Et puis les choses se précipitèrent. A force de s'ennuyer dans les herbes à
échanger des gestes désespérément chastes, au fil des rendez-vous ce qui ne
devait jamais arriver finit par arriver quand même : lassés par toutes ces indécisions, les corps se
rapprochèrent enfin, les lèvres se rencontrèrent et les feux charnels
s'allumèrent.
L'heure était venue pour Estelle de franchir un cap délicat : dénuder le dos de
son aimé et faire face à sa bosse. La regarder vraiment, sans le voile pudique des vêtement. Se confronter au réel après
s'être tellement adonnée aux enchantements intangibles du rêve. La voir dans toute sa crudité, la toucher, la caresser, tenter de transformer cette hideur en objet de désir. L'apprivoiser, la rendre amicale, l'accepter contre sa peau, comme on le ferait avec une bête affreuse que l'on aime.
En un mot, mettre la main sur le loup. Plonger dans la gueule hurlante. Embrasser la laideur.
Elle avait portant pensé que cela lui aurait été facile de dépasser ces simples "aspérités physiques". Elle se rendit compte en cet instant que ses doctes et jolies théories amoureuses ne résistaient pas totalement à l'âpreté des faits. Et qu'autant de contrariété esthétique n'était pas si secondaire qu'elle l'avait cru...
Pierre devinait la gêne de l'amante. Lorsque de ses doigts tremblants celle-ci commença à lui découvrir les épaules, elle eut une hésitation. Elle n'osait plus... Elle semblait vouloir se préparer avant de poursuivre. On sentait son appréhension. Ce qui au début s'apparentait à un frisson intime devenait à présent une véritable épreuve. Le bossu ne l'aida pas. Il laissa sa partenaire aller jusqu'au bout de son calvaire.
Pendant ce temps, ce dernier avait lui aussi déshabillé la jeune fille. Chacun d'eux s'affairait à dévêtir son complice. Et tandis que la belle tournait autour du pot, de son côté l'infirme lui déboutonnait son corsage.
Estelle se décida finalement à se heurter au pire. Elle baissa entièrement la chemise du disgracié pour ne plus rien ignorer de cette monstrueuse nudité. Et au moment exact où la malformation dorsale de Pierre lui éclata au visage, sa poitrine de femme apparut également aux yeux du garçon.
Le premier fut émerveillé, la seconde horrifiée.
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