Je ne veux pas travailler, je ne veux pas me fatiguer, je ne veux pas
transpirer.
Tout ce que j'aime faire, c'est me reposer, chanter, boire et manger.
Ma vie ressemble à une fête. L'oisiveté constitue mon seul loisir : je suis
le roi des bons à rien.
Paresseux, insouciant et jouisseur, je préfère me lever le matin pour dire
bonjour aux fleurs plutôt que pour me rendre au turbin. Je regarde les autres qui partent à l'usine d’un pas alerte tout en sifflant : ils paraissent tellement
heureux d’y aller ! Cela m’amuse de les accompagner de mes pensées.
Eux à leurs machines, moi à mes pâquerettes. Que désirer de mieux ?
Je suis un oiseau moqueur sur sa branche éclose et j'observe le monde
s'activer autour de moi.
J'attends le jour du printemps, l'or des bourgeons et la saison des
cerises. Je me nourris de ce qui me tombe dans le bec : je remercie la bonne
fortune. Et lorsque j'ai soif, je n'ai qu'à diriger le gosier vers le ciel :
tout m'est donné gratuitement.
Et pourtant cela ne me suffit pas. J'ai besoin de dépasser mon horizon.
Certes j'ai des ailes, de l'espace et tout le temps à ma disposition. Sauf que
l'essentiel me manque.
Bien que je sache où picorer mon bonheur sur Terre, cette chose si simple à
la portée de chaque mortel, ça n'empêche pas que je souffre quand même. Mon
chant résonne souvent comme une brise légère dans l'azur, mais parfois mon âme
devient lourde, grise et triste.
Elle pèse autant que ces cailloux que vous foulez sur vos chemins de
misère.
Je ris, je rêve et je pleure, pareil que vous.
Je suis un incapable, un profiteur, un buveur et un vrai fainéant. Et vous, vous
êtes des gens estimables. Nous sommes embarqués dans une aventure commune,
cependant.
Et dans ce voyage fabuleux nos coeurs sont à égalité.
C'est que, voyez-vous, moi aussi je cherche l'amour.
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