"Il sourit quand on le prend en faute d’ignorance, répond aux
questions avec ses livres fermés mais avec son coeur grand ouvert, ne sait pas
écrire sur le papier mais sait lire dans les yeux..."
Telles sont les niaiseries que les naïfs disent sur lui. Sous
prétexte que ce dernier de l’école, aussi appelé "cancre", ne songe qu’à semer
le désordre et à corrompre les élèves exemplaires, les sots l'adulent.
Les creux idéalistes admirent ce poids mort accroché au radiateur. Ils
inventent de flatteuses imbécillités censées faire briller ce qui est voué au
ternissement.
Bref, ce bon à rien qui perturbe les cours et que des pédagogues à la noix
considèrent comme une victime de préjugés bourgeois est en réalité une
authentique nullité pétrie de vices, pleine de puanteur morale, chargée
d’inutiles furoncles et remplie de lacunes...
Un sacré crétin de rat incapable, incorrigible et sans autre avenir que son
trou de paresse.
Loin d’être un génie contrarié ou une âme sensible que trop de sévérité
aurait blessée, voire endurcie (ainsi que le prétendent sottement ses
défenseurs), il est tout simplement une terre en friche.
Stérile pour les vertus, riche de promesses de noirceurs.
Les mauvais maîtres s’y trompent et croient aux boniments de ce menteur-né
lorsque celui-ci affirme vouloir se réformer...
Les précepteurs avisés, eux, savent que seule la badine est apte à faire
courber l’échine à ce récalcitrant au devoir, au courage, à la droiture ! Ce
petit dur à la tête vide ne mérite pas mieux sur sa peau tendre !
Hors les coups de baguette, point de salut pour cet enfant valant moins
qu'un âne !
Ne croyez pas ces moralistes d’avant-garde tordus, ces philosophes nigauds,
ces romantiques boursouflés de sentiments frelatés qui essaient de faire passer
la ronce pour une fleur !
Avec eux c’est caressantes attentions pour la crasse, défiance pour le
méritant... L’esprit de ces enseignants est perversement formé à l’envers : ils
sont émus par l’ivraie et non par la rose.
Cela offusquera certainement tous ces pédants éducateurs soucieux de
lustrer les plus sombres causes au nom de leur humanisme inversé mais, et c’est
d’une parfaite justice, Dieu merci le monde appartiendra toujours au premier de
la classe.