Selon les normes de ce siècle, il fallait que je trouve un nid à part
entière pour abriter et la fleur et le rat que nous étions. Tout comme moi,
Violette logeait chez ses géniteurs. J'estimais cependant que ma piaule
suffisait amplement pour ce projet de vie commune. Nul besoin d'aller chercher
un autre asile que celui dans lequel j'avais grandi, rêvé, économisé, et tant de
fois maudit les vendeurs de vent. Quelle source de frais inutiles ce serait de
courir après un toit lointain alors que j'en avais déjà un au-dessus de ma tête
!
Ma chambre était sombre, vieille, mystérieuse.
Et totalement gratuite.
Le refuge idéal de ce singulier hyménée, protégé des agressions
consuméristes extérieures.
Dans ma tour triste et énigmatique, je vivais en dehors de toute influence
de ce monde d'achats futiles, de vaines apparences et de pertes d'argent.
Je souhaitais voir Violette s'y enraciner. Pour toujours, pour des années
meilleures, pour l'amour de la modestie. Loin des sottes tentations de cette
société si dépensière, le plus proche possible de mes poubelles généreuses,
intarissables, miraculeuses.
Sous le soleil précieux de mon avarice elle s'épanouirait de manière encore
plus sobre, plus éclatante, moins superficielle.
Et me paraîtrait davantage désirable, nourrie de pain noir et abreuvée d'eau
claire.
Avec moi il n'y avait guère de chance pour qu'elle grossisse
inconsidérément. Au régime de la frugalité, elle demeurait fine et belle.
Elle brillerait, du moins je l'espérais, et deviendrait le centre de toutes
mes attentions, l'heureuse potiche de mon antre de radin.
Enviée des obèses délaissées.
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