Au cours de mes aventures de voyageur local à travers les jours agités et
les paysages statiques du canton, j'ai croisé maintes choses inouïes et autant
de personnes remarquables. Sans omettre quelques vagues bêtes dont j'ignore si
certaines d'entre elles viennent de la terre, du ciel ou d'ailleurs. Toujours
est-il que j'en ai vu du monde, des rats crevés, des chiens errants, des
artifices, des leurres, des ombres, des lueurs et des raretés !
J'ai été confronté à des flammes, à des brumes, à des formes, à des pierres
et à des mirages.
Ordinaires animaux de nuit ou bien faune issue des songes, silhouettes
furtives ou rêves insistants, spectres palpables ou fantômes aux apparences
d'incarnés, oiseaux inconnus ou hommes sans nom, femmes réelles ou créatures
imaginées, vaches des prés se changeant en énormes présences nocturnes,
chats-huants entre réalité et incertitude...
J'ai parlé à des images comme à des êtres.
Des visages et des ténèbres m'ont fait face. Des mains et des griffes m'ont
effleuré. Des inanimés se sont adressés à moi. D'innombrables regards se sont
posés entre mon chapeau et mes bottes.
J'ai aperçu tant d'yeux dans l'obscurité... Pareils à des chandelles
allumées qui passent, s'éloignent et puis s'éteignent dans le lointain. Des
sortes de lunes étranges ou de pâles objets qui s'approchent lentement de moi,
on l'air de me fixer un moment avant de disparaître mollement je ne sais
où.
Je ne me pose plus trop de questions sur les mystères qui m'entourent le
long de mes chemins de vagabondages.
Je continue de marcher, l'âme sereine, le pas léger aussi que possible. Je
ne laisse que de bonnes pensées dans mon sillage, quelles que soient les
circonstances. Obstacles ou chance, rallonges ou raccourcis, difficultés ou
faveurs, j'avance sans jamais me perdre. Je vole vers l'essentiel : là où je
dois aller, partout et nulle part à la fois, au coeur des autres, à deux doigts
de l'horizon et encore plus proche de moi-même. Je chemine en direction de ma
véritable place, en somme.
Les gouffres et les sommets me motivent de manière égale. J'emprunte sans
cesse les mêmes routes et y rencontre les mêmes causes, les habituels sujets
d'étonnement, immenses ou minuscules, visibles ou obscurs.
Je traverse les bois et les champs accompagné de ces étoiles et de ces
brouillards. Tantôt au-dessus de ma tête, tantôt sous mes pieds,
indifféremment.
C'est précisément pour cette raison qu'au sein de mon circuit étriqué, de
villages en chapelles isolées, de granges en âtres chaleureux, de fourrés en
clochers familiers et de friches en tables d'amis, je vais finalement très loin.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire