J'ai des puanteurs de phacochère et des délicatesses d'oisillon. Des lourdeurs de bovidé aux senteurs de rose. Des grossièretés de chardon et des finesses de bluet.
Mes énormités sont à la mesure de mes vues éthérées : c'est ce qui me donne si peu de vacuité et tant d'envergure. Je prends tout d'un bloc, avalant indifféremment subtile rosée et vastes averses, croquant pommes et bonne fortune d'un même coup de crocs.
Ainsi, dans mon existence de vagabond la solitude me permet de connaître des
crépuscules de flots et de feu, de fièvre et de fête où tout devient simple et
aérien pour moi.
Ces fééries équivalent à de véritables fulgurances de rat épris de lumière.
Et j’y accède par la seule vertu de ma tempête intérieure.
Quand les trompettes de mon âme résonnent, les nues se mettent à ma
portée.
Dans ces moments d'extrême légèreté je cherche à m'accrocher aux nuages, à
rejoindre la Lune, à marcher dans le ciel.
A travers le moindre souffle de vent sur mon chapeau de paille, je pars en
direction de moissons célestes. Un oeil jeté sur la mare à canards de la
mère Garbichon suffit pour que je m'envole avec la fumée de sa cheminée. Un
pied dans une bouse de vache et je voltige aussitôt dans l'univers
tourbillonnant des papillons.
Oui, tandis que je pose un regard clair sur les humbles choses, soudainement des flammes m’entourent, des ondes me bercent, des ailes m'emportent.
Ma semelle peut bien glisser sur du fumier, mon talon déraper sur la boue, mon pas maladroit me projeter dans la fange, ma chute sera toujours verticale : lorsque la pesanteur du quotidien me précipite au sol et que mon cul baigne dans le purin, je me retrouve systématiquement le nez dans les cumulus.
La tête la première, les bottes en l'air.
Et si après avoir longuement plané dans mes hauteurs il faut que je retombe comme un poids mort sur terre, j'ouvre alors les yeux sur la beauté de la poussière.
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