Tous les ans après le dégel, c'est la même rengaine : l'éternel retour du
printemps.
Au début d'avril il vient frapper à la porte de ma solitude pour me tenir
compagnie. Il me caresse de son souffle tiède, tente de me faire ôter mon
manteau et quitter mes grosses semelles, enfin de se loger sous mon chapeau de
paille, histoire de me convaincre de ses molles tendresses.
Mais moi j'aime follement l'hiver.
J'apprécie trop les rigueurs blanches, féroces et sépulcrales de janvier
pour succomber aussi rapidement aux baisers verts de sa vernale rivale.
Le premier me glace le coeur mais en même temps m'emporte dans les plus
clairs sommets, tandis que la seconde m'importune en voulant absolument me
bercer entre ses bras flegmatiques.
Je ne prétends pas demeurer totalement insensible aux avances de cette
demoiselle en dentelles qui, frivole, prend ses distances avec les dernières
neiges de février, non. Je dis simplement que je préfère les rudesses hivernales
aux nonchalances printanières. Certes la saison des bourgeons est agréable, elle
me couve de ses pâles intentions et me baise de ses lèvres florales, je ne le
nie pas.
Cependant les mois de givre m'enflamment.
Moi je ne suis pas un frileux, nullement un sensible, encore moins une
brindille. La fragilité, les larmes, la douceur ne sont pas faites pas pour mes
crocs de bête en bottes. J'ai besoin de gel et de feu, de froid et de brûlure
pour combler mes appétits de carnassier. La braise de l'âtre en plein décembre
m'agrée plus que la brise germinale.
C'est le loup que je veux embrasser, non l'agnelle !
Mais en ce monde rien n'arrête véritablement le murmure du vent, la montée
de la sève, la force des roses et l'éclat de la lumière, je le sais bien... La
progression du Soleil et de la Terre est implacable. Les hommes ont toujours
suivi les gloires de la Création.
Finalement, oubliant progressivement les âpres délices des morsures
brumales, je finis systématiquement par céder aux légèretés du renouveau.
Et mon âme de garou, après quelque résistance, s'ouvre avec joie aux
flammes du réveil.
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