En guise de sacrement à la gloire de notre union, je pris à témoin les
étoiles et la lune de cet amour et adressai au ciel une prière inédite dans
laquelle je promis de ne jamais me ruiner au nom de notre hyménée.
Violette méritait mieux que de banals jours de confort sous le soleil fade
des facilités matérielles et de la prudence domestique. Je lui proposai les
stimulantes austérités et froideurs vivifiantes d'une vie de délicieuses
privations par rapport à ce qui s'achète et d'abondance tout aussi exquise pour
tout ce qui ne se monnaye pas.
Autrement dit, avec moi, elle n'aurait rien de neuf et tout de rouillé,
cassé, jeté. Elle bénéficierait sans compter des sommets de mon avarice.
Son existence sous mon toit serait associée désormais à un changement
radical de ses priorités. L'essentiel remplacerait le secondaire et l'argent
servirait non pas à être bêtement dépensé, mais mis à l'abri dans des
coffres.
Libre à elle ensuite de dilapider ses biens personnels pour des futilités,
cela ne me regardait pas. Je devinais qu'elle souhaitait secrètement me rendre
plus prodigue. De toute façon sa tentative s'avérait vaine. J'avais en moi
toutes les raisons de briller hors des normes sociales : je suivais mon propre
système, basé sur mes intérêts individuels et non sur les apparences, la vacuité
ou les valeurs passagères.
Je lui offris donc pour voyage de noces une visite captivante dans la cave
parentale afin d'y explorer ses profondeurs insoupçonnées et leur pâle faune. Un
univers de spectres miniatures et d'espaces à l'exotisme infernal, à l'opposé
des hauteurs de ma chambre, si loin de ce qu'elle aurait pu concevoir dans ses
rêves formatés, dénués de surprises.
Le dépaysement pour elle fut total.
Rats, araignées et cafards lui firent oublier les artifices dorés des
habituelles âneries et autres imbéciles cotillons obtenus à prix indécents que
l'on réclame généralement au cours de ces stupides célébrations nuptiales
étalées à grands frais.
J'étais certain que ma moitié se rappellerait de cette excursion au fond de
la maison de mes parents. Ses larmes m'allèrent droit au cœur.
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