J'essayais de faire le vide dans mes relations économiques. Du moins de me
débarrasser de tout contact coûteux.
Pour autant vivais-je isolé dans mon coin, privé d'amis ?
À vrai dire, si je ne recevais nul mangeur chez moi. Je faisais plutôt
partie des hôtes que l'on convie. L'on appréciait ma singularité. Une
bienveillance de façade accompagnée de quelques railleries, certes. L'essentiel
pour moi se résumait à la seule opportunité de manger chez les autres.
Je me doutais bien que j'amusais la galerie. Mais ce n'était jamais à mes
dépens, puisqu'en échange je ripaillais aux frais des rieurs.
J'avais au moins cette utilité sociale et jouais parfaitement mon rôle de
Polichinelle dans le théâtre du quotidien. Conscient de mon vice, lucide quant à
l'image publique que j'offrais, j'assumais avec éclat le fait d'être perçu comme
un homme à tête de rat.
Une simple curiosité pour les buveurs avides de drôleries, un fécond
enseignement pour les esprits éclairés.
Mon avarice se présentait tel un cadeau à prendre ou à laisser. J'accordais
à chacun la liberté de me faire asseoir à sa table. Même si pour ma part, chez
moi je préférais demeurer sans personne devant mon assiette, à part Violette.
Mon sens de l'amitié se limitait à mes rares connaissances qui pouvaient
assurer le couvert sans attendre la réciproque. Je me remplissais le ventre chez
ces frères de fourchette, tandis que je les payais de l'honneur de ma présence.
Avec ces bons vivants, ma radinerie placée au centre du débat constituait
un sujet d'hilarité. On riait et je festoyais. Je trônais à ma façon, à l'égal
d'un roi. Parmi cette assemblée de dépensiers, je paraissais un sommet.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire