Ces étapes cruciales de la vie constituent généralement des points de départ pour des dépenses inconsidérées. Je devais par conséquent redoubler de vigilance afin de ne pas me laisser entraîner dans des folies financières, emporté malgré moi dans les ivresses de l'amour.
Il me fallait m'en tenir aux verres d'eau en guise de boisson, détourner l'attention de Violette des bars, mais aussi des bouteilles et des canettes vendues dans les épiceries.
Pour notre première nuit amoureuse, les récipients largement remplis de pure et fraîche gratuité firent parfaitement l'affaire. Pourquoi changer cette formule gagnante ?
J'appréhendais par-dessus tout un revirement de situation. Je craignais des appétits subits de la part de Violette pour des breuvages payants, des sorties au cinéma et autres fantaisies onéreuses...
Je me préparais à toute éventualité allant en ce sens, en espérant de toute mon âme qu'aucune de ces mauvaises idées ne lui effleurerait la cervelle. Nous devions nous revoir et il fallait absolument éviter les pièges de la consommation abusive. Pour la suite des événements, je cherchais un moyen de la maintenir salubrement dans son rêve où elle voyait mon avarice avec un œil romantique et non un esprit critique de contradiction.
Ma priorité : défendre ma cause économique, prévenir les futures pertes, éteindre les bougies de la passion avant qu'elles n'enflamment mon portefeuille. Je cogitais beaucoup à ce propos.
Pour ma part, j'avais enclenché un cercle vertueux. Rien dans mon comportement ne lui avait suggéré une quelconque envie de lui faire plaisir par bourse interposée. Je faisais tout pour entretenir cette actuelle relation dénuée d'allusion à l'argent. Une entente basée sur des rapports sains où l'aspect matériel ne semblait pas entrer en ligne de compte à ses yeux : un énorme souci en moins pour moi !
Dans ce temps de la découverte, pas question de parler de ces sujets qui me chagrinaient !
Je savais que le jour où elle émettrait le souhait de me voir débourser mon épargne au nom de notre neuf hyménée, je me braquerai immédiatement. J'avais déjà échafaudé de multiples fuites me permettant de me débiner élégamment, de retarder l'heure des achats redoutés, de faire face de manière crédible à ce séisme.
Même si je me doutais bien qu'à un moment donné je serais obligé de passer à la caisse.
Impossible d'y échapper ! Ce serait là le douloureux prix à payer pour vivre en couple sur la durée comme dans la profondeur. La nécessité de cette existence à deux impliquant un partage bancaire constituerait à la fois mon bonheur conjugal et mon drame majeur.
À prendre ou à refuser.
J'avais finalement fait le choix du sacrifice : une femme contre des années de finances à dilapider. Je l'acceptais. Sauf que dans cette funeste perspective j'étais quand même décidé à limiter la casse. Je serais donc acculé à engager des frais auprès d'elle ? Soit ! Cela ne m'empêcherait pas de devenir le plus radin des conjoints, autant que possible et sans en avoir l'air.
Je ne voulais certes pas perdre ma conquête féminine.
Pas davantage mes sous à venir.
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