Là où je demeure, il n'y a que des pierres et des ronces.
Ce qui n'empêche pas que, rarement, j'y croise des femmes.
Des roses, pas des vaches. Des libellules, non des coches. Des fines fleurs
en un mot.
Je veux parler de celles qui passent et folâtrent, foulant les herbes
folles avec toute l'insouciance de leurs pas peu pressés, loin des lourdeurs des
marcheuses en prière.
Je me méfie des pieuses laideurs, des sages disgrâces, des vertueuses
verrues : je les trouve suspectes, bien trop froides pour être honnêtes. Ces
espèces de moniales ambulantes en route pour des ciels lointains ne m'inspirent
que tristesse et ennui. Aucun de ces chardons dévotieux ne me fait ni rire, ni
rêver, ni chaud au coeur.
Quand l'une de ces femelles flétries s'arrête sous mon toit en quête
d'échange spirituel, de partage de pain, de noble amitié, je n'ai qu'une envie,
c'est qu'elle reprenne le plus tôt possible son chemin de misère.
Ces sottes perruches sont toujours assoiffées d'indigestes idéaux. Ai-je
donc tant de temps à perdre à écouter leurs sornettes ?
Elles me prennent pour un vieux philosophe à visiter au fond des bois,
alors qu'en réalité je suis là pour les dévorer. Sauf que n'étant point
appétissantes, je les épargne.
Ces tristes pénitentes ont des physiques de crapaudes et des mentalités
d'ânesses. Et pour mieux lustrer leur chasteté d'idiotes, elles se parent de
voiles, de crucifix, d'allures dignes. Leurs mots mesurés et sans surprise
m'endorment comme des chants monotones. Leurs propos d'enclumes sur pattes me
pèsent autant que des livres de messe et leur parfum de fausseté empoisonne mon
air. La venue de ces plâtres d'église dans mon ermitage ne m'a jamais
enchanté.
Le laideron en marche se croit obligé de se sauver jusqu'à l'autre bout du
monde. Tandis que l'incarnation de la beauté n'a nul besoin de parcourir autant
de distance pour s'envoler : sa légèreté a des effets immédiats.
Ces promeneuses d'un jour, plus rayonnantes que les orties introverties,
rôdent autour de mon antre et entrent dans mon trou. Que viennent-elles chercher
dans cette ombre où je vis ? Je n'ai que ma flamme à leur offrir.
Ces esprits adorables non dénués de chair adorent se chauffer à mon
feu.