Depuis la hauteur de ma piaule je percevais les bruits du dehors,
insensible aux sollicitations mercantiles de toutes sortes.
Ainsi perché au-dessus du siècle, j'observais avec suspicion le monde impie
de la dépense. Et de mon oeil avisé d'aigle déplumé, me permettais de lorgner
sur les rares trésors qui ne valaient qu'une poignée de pièces jaunes.
Fier de demeurer intègre en ma citadelle, je me tenais loin des hérésies du
consumérisme ambiant où je trouvais tout hors de prix.
Trônant sur mon royaume d'économe, je jugeais les hommes sévèrement et
estimais leurs achats de luxe bien tristes ! Rien d'autre ne pouvait me séduire
que des emplettes au rabais, des acquisitions d'occasion, des biens brisés ayant
perdu une grande partie leur valeur et donc devenus beaucoup moins
monnayables.
Je posais un regard de mépris sur quasiment tout ce qui dépassait le
montant de ma bourse. Ces choses inutiles qui coûtaient plus cher que le contenu
de ma boîte rouillée ne méritaient que ma farouche indifférence.
En somme, j'étais un acheteur d'allumettes mouillées : il me suffisait
juste de les faire sécher pour être gagnant.
C'est de cette manière astucieuse que je voulais me retrouver bénéficiaire
sur le plan financier. Même de quelques broutilles. Ce que les dépensiers considéraient comme "mesquin", moi j'en faisais une très haute richesse
personnelle. Petit à petit, miette après miette, je récupérais ce qui était si
désinvoltement dévalorisé.
Pour en faire mon butin de radin.
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