Je suis le dernier des esprits intègres à la pensée d'acier et
à la plume acide de ce siècle.
Loup machiste aux crocs de feu né dans une société de caniches, je ne cède
pas aux frilosités de ces hommes épilés se prenant pour des âmes évoluées sous
prétexte qu'ils ont remplacé leurs couilles de taureaux par de la guimauve.
Désormais ces castrés éprouvent des sentiments de tomates fragiles. Ils
font tout pour ressembler à des petites femelles vulnérables et non à ces
traditionnels carnassiers poilus et râpeux auxquels ils refusent d'être
assimilés. Lorsque ces délicats sortent à vélo en campagne, ils se protègent
avec des casques et des masques, se parent de lumières clignotantes et de gilets
fluorescents. Et surtout, ils n'oublient jamais d'emporter leur téléphone, au
cas où... En ville ils roulent à trottinette, dans leurs salons ils
s'entourent de coussins moelleux, dans leurs baignoires ils ajoutent des
onguents parfumés.
Ils revendiquent leurs larmichettes de poulettes, ils s'interrogent sur le
climat, souhaitent aider les autres, manifestent pour sauver la planète...
Ces plates endives à la peau lisse tremblent devant les agents de la
brigade verte inspectant le contenu de leurs poubelles. Ils espèrent n'avoir pas
blessé la nature en ayant fait un mauvais tri...
Les mâles d'aujourd'hui sont devenus des "êtres sensibles", des "frères de
Gaïa" , des "enfants de la Terre"...
Ces écolos-ramollos veulent rentrer dans le rang des moutons bien tondus
sans faire de vagues. Ils pleurnichent pour des chiens écrasés, s'agenouillent
aux pieds des femmes, s'effondrent pour des insignifiances. Ils ont des
allergies, des craintes, des malaises. Pour leurs bobos de l'épiderme, ils ont
prévu des pommades, des pansements, des crèmes hydratantes. Ils rêvent d'un
monde plus juste, plus propre, plus insipide.
Leur coeur lessivé n'est qu'une soupe aux navets compassionnels, une source
de tiédeurs conformes aux lois en vigueur, une intarissable fontaine de
niaiseries en vogue.
Et c'est avec cette lavasse qu'ils aiment leurs épouses, leurs chiots,
leurs voisins de palier, leurs collèges de bureau, tous aussi inoffensifs
qu'eux.
Ces porteurs de frisettes totalement dévirilisés ne résistent pas aux
brûlures de la vérité.
Ils hurlent de douleur au moindre de mes mots.