Dans la vigueur de ma jeunesse, la fièvre charnelle me tenaillait. Je voulais impérieusement mettre la main sur le trésor femelle, cette autre richesse dont j'étais douloureusement privé. Si l'épargne matérielle me rendait léger, en revanche, l'absence de compagnie féminine me frustrait totalement.
Tiraillé entre la soif de fille et la folie de l'économie, je ne parvenais pas à me résoudre à agir dans le sens de la dépense, tout en sachant que là résidait le dénouement du problème.
Je savais pertinemment qu'en extrayant un seul billet de sa cachette, cela aurait suffit pour faire sortir le jupon du bois. Inviter une demoiselle au cinéma, au bar ou à la fête foraine m'aurait aisément permis d'accéder à son hymen.
Sauf que cela m'aurait quand même coûté une certaine somme... Autant dire le prix fort ! Et c'est là que tout se bloquait en moi. Me faire débourser, surtout pour mériter l'attention amoureuse, restait au-dessus de mes forces.
J'estimais que la bagatelle devrait être toujours gratuite.
Aussi me semblait-il préférable, tant que j'éprouvais cette flamme de la ladrerie, de m'abstenir de céder à la tentation de la prodigalité, eussé-je dû souffrir de ma solitude. Entre deux maux, je choisissais le moindre.
Je réfléchissais souvent à ce sujet brûlant, partagé entre l'envie de rencontrer une jolie présence et celle de préserver mon patrimoine de célibataire avaricieux. Et invariablement, je refermais mon cœur et faisais taire ma virilité pour mieux maintenir mon argent en sécurité.
Telle était, selon mes critères sacrés de radin entêté, la voie de la sagesse.
Commencer à payer pour conter fleurette équivaudrait à ouvrir une porte sur la dilapidation de mon bien. Hors de question d'envisager cette funeste résolution ! Après tout, si je pouvais vivre sans coiffeur, sans rustine entière, sans lacets neufs, je pouvais tout aussi avantageusement mener une existence loin de ces tentatrices qui contribuent à vider les porte-monnaies de leurs amants.
Entre la misère de l'amour et la ruine du portefeuille, je n'avais guère d'hésitation : je favorisais évidemment le salut de mes piécettes patiemment accumulées dans leur boîte rouillée.
L'on me trouvera certes sordide, mesquin, pitoyable en cette situation extrême. Cependant, si mon corps tremblait de désir devant les belles blondes, mes yeux, quant à eux, brillaient d'un bonheur inavouable face à l'éclat terne de mes sous amassés.
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