Là, juste derrière mon gîte, sur des terres abandonnées, des rails gisent
sous la broussaille.
Jadis, une machine à vapeur déposait ses usagers non loin
de là, dans une gare aujourd'hui disparue. Ces vestiges enfouis sous les ronces
formaient autrefois une ligne secondaire desservant les coins les plus reculés
de la campagne.
Des voyageurs aux existences simples empruntaient ces trains qui
bringuebalaient à travers bois et champs. Une époque de lenteur oubliée de tous.
Nul wagon ne circule en cet endroit depuis un siècle.
Lorsque je marche aux abords de cette voie
ferroviaire que l'on devine sous la mousse et les épines, parfois je crois
entendre siffler une locomotive dans l'horizon. Il me semble alors qu'elle
déversera bientôt des ombres humaines dans je ne sais quel arrêt fantôme situé
quelque part dans la verdure.
Mais il n'y a que le silence autour de moi.
Et en
guise de panache de fumée dans le lointain, je ne vois que la blancheur des
cumulus dans le ciel.
Aucun tortillard n'apparaîtra en ce lieu. Pas le moindre passager ne
descendra fouler ces herbes folles où j'erre et songe. Tout à mon rêve, je
longe ce chemin de fer d'un pas triste, puis m'en retourne sous mon toit de
solitaire.
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