— Je veux un parfum !
Je me réveillai en sursaut sous la clameur. Violette voulait que je lui
offrisse une fragrance de haut prix. Le genre d'achat, à la fois superficiel et
fondateur, qui finit de sceller un couple et asseoit pour de bon l'autorité du
payeur. Que se passa-t-il ce jour-là dans ma tête ?
Au lieu de négocier, d'argumenter, de résister, je fis tout le contraire.
Sans réfléchir ni chercher à m'opposer à cette idée ruineuse, je lâchai un «
Mais certainement, mon amour ! »
Violette fut la première surprise de ma réaction. Elle s'attendait à
batailler âprement avant d'obtenir gain de cause. Ce matin-là, j'étais d'humeur
papillonesque. Un sacré paradoxe de ma personnalité de rat d'égout !
J'allai jusqu'à mettre le museau dans une boutique de luxe pour lui
ramener à midi l'essence qu'elle convoitait. Aussi agréablement étonnée qu'incrédule par ce si prompt cadeau, elle me sauta au cou.
C’est à ce moment-là que ma flamme d’avare se raviva.
Comme si je reprenais subitement mes esprits. En une seconde, je m'aperçus
de l'ampleur du désastre : je venais de débourser une vraie petite fortune pour
bien peu de choses.
Violette s'empressa d'ouvrir le flacon. Trop tard pour le rapporter chez le
commerçant ! Et puis la transaction avait été effectuée dans les formes : plus
d'autre choix que de jouir du nectar. Ou plutôt de l'économiser, de le laisser
dormir dans sa fiole, de l'utiliser le moins possible.
Afin de limiter les dégâts, il me restait encore la possibilité de
convaincre l'heureuse élue de faire durer toute sa vie le contenu de ce présent
valant tout l'or du monde.
Quelle ironie ! Ce revirement de situation sembla rassurer Violette.
Peut-être avait-elle eu l'impression de me perdre à travers ce comportement inhabituel. Elle me retrouva sous mes véritables traits de radin.
Et, je crois, en fut presque joyeuse. Évidemment, je regrettais cette dépense
qui risquait de me coûter de nombreuses nuits d’insomnie à ruminer ce sacrifice
financier.
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