fulgurante au sortir d'une église.
 
Pierre s'étonnait encore de cette opportunité qu'il avait si spontanément saisi, bien qu'elle fût aux antipodes de ce qu'il cherchait réellement. Il ne regretta rien cependant, tout au contraire. 

Quant à la jeune femme, retournée par cette union charnelle aussi inattendue que bestiale, secrètement troublée depuis son premier contact avec le bossu dans son local médical, se remit en question sur sa véritable nature féminine. Elle se croyait être une virginale incarnation au service de causes supérieures, elle se découvrait pure flamme femelle se jetant aux pieds d'un mâle handicapé et laid doté d'une virilité triomphante.
 
Ressentait-elle en réalité une attirance morbide pour cet infortuné au dos brisé ? À Quel sombre charme avait-elle succombé venant de l'étrange personne que représentait Pierre ? Le savait-elle seulement, au fond de ses pensées les plus intimes ?
 
Toujours est-il que le cygne s'était délicieusement vautré dans la gueule du loup.
 
Dès le départ elle fut fascinée par ce patient si différent des autres venu faire une banale prise de sang dans son lieu professionnel, déjà remarquable par sa seule bosse. Mais inoubliable à ses yeux par sa présence à la fois hideuse et immodeste, touchante et cauchemardesque. Elle avait eu devant elle ce jour-là, assise sur son siège, une sorte de magnifique bête.

Avant de se séparer sous le porche du clocher, elle lui avait précisé son prénom : Marie.

2632 - Retrouvailles sulfureuses

Et c'est dans cet état d'esprit, après une année passée à espérer trouver l'impossible autour de son foyer, que l'impensable arriva : il la vit.
 
Elle sortait d'une église d'un de ces villages des alentours qu'il traversait régulièrement. Avec son air de sainte en plâtre, là encore elle semblait aussi distante des heures ordinaires de ce monde que lorsqu'il l'avait croisée pour la première fois dans le local médical. Fébrile, il l'aborda :
 
— Voilà une journée faite pour les chanceux ! Vous me reconnaissez ?
 
La jeune femme le regarda, étonnée. Et visiblement ravie. Difficile d'oublier ce bossu de vingt ans, d'ailleurs. Ce genre de rencontre marque toujours, que ce soit dans un cadre professionnel ou privé.
 
— Bien sûr que je vous reconnais ! Je ne sais plus exactement quel est votre nom mais je me souviens parfaitement de votre bos...
 
Elle s'arrêta net, gênée, comme si elle venait de dire un mot interdit, une bêtise... Elle reprit immédiatement, tentant de se rattraper :
 
— Je me souviens de votre cas.
 
Pierre voulut lui montrer qu'il n'était nullement offensé :
 
— En effet, ma bosse laisse souvent des traces dans les mémoires, c'est normal.
 
Il avait fallu qu'il prononce le terme "bosse" pour que l'atmosphère changeât brusquement. L'infirmière lui adressa aussitôt un sourire radieux : elle comprit tout de suite à quelle personne elle avait réellement affaire.
 
Pierre n'imaginait pas l'incroyable vérité : la soignante avait été aussi troublée que lui lors de leur précédent contact, douze mois auparavant. Et ces retrouvailles impromptues en ce lieu spécifique l'enchantaient. Elle le lui avoua sans détour :
 
— Depuis qu'on s'est vu j'ai beaucoup pensé à vous, figurez-vous. De vous retrouver ici, j'en ai des frissons !
 
Pour Pierre ces paroles émises si spontanément valaient un aveu. Cela réveilla ses flammes intimes. Une fièvre charnelle monta soudainement en lui. Et là, sous le porche de l'édifice, à l'abri des regards, il ne put réprimer ses ardeurs naissantes. Prenant sa confidence pour un consentement implicite, il osa vers elle un geste fou, cru et obscène, en total décalage avec la décence supposée de la situation : il lui exhiba purement et simplement sa turgescente virilité. Empoignant en sa direction l'objet de sa mâle fureur, il l'agita frénétiquement.
 
En guise de déclaration amoureuse, comment faire plus franc et direct ?
 
Pour Pierre, c'était tout innocemment une manière authentique d'exprimer la profondeur de son émoi. Un hommage sincère rendu à celle qu'il désirait. À ses yeux le contexte s'y prêtait idéalement. Chose remarquable, loin de s'offusquer de cette audace, l'intéressée y répondit favorablement.
 
Par pudeur, l'on taira ici les détails de ces ébats à l'ombre du clocher.
 
Le lecteur devinera cependant l'ampleur de cet incendie de chair dont furent témoins les quelques statues environnantes.

lundi 25 mai 2026

2631 - Faux espoirs ?

Une année passa. Pierre continuait à mener son existence flottante, le dos rasant de plus belle le sol, les pensées invariablement à la verticale. Le souvenir de l'infirmière le hantait sans qu'il sache vraiment pourquoi. Lui-même s'étonnait de cette flamme persistante au fond de son âme. Il ne connaissait même pas le nom de cette ombre blanche.
 
Qu'avait-elle de plus que les autres pour le poursuivre ainsi au bout de ses chemins d'errance et jusque dans ses chimères nocturnes ? Elle était demeurée assez discrète dans le local médical, tellement effacée, distante par rapport au monde. À travers ses allures professionnelles rigoureuses, elle ressemblait tant à une figure religieuse pétrifiée, à une image lointaine légendaire, à une sorte d'archétype féminin abstrait,... Elle rayonnait en silence dans sa blouse immaculée au milieu de ses instruments et de ses flacons, pareille à une statue sacrée. Présente à son oeuvre, les deux pieds sur terre, les mains plongées dans le réel et cependant paraissant totalement détachée des bruits de ce siècle...
 
Ne doutant nullement de la lumière perçue ce jour-là chez celle qui lui avait ôté quelques flots de son sang, il s'était persuadé qu'il la reverrait bientôt. Or durant les douze mois précédents il ne rencontra que ses fantômes habituels : le vent, la solitude, l'indifférence.
 
Se serait-il trompé si vertigineusement ?
 
Le feu lui brûlait mystérieusement le coeur pourtant. Le choc ressenti au contact de cette simple brise humaine l'ébranlait encore après tout ce temps. L'affaire sortait de l'ordinaire, par contre les faits semblaient n'avoir pas suivi.
 
Un si grand tremblement intérieur pour si peu de conséquences concrètes ? Il n'arrivait pas à admettre la chose. Le destin lui réservait fatalement une surprise à la mesure de son éblouissement, pensait-il. Il suffisait d'attendre davantage, d'être attentif aux opportunités, d'ouvrir les bonnes portes.
 
Il adoptait une attitude résolument optimiste, alors que rien ne se passait réellement. Il naviguait comme un illuminé dans son océan de certitudes. Il ne croyait pas aux rêves mais aux êtres de chair. Elle se tenait loin de lui, évoluait hors de sa vie. Peut-être avait-elle disparu ailleurs, à jamais.

Ces raisons avaient beau s'imposer à son esprit, il s'ingéniait à regarder dans la direction opposée au bon sens. Sa folie lui montrait un horizon à sa portée. Là où un an auparavant se cachait ce visage si pâle, il voyait toujours une étoile briller.

dimanche 24 mai 2026

2630 - L'infirmière

Lors d'une prise de sang pour un contrôle de santé de routine, Pierre tomba sur une jeune infirmière qui ressemblait à un de ces moulages en plâtre que l'on voit parfois dans certaines églises de campagne. Pâle, incolore, impassible. Pour ainsi dire, neutre. Elle officiait calmement, professionnellement, sans heurt ni zèle ostensible.
 
Posée, elle ne faisait guère de bruit, s'appliquant simplement dans son travail, discrète. Presque invisible.
 
Cette employée en blouse blanche n'avait au premier abord absolument rien de particulier qui pût la faire remarquer, si ce n'est précisément cette sorte de transparence qu'elle affichait à travers tous les aspects de sa personne.
 
Et là, dans le coeur de Pierre ce fut un choc.
 
Il se trouvait en présence d'une personnification féminine idéale, justement parce qu'elle ne correspondait pas du tout avec l'amante qu'il attendait.
 
L'inconnue qui lui piquait le bras sortait du lot.
 
Ni éclatante ni grise, cette sereine apparition aurait pu se prénommer Catherine, Christine ou Sophie. Elle était bien mieux que banale : elle incarnait le stéréotype quasi disparu de la fleur en pot : une conception sage, honnête, raisonnable de la femme. Une beauté comme une autre, simple, dénuée d'aspérité. Une rose commune, à la fois accessible et difficile à cueillir.
 
Une plante anonyme et universelle faite certes pour tout le monde. Pas pour n'importe qui non plus.
 
Quelconque et cependant unique, à l'image d'une étoile très ordinaire. Mais une étoile quand même : lointaine, brillante, brûlante. Un astre en soi extraordinaire, en somme.
 
Il observait la soignante en se demandant si cette âme apparemment pleine de quiétude ne cachait pas des rêves embrasés. Elle posait sur lui un oeil purement médical, considérant sa bosse avec froid professionnalisme. Peut-être aussi avec humaine curiosité. Le bossu en recherche de conquête avait senti chez cette personnalité aux apparences anodines un potentiel amoureux fabuleux.
 
Elle ne prononça que les mots strictement nécessaires à l'occasion de cette extraction sanguine, en plus des politesses d'usage.

Quelle secrète fièvre dissimulait-elle donc derrière sa seringue ?

samedi 23 mai 2026

2629 - Les anges

Les anges sont des flammes viriles et puissantes, des feux sans fin qui brisent l'azur, des éclats de Ciel qui font tonner les campagnes et taire les hommes.
 
Ces tempêtes de clarté arborent des faces impassibles qui effraient les loups et font sourire les épouvantails.
 
Tels des foudres inextinguibles, les messagers de l'infini éblouissent les mortels.
 
Ces éclairs glacent les os et brûlent les âmes !
 
La lumière qu'ils propagent est celle des morts et leurs mots sonnent comme des hurlements aux oreilles des vivants. Ils aiment avec des coeurs d'ogres et volent de leurs bras d'éther. Ces immensités ailées ressemblent à de grands oiseaux pâles dans les nues.
 
Elles caressent les étoiles de leurs plumes d'acier et réservent leurs crachats pleins d'or pour les incrédules, fracassant l'obscurité de doux chants lunaires.
 
Ces êtres, conscients de leurs airs célestes, s'amusent à réveiller ce qui gît et végète sous leurs pieds, parlant toujours au nom de plus haut qu'eux. Ils invitent les nuages autant que les montagnes à des fêtes d'esprits, eux qui incarnent tous les vents de l'Univers et chaque pierre qui prie.
 
Leur monde est strictement vertical, leur visage est un astre, leur joie un enflammement de neige. Et vous qui croyez les voir, vous êtes encore trop loin de la pureté des orages qu'ils inspirent et des flots d'intelligence qu'ils tentent de déverser sur vos têtes de cochons pour les connaître vraiment.
 
Vous êtes les porcs de la Terre et ils sont la brume de la nuit qui vous force à lever les yeux vers le firmament.

2628 - Dérive verticale

Retrouvant espoir et courage face à l'adversité, Pierre s'attachait à ne pas perdre le cap de son existence. Il évoluait dans ses champs d'étoiles, les pieds sur les cailloux, le regard dirigé vers un horizon mystérieux, ivre de ses succès, insensible à ses échecs.
 
Parfaitement conscient de la hideur de sa bosse, il n'en demeurait pas moins confiant en l'avenir. Un jour lors du repas ses parents l'interrogèrent sur sa situation amoureuse :
 
— Pierre, fréquentes-tu toujours cette drôle de fille avec son épouvantail ? Tu ne nous dis rien, nous aimerions quand même en savoir un peu plus, si tu nous le permets. C'est important pour nous aussi, tu sais.
 
Il leur répondit en restant le plus vague possible, soucieux cependant d'apporter une touche poétique à son propos :
 
— Elle a tenu un autre fantôme de paille dans les bras avant de s'envoler. À l'instant où je parle elle doit certainement rêver dans les nuages, entourée de bleu, de blanc, de vide et de liberté. Ma soupe à la ciboulette est excellente !
 
Il passait la plupart de ses journées seul, ayant fort peu d'amis de sa génération avec qui partager des moments privilégiés. Juste des connaissances cordiales et distantes avec quelques voisins et deux ou trois anciens camarades de classe. Il accordait davantage d'importance à la méditation en solitaire au sein de son univers routinier, à la contemplation des légumes dans le silence du jardin familial, à l'écoute de son âme éprise de flammes supérieures.
 
Il aimait se laisser bercer par les heures âpres et belles de sa vie si singulière, emporter par les spectres vertigineux de sa folle imagination, engloutir par les flots inquiétants et sublimes des crépuscules... Déconnecté de son siècle, il clôturait souvent ses escapades de jeune vagabond par de longues réflexions dans sa chambre. Il se nourrissait de l'ombre de son refuge, s'abreuvait de ses rêveries sulfureuses, s'amusait des tempêtes du ciel, se réjouissait des eaux calmes de la terre.
 
Et se reposait dans les limbes sans fond de ses nuits de gargouille.
 
Pierre se comportait naturellement avec la hauteur des oiseaux d'envergure. Tout en majesté et légèreté, comme si un destin céleste l'attendait.

Derrière ses apparences de bossu pitoyable battait un coeur de géant.

vendredi 22 mai 2026

2627 - Bêtise ou grandeur ?

Il ne doutait nullement de cette rencontre providentielle avec sa prochaine amante et future mère de ses enfants. Il se demandait simplement de quel côté de sa vie surgirait cette belle jeune fille idéale à laquelle il rêvait depuis toujours et qu'il désirait de toute la hideur de son dos et de toute la disgrâce de son visage. La séduirait-il en mettant en valeur sa bosse ou au contraire en tentant de la recouvrir d'artifices ? Agirait-il de manière franche et risquée ou bien habilement détournée ? Lui sourirait-elle ou lui adresserait-il sa plus repoussante grimace ?
 
Il ne remettait pas une seconde en question le fait qu'il s'octroyait le droit de réclamer le meilleur en proposant le pire. Il souhaitait ardemment échanger la beauté d'une femme contre sa laideur. D'autorité, il s'accordait sans aucun complexe ce qui à ses yeux n'était qu'un dû universel, une sorte de formalité naturelle. Même si pour le monde sa réalité passait pour une audace, voire un abus.
 
Bien qu'il fût parfaitement conscient de sa hideuse incarnation en cette misérable peau de bossu, cette histoire semblait aller de soi pour lui. Selon ses critères personnels, il méritait de trouver une compagne aux charmes inversement proportionnels à la répulsion qu'inspirait sa triste personne. Non pas spécialement parce qu'il était laid : pour la simple raison qu'il estimait être sur Terre dans le but essentiel de vivre l'amour conjugal. Et ce, indépendamment de sa naissance. Il ne voyait pas plus loin.
 
Tout cela lui paraissait légitime, évident, banal. Il se disait que s'il y avait des déshérités de son espèce qui naissaient sur ce globe riche de tant de diversités et de contrastes, fatalement c'était pour que ceux-ci décrochent le gros lot. Mais guère plus impérieusement que les gens normaux et les favorisés nés avec tous les dons.
 
Avec la possibilité de l'échec pour lui-même comme pour tous les autres humains, afin d'ajouter encore plus de sel à leur sort. Que ces hommes soient communs ou singuliers, n'affrontaient-ils pas tous des épreuves ici-bas ? Handicapé ou valide, chacun avait sa chance de gagner. Et prenait également le risque de perdre. Sauf que lui voulait absolument se donner les moyens de réussir.
 
Pierre considérait ainsi les choses.
 
Et en ce qui le concerne, il pensait que ce trésor qu'il convoitait consistait précisément à tomber dans les bras d'une créature... Ni plus ni moins. Certes il avait conscience de la difficulté de l'affaire, de la rareté de ces féminités disponibles pour se mettre à la portée de son infirmité, il ne se décourageait pourtant pas. Preuve d'intelligence ou de bêtise, qui saura le dire ?

Après avoir été battu, humilié, éconduit, il s'ingéniait à jouer dans la cour des vainqueurs.

jeudi 21 mai 2026

2626 - Une flamme en plein jour

Il se demandait comment il allait pouvoir entrer en contact avec de nouvelles potentielles conquêtes, à présent que ses vingt ans prenaient un visage définitivement repoussant. Son apparence s'empirait de mois en mois. On pouvait lire de la gravité, percevoir des ténèbres, sentir des lourdeurs sur son front encore juvénile. Sa jeunesse accentuait considérablement les reliefs de sa disgrâce. Dans la peau d'un vieillard, il eût semblé moins laid : ce genre de hideur est plus naturelle sur le dos d'un centenaire que sur celui d'un garçon de son âge.
 
Bref, le crapaud cherchait sa princesse.
 
Toute jeune femme en attente d'amour, d'idéal, de sommet, était en droit d'exiger un minimum de beauté, de force, de lumière. Lui n'avait que sa bosse à proposer en premier lieu, ensuite la hauteur de ses vues, la flamme de ses désir, la valeur de ses épines, l'authenticité de ses cauchemars.
 
Pierre avait l'envergure des êtres minuscules par leur physique et démesurés par leur pouvoir.
 
Il ressemblait en vérité à une fièvre maîtrisée : une pensée brûlante froidement raisonnable. Comparable à l'énormité d'un cumulus de feu, il incarnait la folle épaisseur d'un phacochère chassant des papillons. S'il y avait en lui objectivement de quoi choquer, surprendre, effrayer, interroger, à travers d'autres aspects plus subtils de sa personne il provoquait également rires, émois, enchantements.
 
Finalement il charmait, séduisait, éblouissait. Mais pas n'importe qui, pas tout le monde, loin de là.
 
Ainsi contrefait et aussi involontairement outrancier qu'il était, avec son regard plein de rocaille, sa tête pas belle, ses bras ballants, ses épaules de chauve-souris, fatalement il ne faisait rêver que des âmes d'exception. Des demoiselles de rang céleste, des vierges venues d'ailleurs, des créatures issues de royaumes obscurs, des paysannes nées sur des terres sombres, des ingénues descendues de crépuscules étranges. Rien que des corps légers et des esprits gonflés d'azur. Avec des ailes prolongeant leurs ovaires, de la plume à la place du poil, des bulles d'air en guise d'appas. Il désirait changer les femelles pesanteurs en aériennes conceptions.

Il ne voulait devenir le père que d'enfants qui braillent comme des étoiles.

mercredi 20 mai 2026

2625 - Fracassantes platitudes

Les mois de solitude qui suivirent cet échec sentimental furent propices à la réflexion, même si beaucoup de temps dans sa nouvelle vie fut également accordé à la vacuité. Pierre traînait son ennui et ses regrets de son lit ataraxique à la rue indiscrète, du jardin familial où germait la ciboulette aux vastes champs des alentours, allant et venant entre rêves stériles et réalités pragmatiques, songeant aussi intensément à Estelle qu'aux étoiles brillant au-dessus du potager parental, cachant pudiquement ses secrets dans les profondeurs de sa bosse.
 
Il passait ses journées à marcher en pensant à ses ex-conquêtes improbables, qui en soi étaient déjà fort miraculeuses compte tenu de cette "croix de singe" qu'il portait sur le dos. Il se considérait malgré tout chanceux d'avoir pu bénéficier de cette expérience précoce et se sentait réellement privilégié par rapport à son passé de "séducteur maudit".
 
Il déambulait ainsi en vain dans la campagne et parfois dans certains quartiers calmes de la ville, ne dévoilant son affaire qu'aux oiseaux, au vent et aux heures vides. Et cela, tout en espérant confusément faire d'autres rencontres fructueuses sur ses routes de hasard, faisant confiance à la providence, ouvert à toute opportunité pouvant surgir de ses vagabondages.
 
Sauf que, concrètement, il se heurtait à des ombres silencieuses, s'exposait à des regards obliques, se confrontait à des présences distantes : en prenant de l'âge son infirmité devenait de plus en plus outrancière. Ses lourdeurs s'accentuaient, sa démarche simiesque s'empirait, sa tête penchée se rapprochait inexorablement du sol, si bien qu'à force de se courber il semblait vieillir à très grande vitesse. Et faisait encore plus peur à voir.
 
Il cultivait énormément d'idées rassurantes sur lui-même, sur sa situation, son avenir, son destin de bossu. Il lui arrivait de croiser des filles peu avenantes, voire franchement laides. Alors il détournait le pas, fuyant résolument ces tristes représentantes de la malédiction esthétique, pressé de s'envoler vers des horizons plus flatteurs. En aucune façon il n'acceptait de percevoir ses "égales de misère" à travers les visages ingrats de ces laiderons mais plutôt ses exactes opposées, lui qui glorifiait la beauté par-dessus tout. Il éprouvait d'ailleurs un franc mépris pour ces déshéritées indignes de ses aspirations d'esthète.

Pierre savait parfaitement où il allait. Certes il s'égarait à droite et à gauche, stagnait ici et là, s'attardait sur de pesants souvenirs... Pour autant, il ne perdait pas de vue son but. C'est le reste de l'Humanité qui ignorait le sens de son chemin. Pour le moment il tournait vertigineusement en rond dans son ciel peuplé d'effarantes certitudes, loin des terrestres assises des gens visiblement raisonnables qui l'entouraient. Il se voyait comme le plus sage des éconduits, le monde le regardait du coin de l'oeil.

mardi 19 mai 2026

2624 - Entre abysse et ciel

À vingt ans, Pierre avait le meilleur et le pire devant lui. Et surtout l'impossible à mettre sous ses pieds, l'impensable sur lequel s'appuyer pour mieux s'élancer vers un nouveau sommet. Tout de difficile à entreprendre et rien d'ordinaire à espérer.
 
Repartir, courir, s'envoler et briller jusque dans les plus hautes nues. Porter sa bosse et croire aux choix du ciel, défendre quand même la beauté qu'il ne possédait pas lui-même, faire de son fardeau une ronce féconde, une ortie éclatante, une épine perçante. Bénir la malédiction qui permet d'ouvrir d'autres portes. Écouter ce chant secret de la laideur qui ne réclame nullement la justice, l'égalité ou la norme, mais qui accepte son sort et assume son tort d'être né ainsi.

Pierre ne cherchait pas à se rebeller contre la cruauté de sa naissance, au contraire. Il ne demandait aucune faveur de la part de quiconque et rendait grâces à la vie pour sa dureté à son égard. Son combat ne consistait pas à fuir son définitif statut de bossu mais à trouver le bonheur là où celui-ci l'attendait réellement, et non ailleurs. 

Il savait que dans son cas il devait se diriger vers un horizon éminemment personnel. Et peu importe que ce royaume fût fait d'ombres ou de flammes, d'astres ou de poussière, d'or ou de charbon, pourvu qu'il eût la mesure exacte de son âme. Il ne s'efforçait plus bêtement, comme jadis, à tenter d'effacer sa hideur : il aspirait simplement à être à sa place. Celle du roi nécessairement, puisqu'il y serait heureux.

Un poids l'écrasait cependant : il se réveillait chaque matin avec ces belles idées et souffrait pourtant d'avoir perdu d'Estelle. L'urgence n'était pas le futur mais le présent. Il ne s'égarait pas dans l'illusion, il s'enfonçait dans son chagrin.

Après la soupe, les larmes.

Une fois passé le répit dérisoire avant l'orage, la maigre consolation culinaire, il lui fallait affronter le feu de la déprime, supporter le soleil brûlant de la tristesse, endurer la sécheresse de sa solitude sans joie sous le plafond impassible de sa chambre devenue son enfer.

Heureusement, il arrive souvent que les forces fatales qui s'opposent s'équilibrent avantageusement : depuis les profondeurs de son trou de pauvre rat crevé, cette peine incommensurable lui donnait également des ailes démesurées.

Pierre se retrouvait dans la situation d'un papillon pris en étau entre la pesanteur d'une montagne et l'immensité de l'azur.

dimanche 17 mai 2026

2623 - La soupe pour baume

Arrivé au foyer parental, plutôt que d'aller s'enfermer dans sa chambre ainsi que l'aurait fait n'importe quel amoureux en peine, il décida de donner sa chance à la soupe à la ciboulette. Pas parce qu'il avait particulièrement faim, non. Simplement pour ajouter un sel inattendu à son sort, offrir des ailes à l'insignifiance, laisser la parole aux choses modestes, s'accrocher aux jours qui brillent malgré tout à travers leurs plus humbles aspects, se replacer à la hauteur du réel. En somme, afin de créer de l'espoir dans un moindre espace tandis qu'il se trouvait au ras du sol. Comme un rat chassé d'un salon qui, désormais privé de ses festins de luxe, au lieu de se morfondre et de crever bêtement la tête dans les nues choisirait de s'engraisser joyeusement de pain noir au fond de la cave, le nez dans des affaires davantage à sa portée.
 
Après tant de heurts et de caresses, de sommets et de chutes, de gloires et de misères, Pierre en était là dans son existence de bossu en quête d'amour, là et pas ailleurs : savourer pleinement un bon bouillon qui tient au corps. Revenir à des bases solides et rassurantes, le coeur froid, les pieds sur terre. Loin des douleurs sentimentales, proche des sensations primaires, les pensées vides, l'âme anéantie mais le ventre plein.
 
Et puis il lui fallait bien reconnaître une évidence que beaucoup de jeunes gens dans son cas auraient eu tendance à oublier en un tel contexte : l'excellence du mets qu'on lui avait servi à la table de son quotidien. De quoi maintenir son humeur au-dessus de ses semelles. Si à la suite de cet échec avec Estelle il ne pouvait follement remonter son moral à un niveau aussi élevé qu'hier, au moins il ne se noyait pas aujourd'hui avec déraison dans un chagrin stérile. Au contraire il nageait fort avantageusement dans un bol fumant de légumes frais et d'herbes aromatiques aux vertus réconfortantes et régénératrices.
 
Il ne se situait pas ici dans des abstractions romantiques.
 
Ce liquide chaud et grassement épais qui coulait dans sa gorge, ces primeurs finement coupés qui passaient sous son palais d'esthète, ces épices qui brûlaient délicieusement sa tristesse, ce fumet clair qui repoussait les lourds nuages de son crâne enfin, devenaient les seules réalités de l'instant. Tout cela contribuait à mettre de la lumière dans son crépuscule, du feu dans sa journée glaciale. Estelle n'existait plus pour lui. Il lui restait ce breuvage nourricier entre les mains, cette possibilité de bonheur simple et vrai, cette opportunité de déguster encore la vie.
 
Quel meilleur remède pour un foutu déshérité de naissance de son espèce qu'une soupière frémissante de saveurs jardinières ?
 
Ce nouveau départ, Pierre le dût aux dons de cuisinière de sa mère. Impénétrables voies de la providence !

samedi 16 mai 2026

2622 - L'épouvantail vainqueur

Ils se revirent le lendemain à l'ombre de l'épouvantail, loin des bruits du monde.
 
Estelle voulut résolument revenir vers la grande figure de bois verticale, si fièrement dressée vers les nuages. La vision de la veille l'avait définitivement heurtée.
 
— Pierre, ta bosse me blesse et je ne veux plus la voir. Ta laideur est dure à supporter. Je croyais trouver de la légèreté sur ton dos, je n'y ai découvert qu'un outrage à la beauté. Juste une douleur, aucun éclat.
 
Elle préférait visiblement les rêves troubles aux jours clairs d'une réalité trop triviale. Elle était faite pour les fleurs et les spectres, les songes et les orages, les fables et les hurlements des loups, toutes ces choses effrayantes et charmantes appartenant à son univers crépusculaire et onirique. Et non pour les nabots de son espèce condamnés à demeurer têtes baissées. Elle cherchait du panache, de la plume et de la flamme dans les ronces, les souches, les astres et les visages ! En face d'elle il n'y avait plus qu'un bossu incapable de lui offrir rien d'autre que sa hideur dénuée d'artifice. Elle s'était trompée.
 
— Va quérir ailleurs un ciel à ta véritable mesure. Le mien est peuplé de géants quasi éthérés aux belles ailes azurées. Et je crois bien que le tien comporte surtout des rats réels, à ton image. Je doute que nous soyons faits pour partager le même théâtre.

Ces mots fatidiques accablèrent Pierre très épris de la jeune fille. Sa peine fut toutefois un peu atténuée par cette franchise qui lui allait droit au coeur. Il appréciait par-dessus tout les expressions directes de la vérité. Ces paroles féroces qui aurait fait pleurer n'importe quel garçon sensible le caressaient, en ce qui le concerne. Il n'en éprouvait que davantage d'estime à l'égard d'Estelle : elle lui parlait avec cette sincérité cruelle qu'il considérait comme une vraie marque de respect à son endroit. Il ne tenta pas de la convaincre. La triste idée de se vautrer lamentablement à ses pieds pour la supplier de sauver cette relation ne l'effleura nullement. Elle avait le droit de penser ainsi. Et puisqu'elle le percevait de telle manière, le plaçant au rang des rampants, il s'éloignera de celle qu'il aimait en se montrant le roi des ragondins. Faute de hauteur correspondant aux critères irréels d'Estelle, l'infirme éconduit aura au moins l'envergure maximale des petits de sa condition.

— Estelle, je te comprends. Je souffre de te perdre mais c'est le jeu de la lumière et de l'obscurité, de la joie et des larmes, de la vie et de la mort. Si ces lois sont pénibles, elle sont également glorieuses. Sur l'échiquier du bonheur, l'on gagne ou l'on échoue. Et lorsqu'il faut que l'on tombe, il est toujours possible de se relever. Adieu donc Estelle, je me dirigerai vers des horizons nouveaux pour voler en compagnie d'oiseaux à ma taille et monter vers des nues plus accessibles à la poursuite d'étoiles moins lointaines.

En prononçant ces phrases pompeuses, il lisait un reste d'admiration dans le regard de son amour brisé. Il était content de cet ultime effet qu'il pouvait encore produire sur elle. Cela ne suffisait cependant pas pour qu'elle lui demande de rester. De toute évidence Pierre avait progressé dans l'art de l'éloquence, lui qui jadis fit tant de fois preuve de bêtise et d'ignorance ! Il souhaitait partir en brillant. 

Ils se quittèrent sur une dernière étreinte, tous deux pudiques. Puis Estelle le regarda disparaître derrière les gerbes de blés à présent séchées. Il ne se retourna pas. Il ressemblait à un feu qui s'éteint progressivement.

Ce qu'elle ne sut jamais, c'est que sur son chemin du retour Pierre sanglotait en silence.

vendredi 15 mai 2026

2621 - La bosse de la discorde

Ils se quittèrent en se disant "à demain", comme d'habitude. Sur le chemin du retour Pierre pensa aux conséquences de cet effeuillage avorté. Il venait de franchir la première étape importante de son histoire amoureuse. Une aventure nuptiale audacieuse, aussi émouvante que périlleuse. Une expérience ambiguë, troublante et incongrue avant l'embrasement, la fuite ou l'inertie. Ou plus exactement, un prudent effleurement des corps afin d'éprouver et la chair et les âmes. Une tentative de rapprochement, grotesque mais nécessaire, de deux êtres singuliers. L'un ému par la beauté, l'autre par la laideur.
 
Il avait immédiatement senti qu'Estelle avait été ébranlée par la vision de sa bosse dénudée. Comment aurait-elle d'ailleurs pu faire abstraction d'une telle énormité ? Le constat, certes cruel, fut néanmoins sans surprise pour lui. Il s'attendait à ce choc.
 
Le soir au dîner ses parents l'interrogèrent. Son père, sous prétexte d'humour, osa une question indiscrète :
 
— Tu ne t'es pas mis à dos la pauvre fille que tu fréquentes, à en juger par ton air contrarié ?
 
La mère intervint :
 
— Laisse-le manger sa soupe tranquillement, pour une fois qu'elle est bonne ! J'y ai ajouté un peu de ciboulette, ça relève le goût.
 
Pierre regardait son reflet dans le bouillon sur lequel il était penché. Et en effet, il trouvait sa mine soucieuse. Il ne cessait de songer aux fâcheuses répercussions de ce dévoilement dorsal. La belle allait-elle préférer s'envoler vers de plus flatteuses hauteurs, l'abandonnant à sa solitude de bossu, ou accepter de continuer d'explorer cette voie si peu engageante, la seule qu'il pût lui proposer ? Allait-elle retourner à son initial épouvantail, beaucoup plus séduisant que lui, finalement ?
 
Par bien des aspects l'effigie de bois, son double idéalisé en somme, lui faisait concurrence dans le coeur de l'amante. Au début cette dernière avait tout naturellement compris l'immense avantage de remplacer la caricature par l'humain. Sauf que le vivant se révélait davantage puant, trivial et inesthétique. Parfaitement conscient de cette rivalité entre l'éclat de l'inanimé et la misère de son anatomie débile, Pierre s'inquiétait. Il ne remettait nullement en cause le possible choix d'Estelle de se jeter dans les bras rassurants de son amour spectral, demeuré planté au même endroit, fidèle au poste, droit dans ses bottes de vigile pétrifié.
 
Après avoir ingurgité son bol, ayant perdu tout appétit le jeune infirme partit se coucher.

jeudi 14 mai 2026

2620 - Point sensible

La découverte du corps de l'autre se termina brièvement sous le regard silencieux du mannequin des vents. Aucun des amants n'alla plus loin que cette défloration visuelle. La porte des délices ne fut point franchie, tous deux s'étant arrêtés juste à l'entrée sans insister. Estelle, rebutée par la vision crue de la bosse se contenta pour sa part d'une étreinte superficielle. Quant à Pierre, il sentit de son côté la réticence de sa partenaire et, compréhensif, n'eut pas l'indécence de réclamer son dû charnel.
 
Ils se rhabillèrent.

À cet instant le bossu prit conscience de l'ampleur grandissante de sa difformité dans sa vie : même sa "folle étoile" qui semblait pourtant pouvoir surmonter cet aspect prétendument secondaire de sa personne en était finalement émue. Ce qui en disait long sur la subjectivité des êtres humains et la valeur de leurs paroles. Les faits venaient de prouver l'importance de l'apparence, cette réalité essentielle contestée par ces âmes trop légères se croyant profondes. Cette vérité n'avait pas échappé à Pierre :

— Ma laideur te choque, n'est-ce pas ? 

La jeune fille ne répondit pas. 

Il reformula :

— Mon dos de lycanthrope te choque ?

Estelle n'était pas sûre du sens exact de "lycanthrope". Néanmoins en baissant les yeux elle avoua son dégoût :

— En effet, ce n'est pas beau à regarder.

À travers ses pensées, ses mots, son attitude et toute sa personnalité, depuis le début Estelle avait laissé entendre au garçon handicapé qu'il incarnait précisément ce qui était cher à son coeur, à savoir la singularité et non la norme. À présent qu'elle avait vu de près cette hideur qui la charmait tant à "distance respectueuse", de toute évidence celle-ci lui paraissait moins désirable. Elle représentait tout ce qu'il cherchait : beauté, douceur, esprit. Mais beauté avant tout. Beauté par-dessus tout. Pierre ne voulait pas perdre ce joyau trouvé au bord de son chemin comme un pur enchantement.

En utilisant le terme "lycanthrope" pour évoquer sa malformation dorsale, il avait tenté d'apporter un peu de lustre à son malheur. En vain. Il se retrouvait bêtement face à Estelle avec ses os tordus entre les épaules. Un fardeau plus actuel, plus visible, plus monstrueux que jamais.

mercredi 13 mai 2026

2619 - La rose et la pierre

Les idéaux, les rêves et les beaux sentiments sont une chose. La crudité du réel est une tout autre affaire !
 
Estelle, si loin du sol, si grande avec ses airs d'oiseau libre, supérieure dans ses vues, si haut perchée dans ses nues venait finalement de se fracasser contre un rocher. Cette anormalité qu'avec beaucoup trop de légèreté dans le coeur elle avait pris pour une cime se présentait soudain sous les traits d'un visage horrible. De retour sur Terre, déçue de son voyage au royaume des illusions, elle regardait Pierre de manière plus réaliste. À présent qu'elle voyait sa bosse sans artifice, elle n'y percevait plus rien de séduisant. Elle effleurait à peine le dos difforme de ses doux doigts de fée faits pour les fleurs, non pour les furoncles.
 
— Cela ne te fera pas mal si je la touche ?
 
Sa question amusa Pierre. Bien sûr que non, au contraire. Son échine était certes brisée mais nullement douloureuse. Était-ce là un chemin de fuite pour Estelle, un prétexte pour éviter de prolonger le contact ? Il contemplait en même temps la beauté affolante de ce corps de femme qui lui faisait face. Il répondit :
 
— Si tu caresses le loup, il ne te mordra pas et se laissera faire. Docile et conciliant, il a déjà enduré tous les coups, jusqu'au sang tu sais, et redoutera encore moins tes faveurs...
 
Comme cela était joliment formulé ! Pierre se montrait si inspiré qu'il se mettait à parler aussi naturellement qu'un personnage de roman. Ces quelques mots suffirent pour éblouir la jeune fille. Et à ce moment il put lire une pointe d'admiration dans les yeux de celle qui n'osait l'étreindre. Cette séduction verbale l'aida à dépasser sa répulsion première et elle s'enhardit dans son geste : ses mains se posèrent avec plus d'assurance entre les épaules de Pierre. Et là, sous ses paumes, elle sentit toute la laideur du monde.
 
Et pendant qu'elle frémissait sous son âpreté dorsale, il s'extasiait devant ses femelles éclats.
 
Le couple semblait à la fois intimement uni et totalement désaccordé. On aurait dit un duo de cordes incompatibles : une harpe aux allures célestes et un violon au buste rompu.

Ils jouaient tous deux une musique grinçante, touchante et pitoyable. Belle malgré tout. Isolés dans ce coin de nature, enlacés au milieu des herbes, entourés de verdure et de solitude, seul l'épouvantail figé dans sa contemplation du vide entendait leurs secrets dans le vent.

mardi 12 mai 2026

2618 - La minute de vérité

Et puis les choses se précipitèrent. A force de s'ennuyer dans les herbes à échanger des gestes désespérément chastes, au fil des rendez-vous ce qui ne devait jamais arriver finit par arriver quand même : lassés par toutes ces indécisions, les corps se rapprochèrent enfin, les lèvres se rencontrèrent et les feux charnels s'allumèrent.

L'heure était venue pour Estelle de franchir un cap délicat : dénuder le dos de son aimé et faire face à sa bosse. La regarder vraiment, sans le voile pudique des vêtement. Se confronter au réel après s'être tellement adonnée aux enchantements intangibles du rêve. La voir dans toute sa crudité, la toucher, la caresser, tenter de transformer cette hideur en objet de désir. L'apprivoiser, la rendre amicale, l'accepter contre sa peau, comme on le ferait avec une bête affreuse que l'on aime. 

En un mot, mettre la main sur le loup. Plonger dans la gueule hurlante. Embrasser la laideur.

Elle avait pourtant pensé que cela lui aurait été facile de dépasser ces simples "aspérités physiques". Elle se rendit compte en cet instant que ses doctes et jolies théories amoureuses ne résistaient pas totalement à l'âpreté des faits. Et qu'autant de contrariété esthétique n'était pas si secondaire qu'elle l'avait cru...

Pierre devinait la gêne de l'amante. Lorsque de ses doigts tremblants celle-ci commença à lui découvrir les épaules, elle eut une hésitation. Elle n'osait plus... Elle semblait vouloir se préparer avant de poursuivre. On sentait son appréhension. Ce qui au début s'apparentait à un frisson intime devenait à présent une véritable épreuve. Le bossu ne l'aida pas. Il laissa sa partenaire aller jusqu'au bout de son calvaire.

Pendant ce temps, ce dernier avait lui aussi déshabillé la jeune fille. Chacun d'eux s'affairait à dévêtir son complice. Et tandis que la belle tournait autour du pot, de son côté l'infirme lui déboutonnait son corsage. 

Estelle se décida finalement à se heurter au pire. Elle baissa entièrement la chemise du disgracié pour ne plus rien ignorer de cette monstrueuse nudité. Et au moment exact où la malformation dorsale de Pierre lui éclata au visage, sa poitrine de femme apparut également aux yeux du garçon.

Le premier fut émerveillé, la seconde horrifiée.

lundi 11 mai 2026

2617 - Passeport pour l'amour

Isolé dans ses hauteurs, ignoré du monde, Pierre se retrouvait à tourner en silence autour de son unique étoile.
 
Misérable selon les critères de la société mais glorieux en cachette, il brillait derrière les murs de sa chambre. Qui aurait pu croire qu'un tel boulet pût inspirer un cygne ? Qu'une carcasse de gargouille pût séduire le coeur d'un ange ?
 
Condamné par les apparences à traîner ses chaînes de perdant, il s'envolait loin des regards. Il disparaissait de la Terre vulgaire des mortels pour mieux s'élever dans son ciel d'esthète. On lui prêtait des pesanteurs de sanglier, des petitesses de rampant, des joies de chiot idiot. En réalité, il avait l'envergure d'un oiseau fabuleux.
 
Du moins, aux yeux de la jeune fille éprise d'épouvantails...
 
Avec ses ailes de corbeau, il planait dans le sillage des géants.
 
Splendide et effrayant, lugubre et rocailleux, fatal et augural, il rayonnait de toutes ses ombres.
 
Estelle ne voulait voir de lui que ces feux, rien que ces feux, alimentant à bon compte son imaginaire d'un autre siècle. Bercée par les images d'Épinal auxquelles renvoyaient les disgrâces de Pierre, elle aspirait à vivre avec lui un amour à la mesure de sa folie. Lorsque son infirme adoré arrivait sur le lieu habituel des rendez-vous amoureux, il apparaissait à l'horizon aussi minable qu'un cafard, pour se transformer progressivement en spectre radieux.
 
Sa laideur agissait comme une flamme auprès de la rêveuse.
 
Sous la lumière d'Estelle l'amant à l'ossature étriquée se muait en un mythe vivant. La rencontre entre l'astre éclatant et le corps brisé produisait des étincelles. En la présence de cette créature, l'infortuné à la bosse se montrait involontairement sous un jour flatteur.
 
Étrange et beau.
 
L'on pourrait penser que son admiratrice se faisait décidément beaucoup d'idées sur ce crapaud qu'elle avait elle-même changé en prince charmant... Sauf que sous les lois supérieures qui régissent le Cosmos, certaines vérités s'imposent prioritairement. En effet, en vertu du seul fait qu'elle était belle, Estelle donnait fatalement raison à Pierre.

Elle lui octroyait le rôle valorisant de miroir : il reflétait sa beauté que lui-même ne possédait pas.

L'impossible alchimie devenait alors crédible, parfaitement valide. Le bossu était digne de l'intérêt de la demoiselle. Et par conséquent, autorisé à jouer dans la cour des grands.

samedi 9 mai 2026

2616 - La gloire du polichinelle

Était-il donc condamné à véhiculer une image si pitoyable de sa condition de bossu ? Quoi qu'il fasse, ne serait-il pas systématiquement prisonnier de ces apparences ? En essayant de se donner des airs plus dignes, il ne faisait qu'empirer les choses, versant involontairement dans la caricature du nabot se prenant pour un géant...
 
Pourtant aux yeux d'Estelle il n'apparaissait nullement ridicule, au contraire. Lorsqu'il se retrouvait seul en sa compagnie, il montrait un visage flatteur de sa personne, sans se forcer, tout naturellement. Et elle le prenait avec gravité, au premier degré. Dans les bras de sa bien-aimée une réelle transfiguration s'opérait : il devenait beau.
 
Beau et crédible.
 
Ce qui n'était pas le cas dans les autres circonstances de sa vie. Les regards divergeaient radicalement à son sujet : perçu tantôt comme un Polichinelle, tantôt comme un personnage plein d'envergure, il révélait surtout l'état d'esprit ou la qualité d'âme de chacun. 

En général les hommes, majoritairement médiocres, le regardaient de haut et pitoyablement. Souvent comique, parfois insignifiant, rarement émouvant selon qu'on le rencontrait en public ou en privé, sous le soleil de la vérité ou dans l'ombre des comédies sociales, il laissait la plupart des coeurs incertains. Il fallait faire preuve d'une profonde acuité pour toucher l'essentiel à travers le voile de ses singeries car lui aussi faisait partie intégrante du théâtre humain. Au nom de quoi aurait-il échappé à la règle ?

Bref, bien qu'il demeurât puéril et risible vu depuis l'extérieur, la jeune fille le considérait avec sérieux. De fait, il ne s'affirmait que dans l'intimité de sa relation. Pour le reste du monde qui voyait avant tout sa bosse, sa disgrâce et son apparente incompatibilité avec les réalités amoureuses, il était réduit d'office à la misère de son infirmité, de ses limites, de sa laideur. Même si, par ailleurs, tous ces gens affichaient scrupuleusement une façade pétrie d'humanisme, dans le secret de leurs pensées il passait non pas pour un adulte à part entière mais pour un être inachevé. 

Pour ne pas dire, pour une demi-portion. 

Non pas qu'ils avaient tort de le penser car objectivement ils étaient dans le vrai : Pierre présentait en effet tous les aspects du naufrage congénital. Sauf qu'ils se trompaient, en toute bonne foi.

En l'état actuel Pierre avait également accédé au sommet de l'échelle conjugale. Le problème c'est qu'aucun témoin ne pouvait constater ce succès.

vendredi 8 mai 2026

2615 - Question de point de vue

Durant cette période de grâce et d'hésitation où les deux flammes se cherchaient, pour ces dernières les choses se présentaient d'une façon radicalement différente sur quasiment tous les plans.
 
Pierre s'engageait dans une nouvelle routine. Son quotidien devenait de plus en plus céleste. Certes il tournait en rond autour d'Estelle, mais il s'allégeait également. Ses parents se doutant à ses airs d'oiseau ahuri qu'il s'était envolé dans ses plus hautes nues, l'interrogèrent lors d'un déjeuner. Son père entra dans le vif du sujet :
 
— Pierre, tu as une relation, n'est-ce pas ? Tu te hâtes chaque jour à la même heure dans la même direction, il est évident qu'une fille t'attend au bout du chemin.
 
Sa mère ajouta :
 
— Il s'agit, je suppose, de cette folle qui parle aux épouvantails que tu évoquais l'autre fois ?
 
Ce drôle d'amant courbé vers son assiette ne ressemblait décidément pas à un séducteur. Avec son échine saillante et ses épaules anguleuses, il faisait plus penser à une chauve-souris qu'à un joli coeur. Aussi sa réponse contrastait-elle comiquement avec son apparence :
 
— Je vais bientôt avoir vingt ans. L'âge des grandes amours. Les forces de la vie m'emportent malgré moi là où je dois aller.
 
Comment pouvait-il être crédible ? Il avait prononcé ces mots avec l'assurance de ceux qui se croient au-dessus de la mêlée, lui qui se situait si bas sur l'échiquier amoureux !
 
Après un silence, il reprit :
 
— En effet, c'est bien d'elle dont il est question et cette demoiselle s'appelle Estelle. J'ignore si elle a l'esprit égaré ou non. Je ne nie pas qu'elle semble hors du monde, aussi éloignée de la Terre qu'une étoile. Enfin, l'essentiel à mes yeux, ce ne sont pas ses pensées... Seules ses ailes m'intéressent vraiment. Oui, ce papillon me plaît. Le reste a peu d'importance. Elle vole, tout comme moi. Ou plutôt, elle demeure perchée dans ses sommets. Et n'en redescend point.
 
Il avait employé le terme "point" au lieu d'utiliser un banal "pas". Étant donné sa situation, il se sentait en droit de mettre une pointe de lustre dans son langage. Sauf que la réaction de ses géniteurs fut le contraire de celle espérée : ce "point" qui sonnait d'une manière tellement saugrenue en ces circonstances les firent rire.
 
Pierre vivait là les moments cruciaux de son existence.

Il voulait se donner des allures sérieuses mais sa bosse le rattrapait systématiquement et rendait la moindre de ses postures grotesque.

mercredi 6 mai 2026

2614 - Entre sol et ciel

Étaient-ils sûrs de leurs beaux sentiments ? Elle l'âme poétique éprise d'épouvantails qui tremblait à l'idée d'en voir un se déshabiller, lui le conquérant d'étoiles aux allures de phacochère hésitant à se montrer sous ses flammes de bête...
 
Ils se virent de manière parfaitement chaste durant un mois. Pour Pierre ce furent des allers-retours entre les murs de sa chambre et l'espace illimité du "champ verdoyant de l'amour". Pour Estelle, des attentes fébriles afin d'assister au spectacle de la "bosse ambulante" apparaissant à travers les flots de blé. D'ailleurs ces derniers, en croissant, finirent par dépasser entièrement le marcheur au dos voûté, si bien que la jeune fille l'observait non plus à distance, progressivement, mais se trouvait soudainement en sa présence, de près, comme l'intrusion d'un cauchemar.
 
Une fois réunis, tous deux entreprenaient alors une chorégraphie embarrassée et informelle dans laquelle ils évoluaient entre la platitude des honnêtes étreintes et l'incertitude de leur issue. Au final, il ne se passait pas grand-chose.
 
Leur ivresse se situait là. Dans le vertige de la retenue. Ils remplissaient leurs heures précieuses de ces riens qui voulaient dire beaucoup. Certes, mais quoi ?
 
N'importe quel témoin qui aurait vu repartir ces amoureux à la fin de la journée chacun chez soi la mine fatiguée, les cheveux en broussaille, le pas traînant, aurait conclu qu'ils faisaient quotidiennement acte charnel au milieu des herbes. En réalité leurs rendez-vous épuisants d'ennui, décevants de stérilité, monotones de répétitivité ne débouchaient que sur des rêves sans lendemain.
 
Ils s'étendaient dans la végétation et se roulaient dans les nuages, s'envolaient dans l'azur, se rejoignaient dans les nues, s'approchaient l'un de l'autre, effleuraient leurs corps...
 
Pour se retrouver très concrètement au même point de départ. Allongés sur le sol, main dans la main. Et pas davantage de geste.
 
Ils n'allaient pas plus loin que les hauteurs virtuelles de leur idéal désincarné. On aurait dit qu'ils repoussaient sans cesse le moment fatidique de se découvrir enfin.

Avaient-ils si peur de se regarder dans leur vérité, de se dévoiler dans leur trouble, elle le papillon trop léger, lui le rocher trop lourd ?

mardi 5 mai 2026

2613 - Feux prudents

C'était entendu, la "belle" s'alliait donc avec le "bossu".
 
Par ces mots leur relation spontanée se scellait implicitement : la fille avait trouvé son palpitant épouvantail, Pierre sa brillante étoile.
 
L'une jouait à la poupée cassée, l'autre admirait sa merveille. La rêveuse avait son vivant hochet de chair, l'esthète sa potiche à contempler.
 
Les deux jeunes gens se revirent régulièrement dans les prés, en pleine verdure. Pierre volait chaque jour depuis chez ses parents pour la rejoindre aux alentours de la ferme familiale. Ils se cachaient ensemble dans les herbes hautes comme des enfants espiègles. Elle l'attendait avec fébrilité en début d'après-midi. Et le voyait arriver de loin avec sa démarche si particulière.
 
En fait, c'est sa bosse qu'elle apercevait en premier.
 
Celle-ci dépassait de la ligne mouvante d'un champ de blé bercé par la brise. Tel un monticule surplombant le reste de son corps, elle apparaissait et disparaissait au gré des vagues de céréales sous le vent. La tête baissée de Pierre ne devenait visible qu'au bout d'un certain temps : au fur et à mesure qu'il s'approchait d'Estelle, son visage ingrat venait s'ajouter au tableau grotesque de sa difformité dorsale.
 
Le monstre s'acheminait vers les flammes du rendez-vous quotidien, Estelle était aux anges.
 
Ils s'enlaçaient, heureux de se retrouver après une nuit de séparation. Puis s'ennuyaient assez vite.
 
Ils n'osaient pas encore s'embrasser, se caresser, se découvrir plus intimement. La peur les empêchait de se déshabiller. Estelle, bien qu'elle se sentît attirée par son "loup de laideur", appréhendait tout de même la vision d'une réalité trop crue : peut-être qu'en dénudant les épaules du disgracié allait-elle se confronter à une vérité choquante ? De son côté Pierre redoutait de succomber à ses ardeurs de garçon, c'est-à-dire de passer pour un épais sanglier. De fait, avec son échine proéminente, il ressemblait déjà à la grossière bête des bois. Il aurait eu l'air fin à grogner d'aise en compagnie de cette folle fée !
 
Étendus sous les nuages, entourés de grands espaces champêtres, ils avaient beaucoup de chemin à faire pour se connaître sous le vrai soleil de l'amour.

Liste des textes

2657 - Seuls avec eux-mêmes
2656 - Priorité d’avare
2655 - Vue sur la bosse
2654 - Premier contact
2653 - Deux pour toujours
2652 - Jeunesse au rabais
2651 - Engendrer un enfant normal
2650 - Naissance de l’avarice
2649 - L’antre de Pierre
2648 - Simplicité de l’amour
2647 - Choc public
2646 - La bosse comme une flèche
2645 - L’envol de Pierre
2644 - Carrière de bossu
2643 - Fort, fragile et lucide
2642 - Amant idéal
2641 - En dehors du monde
2640 - La lente montée des larmes
2639 - La chair qui complète l’esprit
2638 - Un petit qui devient grand
2637 - Pierre dans un nuage
2636 - La bosse et le phallus
2635 - La pierre et le ciel
2634 - La chair
2633 - Pensées du lendemain
2632 - Retrouvailles sulfureuses
2631 - Faux espoirs ?
2630 - L’infirmière
2629 - Les anges
2628 - Dérive verticale
2627 - Bêtise ou grandeur ?
2626 - Une flamme en plein jour
2625 - Fracassantes platitudes
2624 - Entre abysse et ciel
2623 - La soupe pour baume
2622 - L’épouvantail vainqueur
2621 - La bosse de la discorde
2620 - Point sensible
2619 - La rose et la pierre
2618 - La minute de vérité
2617 - Passeport pour l’amour
2616 - La gloire du polichinelle
2615 - Question de point de vue
2614 - Entre sol et ciel
2613 - Feux prudents
2612 - Deux astres
2611 - Choc en plein champ
2610 - Pierre "présente" l'apparition à ses parents
2609 - Elle parlait à un épouvantail
2608 - Bête et bossu ?
2607 - Campagne triste
2606 - Une chance sur mille
2605 - S’écraser ou s’envoler
2604 - Retour sur Terre
2603 - Loin
2602 - Le choc de la chute
2601 - L’amour loin du sol
2600 - Fantômes d’azur
2599 - Les rêves de Pierre
2598 - La hauteur du ciel
2597 - Le stage
2596 - Libération
2595 - La chair et l’esprit
2594 - Beauté de bossu
2593 - Dos de gnome et tête de rat
2592 - Un rêve d’amour
2591 - La femme de ménage
2590 - L’ascension de la bosse
2589 - Marcher pour s’envoler
2588 - Le trou pour gagner le ciel
2587 - Le prix du vrai
2586 - La punition
2585 - Au sommet du trou
2584 - Asile de bossu
2583 - Retraite éducative
2582 - Fuir la honte
2581 - La raclée
2580 - Bulle de verre
2579 - Deux étincelles
2578 - Etreinte
2577 - Des flammes et des ombres
2576 - La bosse au centre du débat
2575 - Choc des contraires
2574 - L’union de la discorde
2573 - La tare et la star
2572 - Première conquête
2571 - L’éclat de sa bêtise
2570 - Dur réveil
2569 - Première épreuve
2568 - Juvénile bêtise
2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet