Elles m'emmènent souvent dans la boue des champs, la poussière des chemins
ou l'ombre des fossés.
Mes bottes sont mes boulets.
Incarnations de toutes les lourdeurs, elles me collent aux pieds comme deux
enclumes en marche vers de rassurantes platitudes.
Dûment chaussé de mes énormes godasses, je traverse la campagne et les
villages en grande pompe. Avec assurance et belle allure.
Contrepoids à mes dangereuses légèretés, elles me retiennent solidement au
sol afin que je ne perdre pas trop la tête. En cela elles me protègent de mes
pires envolées poétiques.
Etant donné que j'ai tendance à ne voir que l'azur au détriment de la
terre, les nuages au lieu des pierres, mes semelles crottées m'aident à garder
le sens des réalités. Sans elles, mes idées folles prendraient vite feu lors de
mes heures d'égarement !
Grâce à cette paire de gros talons qui s'enfoncent dans la fange et
écrasent les cailloux, je suis bien ancré dans le présent, remis au niveau du
plancher des vaches.
Elles sont encombrantes, pas toujours facile à porter, grossières mais
constituent les garde-fous à mes débordements lunaires.
Par ces aspects prosaïques je trouve mes chaussures d'ogre certes pesantes,
épaisses et brutales, guère délicates. Mais parfois, heureusement, elles
m'emportent dans de nouvelles hauteurs pour me faire découvrir des vertiges
inédits.
Avec ce duo de piétonnes pragmatiques, je ne vais pas que dans les trous,
la bouse et les mares. Je me dirige également vers des horizons aux brumes
idéales.
Je veux parler de ces soirées reposantes et prometteuses où avec soulagement
je les ôte devant l'âtre, exactement là où m'attend la marmite fumante de la
mère Garbichon.
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