Une nuit, je fis un rêve.
À moins que ce ne fût un cauchemar.
Je n'avais plus aucun désir ni de besoin vital, donc plus de raison
d'acheter quoi que ce fût. Mes appétits se situaient au-dessus des nécessités
matérielles. Comme si mon corps, transfiguré par une vie entière d'avarice et de
privations, s'était allégé.
Devenu quasiment immatériel, je volais dans des sphères supérieures.
Dans cette nouvelle réalité, je ne pouvais plus toucher les pièces d'or.
Mais leur lumière me pénétrait en profondeur.
J'accédais à un univers plus haut que la valeur de l'argent : je
contemplais son éclat dénué de poids, sa beauté désincarnée, sa flamme seule.
Je me retrouvais dans un monde de pureté.
Mes sous ne pesaient plus rien. Ce qui alourdissait les coffres plus bas
sur Terre équivalait à de l'air, à du vent, à du vide.
Ou alors juste à un peu d'espoir mal placé et à beaucoup de fol azur.
Autrement dit, j'avais tout perdu, sauf que je me sentais en paix.
À mesure que ma fortune disparaissait sous mon regard neuf, je montais
davantage. Depuis mon sommet céleste, je considérais l'ampleur de mes biens
amassés qui, aussitôt que j'en prenais conscience, se transformaient en néant.
Ou plutôt, en quelque chose d'autre de parfaitement intangible.
Parvenu au zénith de ce firmament onirique, je me réveillais. Sous mon
oreiller je découvris plusieurs centimes égarés que je m'empressai de récupérer.
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