J'aimais follement l'eau.
Celle que le ciel déverse sur la tête des mortels. Cette boisson que nul ne paye tant qu'elle n'a pas été mise en bouteille. Ce breuvage abondant, universel, qui ne coûte que le prix d'un sourire ou d'un crachat, au lieu d'un rond.
Cette flotte qui m'hydrate symbolise la gratuité des choses. Avaler un verre de cette liqueur miraculeuse ne m'oppressait point. Je savais qu'en ingurgitant ce jus céleste, je ne devais rien à personne.
La pluie qui nous désaltère appartient à tous. Elle n'est pas monnayable.
S'abreuver des larmes des nuages, de l'onde des ruisseaux ou du filet des fontaines, c'est boire en dehors de toute considération financière, se rafraîchir d'un vin certes inodore et incolore, mais gratuit.
Seul trésor des pauvres, le château-la-pompe constitue également le meilleur argument des avares. J'en consommais à satiété et en offrais sans compter à qui en voulait.
Distribuer cette limonade dénuée de saveur et cependant aussi blanche que l'aube me donnait l'apparence de la générosité, même si, curieusement, aucun de mes convives ne semblait apprécier à sa juste valeur cette salubre offrande...
Tout comme l'air que je respirais, cet apéritif planétaire demeurait à la portée de ma bourse. J'en usais et en abusais avec délectation et ne m'en lassais jamais.
Voici bien l'unique don que je me permettais de faire sans restriction à mes amis et ennemis.
Cela n'exigeait que la peine de leur désigner les flots. Alors pourquoi me priver de ce moindre effort pour leur apporter cet énorme plaisir à zéro frais ? Même si je remarquais leur peu de gratitude envers ma prodigalité à cet égard, il n'en reste pas moins vrai que je leur proposais pourtant le plus sain liquide au monde.
Ils ne pouvaient pas dire qu'avec ces gorgées désintéressées, je cherchais à les acheter !