Dès l'aube, j'entends leurs concerts tout en becs et plumes.
Tandis que les oiseaux du matin chantent, je me lève en allumant la
première flamme du jour. L'âtre s'anime, la fumée me pique les yeux, le feu
réchauffe mon café. J'avale les gorgées de mon bonheur simple. Cet âpre réveil
se fait comme d'habitude : sans sucre ni vain artifice.
Ma journée commence, je sors à la rencontre de ces voix venues des
feuillages, des buissons et des ronces.
Je prête l'oreille à ces musiciens de la broussaille qui me racontent les
histoires banales de leurs vies de volatiles. Quels insipides bavardages ! Ces
piailleurs m'imposent toujours le même refrain. Et ma réponse ne varie pas : ils
reçoivent à chaque fois mon jet d'urine matinal en échange de leurs stériles
salutations.
Ils envahissent l'espace de leur propos de bistrot de la verdure. Ces
buveurs de brumes n'en finissent pas de papoter pour des petits riens. L'écho
produit par leurs gorges de menues pipelettes évoque un bruit de ciel et de
chair mêlés : le croisement des anges de l'azur et des carcasses de la
terre.
Ces concierges de l'éther ont des bras pour voler dans les airs et des
gosiers pour répandre leurs potins dans les jardins. A mi-chemin entre la
subtilité des nuages et l'épaisseur des patates.
Ces écervelés incarnent à merveille le paradoxe des lourdeurs et beautés du
quotidien. En eux on trouve la réunion saugrenue de l'aile et de la platitude.
Avec leur plumage de grisaille dans la proximité des nues, ils ressemblent à des
envoyés de l'ailleurs aux allures ordinaires. Tout en finesses et pesanteurs. Ce
sont des cailloux sur pattes dotés de peu d'esprit et de beaucoup de
légèreté.
Leur chant entêtant parfois me met en appétit.
Pour mes repas d'homme, il m'arrive d'en piéger de bien gras et de les
faire griller sur ma braise.