Par-delà mes travers et outrances, et même si elle savait que j'allais lui
offrir une vie matérielle au rabais, Violette brûlait pour moi d'une flamme
authentique.
Plus sensible aux charmes du loup qu'au spectre fascinant des poubelles que
j'explorais, le mystère des égouts et l'obscurité du ciel l'attiraient. À ses
yeux, j'incarnais un crépuscule inédit. En échange de l'inconfort que je lui
imposais, elle recevait tout l'or de mes rêves gris.
Ma chambre ressemblait à une cave avec un accès sur l'azur. Je menais une
existence sobre, riche dans mon avarice. Ma liberté de radin ne s'apparentait
guère à l'aliénation des dépensiers. Certes, il m'arrivait de souffrir de
frustration, ayant moi aussi des envies de bête, des appétits consuméristes
brutaux et primaires.
Cependant, au bout de mon chemin d'économe âpre et ennuyeux je trouvais la
lumière.
Quoi de plus glorieux que de finir ma journée en beauté en constatant que
je n'avais rien déboursé depuis le matin ? Dans ces moments, tout s'éclairait et
tout s'apaisait.
J'étais vide, mais léger. J'avais faim parfois, mais me sentais épargné. Je
n'avais pas gagné une miette de pain, mais je n'avais pas perdu une once d'eau
non plus.
Et je planais sur mon nuage, en solitaire au-dessus du monde, loin des
pesanteurs du siècle.
Alors devant Violette, je devenais un être aux ailes magistrales venu
d'ailleurs. Un ange issu d'ombres radieuses. Ou un simple mortel bourré de
sagesse, peut-être. Et je voyais dans son regard un mélange d'amour et
d'incrédulité.
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