Si je voulais revoir Violette en gardant le coeur serein et la bourse
toujours aussi pleine, il fallait absolument que je m'efforce de maintenir cet état
d'esprit salubre de la sobriété et ne pas me laisser envahir par les pensées
sombres des éventuelles dépenses. Même si je savais pertinemment qu'à un moment donné il faudrait que je lui offre son premier cadeau.
Mon but immédiat se résumait à retarder au maximum cette échéance.
Cependant, j'entretenais malgré tout l'espoir, certes mince mais non nul, qu'elle
ne m'exprime aucune demande d'achat. Après tout, j'avais peut-être affaire à une fille portée sur l'épargne ? Nos routes ne s'étaient-elles pas croisées sous le signe de l'économie, au pied de poubelles ? Bien que je n'y crusse pas vraiment à la vérité, cette idée que Violette partageât avec moi la flamme de l'avarice me suggérait un goût de bonheur suprême.
Pour l'heure la relation demeurait dans les saines et strictes limites de l'amour désintéressé. Je n'avais rien à regretter ni à me plaindre, les deux verres d'eau du robinet ayant servi de remparts à toute autre soif onéreuse. Je ne souhaitais évidemment pas faire naître chez la jolie fleur des appétits d'ogresse qui dès le début m'auraient coûté de toute façon beaucoup trop cher.
Pour notre seconde rencontre, dans ma chambre comme la veille, j'envisageais de reproduire, en l'améliorant, ce stratagème consistant à détourner son attention des futiles tentations. Afin d'éteindre dans l'oeuf chez elle le désir de breuvages de luxe inutilement sucrés et aromatisés, j'eus l'audace folle et judicieuse d'ajouter des glaçons au liquide. Quoi de plus simple et de plus authentique ?
Limpidité et fraîcheur devaient suffire, me dis-je, pour chasser de sa tête de fortuites envies que je jugeais inappropriées.
Lorsque nous nous réunîmes au bord de mon lit, je ne détectai point d'avidités impies sur son visage. Du moins pas à ce stade de notre histoire. Elle semblait même indifférente aux récipients que je venais de consciencieusement remplir d'artifice givré... Cela m'apaisait considérablement, je pouvais lui parler de ciel bleu, de rêves, de pluie...
Ces choses gratuites, accessibles, non monnayables.
Elle irradiait de beauté et je la désirais.
Avec un peu de chance il m'était encore possible de lui proposer, en guise de bague ou de restaurant, une belle soirée sous les étoiles.
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