jeudi 30 avril 2026

2609 - Elle parlait à un épouvantail

C'est ainsi que plein de flammes nouvelles dans le coeur et de rêves renforcés dans les semelles, il reprit la route vers d'aléatoires aventures amoureuses, sillonnant sentiers boisés et chemins de campagne, traversant villages inconnus et hameaux perdus au gré de ses pas de cloche brisée.
 
Et puis, alors qu'il marchait depuis des heures vers son but hypothétique, en passant au bord d'un champ il aperçut un étrange personnage qui parlait seul. Ou plutôt, qui s'adressait à un épouvantail planté au milieu des sillons.
 
Une femme.
 
Un bel ange féminin, une enfant de la Terre venue d'on ne sait quel horizon. Une créature née d'un ciel idéal ou issue d'une ferme aux alentours, comment savoir ? Peu importe son origine : Pierre avait affaire ici à un être précieux, assurément.
 
Il s'arrêta et l'observa de loin, intrigué. Elle était effectivement en grande conversation avec cette chose inanimée. Plus précisément, il s'agissait d'un monologue. Il ne saisissait pas tous les mots qu'elle disait mais d'après les bribes de phrases qu'il parvenait à capter, il comprenait à peu près ce quelle racontait : des histoires folles, des faits extraordinaires, des pensées d'un autre monde. La bavarde avait l'air convaincue que le bonhomme de bois l'écoutait.
 
Tournée vers l'objet de son unique attention, l'improbable apparition semblait ne pas avoir vu le jeune bossu. Trop occupée à "dialoguer" avec son muet interlocuteur fiché comme un pieu sur la parcelle de terrain, elle était ailleurs, plongée dans ses nues. Et ne cessait de destiner ses paroles de feu au mannequin de chiffons et de paille.
 
Elle évoquait des voyages fabuleux, des envols vers des sphères supérieures. De sa bouche sortaient des immensités radieuses, des royaumes ensevelis sous les brumes, des paysages énigmatiques et des châteaux lointains... Visiblement un univers intérieur secret, dense et fécond l'habitait.
 
Pierre resta un moment à épier cette drôle de fille. Elle se concertait toujours avec l'immobile silhouette qui lui faisait face. Cela dura assez longtemps. Impressionné par la beauté de la demoiselle mais également par la situation hors norme, il n'osa pas s'approcher et préféra continuer discrètement à vagabonder.
 
Il parcourut encore une longue distance en repensant à cette curieuse rencontre. Puis une fois son trajet hasardeux effectué, selon son habitude il retourna chez lui, fatigué. Arrivé le soir au foyer parental, la vision de cet incompréhensible duo champêtre le poursuivit jusque dans son lit.
 
Qui donc était cette vénusté conversant avec ce spectre pastoral parfaitement impassible ?

Cette nuit-là ses songes furent peuplés de chants d'amour et de visages effrayants.

mercredi 29 avril 2026

2608 - Bête et bossu ?

Il avait réfléchi toute la nuit dans le cocon de sa chambre. Il devait se jeter dans le vide sans filet.
 
Sa décision était à la hauteur de son drame : puisqu'il se trouvait en état mental de ne pas faire autrement que conquérir l'impossible, il affronterait l'inévitable. La chute dans les flammes pour ne pas passer à côté de son sort, pour tomber d'encore plus haut, pour mourir sous le Soleil peut-être. Surtout, pour se retrouver là où il devait être, sous peine d'inertie. Oser se dresser devant l'indicible, impérieusement, fatalement. Se tenir au bord du vertige, entre éblouissement et anéantissement.
 
Choisir l'action, rester dans le danger, demeurer en pleine tempête, tremblant mais la tête relevée. Courbé mais debout. Ecrasé mais vivant. Fier de braver l'insurmontable au lieu de le fuir prudemment.
 
Seul avec sa bosse et ses rêves, face à son destin.
 
Tant de laideur chez lui justifiait un tel défi : exécuter le saut périlleux jusqu'à prendre le risque de s'exposer au ridicule. Après l'épreuve mortifiante de sa raclée publique quelques années auparavant, ne pouvait-il pas se permettre ce feu magistral ? Brûler dans l'échec ou briller dans la gloire, à ce degré ultime la folie serait la même.
 
Pierre voulait tenter le plongeon des imbéciles. Quand le matin il se sentit prêt pour la démonstration du pire, il entreprit une énième sortie hasardeuse en direction de l'inconnu. Une fois de plus partit chercher une femme, rencontrer la foudre, se fracasser contre l'amour. Ou l'indifférence.
 
Dès qu'il franchit le seuil de son foyer, il vit son ombre matinale. Nette, mince et bien allongée.
 
Une forme si reconnaissable... Son double d'infortune. Son égal brisé.
 
Le fantôme glissa longuement, lentement sur la route. Sa destination : la lumière. Ou le crépuscule. Loin, ailleurs, nul se sait où.

Un voyage aléatoire vers lui-même. La progression de la bêtise inspirée par l'espoir : cette lueur lointaine qui donne des ailes aux pierres.

mardi 28 avril 2026

2607 - Campagne triste

La solitude, cette âpre compagne que j'aime tant ordinairement, me pèse certains jours. Surtout aux heures de pluie. Je m'enfonce alors dans la boue des chemins, traîne dans les champs, m'ennuie dans la campagne, pleure sans témoin. Et mes rêves de vagabond sont écrasés sous le poids du ciel, se brisent contre les pierres, disparaissent dans les flaques.
 
Et je me retrouve nu au coeur de la grisaille. J'ai froid et la tristesse m’envahit. Je sombre dans un monde de deuil. Je me demande ce que je fais dehors, trempé, égaré parmi la végétation. Cette existence d'errance vaut-elle le prix de ce soudain accablement ? Ne serais-je pas mieux au chaud dans un salon à lire ou causer en fumant la pipe, me dis-je ?
 
Je regarde autour de moi et ne vois qu'une vaste étendue déserte. Nulle âme : rien que le silence et la mortelle verdure.
 
Serais-je donc né pour cette misère ? Les nues profondes me pénètrent et je sens en moi une immense mélancolie. J'ai envie de hurler ma peine aux nuages, de crier ma détresse à l'horizon, de verser mes larmes au vent. J'ai l'impression d'être seul à souffrir au sein de cette nature. Mais ma tristesse ne dure que le temps d'une averse.
 
Quelques oiseaux passent au-dessus de moi, les herbes s'agitent sous une brise et puis le crépuscule arrive. Les brumes se déchirent et des flammes percent les hauteurs. Mon spleen s'estompe sous l'effet de ce nouvel azur de feu.
 
Les lueurs du couchant chassent les ténèbres de ma tête et mon chapeau de paille se met à briller. Mes pensées redeviennent légères, mes pas m'emportent comme des ailes, et je m'envole.

Mes semelles restent cependant enlisées dans les lourdeurs de la terre et je ne quitte pas cet univers champêtre. Je demeure toujours au même endroit et pourtant je suis déjà loin.

lundi 27 avril 2026

2606 - Une chance sur mille

Laid, abandonné, bossu, et cependant plein de flamme, il ne lui restait plus qu'à affronter plus fort, plus grand, plus beau que lui.
 
À la fois déclassé et débordant de panache, il jouait ses cartes maudites. Ces dernières étaient noires, certes. Sauf qu'avec cette misère qu'il tenait en main, il pariait le ciel. 

Les nues, le firmament, son âme et sa vie. Rien de moins.

Il avait pour lui le lot de la malchance, le poids de l'injustice, la malédiction de la naissance : sa bosse, sa laideur, sa solitude. Ses trois meilleures armes pour perdre et briller, se briser et s'envoler, mourir et brûler. Tenter le tout pour le tout et finir comme une étoile, quoi qu'il en soit.
 
S'écraser au sol pour renaître à travers des éclats de feu, se fracasser en produisant un éclair  suprême et jouir de cette lumière, tout achever sur la Terre dans une beauté finale : voilà ce qu'il pouvait encore offrir au monde et à lui-même. Échouer aussi magnifiquement qu'un astre.
 
Pierre ferait donc des étincelles.

Mais il voulait proposer beaucoup mieux : le choc, l'inattendu, le hors norme.
 
Son unique option, la plus glorieuse en vérité, se résumait à avancer sans masque, à marcher droit devant lui, à foncer les bras ouverts. Pourquoi prendre le risque du malheur lorsqu'on est assuré du pire ? Entre la caresse ordinaire et la blessure éclatante, le choix ne se présente pas nécessairement de manière tranchée pour tous.

Accueillir le jour ou lutter contre la nuit. Faire face au Soleil ou entrer dans les ténèbres. Aller en direction de sa chute avec le courage du lion et l'espoir du condamné. Ces réflexions sur sa situation lui paraissaient tantôt oiseuses, tantôt essentielles. Pourtant elles lui permettaient de progresser, de dépasser les murs de sa chambre, de trouver la force d'en sortir, de goûter à la folie des chemins, de s'enivrer de ses rêves. Accéder aux hauteurs, même peuplées d'ombre et chargées de poussière, telle était la priorité de Pierre.

Il opta pour le coup de dés. Pas pour gagner, non. 

Juste pour essayer.

dimanche 26 avril 2026

2605 - S'écraser ou s'envoler

Soudain, sa bosse devenait le problème central de sa nouvelle existence. Il n'avait pas encore vingt ans et découvrait ce que signifiait réellement le drame humain. Jusqu'alors il avait pensé ne traîner qu'un sac d'une relative importance entre ses épaules, un fardeau secondaire à rendre invisible au fil des années à travers de simples pirouettes verbales. Un poids à alléger avec le temps et des mots choisis, donc. Et si toutefois il ne réussissait pas à cacher totalement cette partie simiesque de son anatomie, il croyait que les adultes finiraient par s'habituer à son apparence de singe.
 
L'évidence était autre.
 
À cet instant Pierre se mit à songer avec sagesse et pénétration, peut-être pour la première fois de sa vie. Il émit pour lui-même des réflexions à peu près en ces termes :
 
— Les enfants finissent vite par trouver les monstres normaux à force de les voir autour d'eux. Et à leurs yeux un bossu, un nain, un être malformé, après un ou deux jours d'étonnement deviennent banals : ces âmes puériles intègrent plus facilement l'anormalité. Tandis que les grandes personnes, moins pures mais beaucoup plus lucides et raisonnables, ne parviennent jamais à admettre que l'on puisse traiter la laideur à égalité avec la beauté. Cela n'a rien d'anodin, contrairement à ce que prétendent les irresponsables et les hypocrites. La preuve : Hugo a créé une oeuvre immortelle sur le sujet, inspirée par cette dualité. L'union entre le cafard et le papillon représente une telle énormité dans l'esprit des hommes que l'illustre auteur s'est penché sur ce thème en y mettant tout son art. Aucun mortel équilibré sur Terre ne considère cette situation naturelle. S'il en était autrement, le génie littéraire français n'aurait pas daigné raconter une pareille histoire.
 
Pierre, d'habitude assez médiocre, voire franchement bête, se rendait subitement capable d'intelligence, au moins pour aborder son cas personnel.
 
Les menteurs, les négationnistes, les imposteurs de tous bords lui affirmeraient à renfort de bons sentiments et de mythes invérifiables que l'amour véritable est aveugle. Ils crieraient au ciel, aux siècles, aux cimes, aux abysses, aux vivants et aux morts qu'une bête et une fée peuvent naturellement former un couple idéal... Ces prophètes du faux sont légion et les sots qui les écoutent également. Lui ne voulait pas céder à cette facilité. Il assumait pleinement son sort et préférait regarder la réalité sans artifice, montrer son visage de chameau plutôt que porter un masque. Seul le vrai l'importait : se jeter dans le feu de la vérité au risque de se brûler, mais refuser la tiédeur, le toc, le falsifié.
 
Il savait que le monde des illusions était fait pour les faibles. Et c'est précisément parce qu'il demeurait fort qu'en pleine tourmente, tout changeait pour lui.

Sur son dos courbé il ressentit la présence d'ailes immenses.

samedi 25 avril 2026

2604 - Retour sur Terre

Piteux, il alla se réfugier dans sa chambre de solitaire en cachant ses bleus à ses parents. Il aurait eu honte de leur montrer les marques de son naufrage. Son déshonneur était immense. Frappé au visage par le fermier mais surtout sur sa bosse, son âme en fut la première touchée. Là, au bord de l'évidence, Pierre commença enfin à comprendre la situation réelle de sa vie.
 
Il eut le courage de regarder la vérité en face : il se mit devant un miroir, nu. Et il se jugea.
 
Il se trouva laid, gringalet, plus courbé qu'il ne pensait.
 
La maturité physique avait accentué ses traits ingrats. Son corps en grandissant devenait progressivement une carcasse étriquée, une sorte de foetus osseux, une chose informe et inesthétique, un assemblage anatomique anguleux et désarticulé.
 
Concrètement, qu'avait-il pour lui ?
 
Pierre se basait sur beaucoup de flatteuses certitudes à son sujet. Et là, dans la glace, il découvrait une bien maigre matière. L'illusion des hauteurs lui procurait maintenant le vertige de sa misère.
 
Le pauvre garçon se trompait depuis trop longtemps. Il croyait que sa seule flamme intérieure pouvait attirer dans ses bras les délicieuses filles de la terre, par le simple effet sur celles-ci de son éclat supposé. Juste parce qu'il les désirait avec la force de ses rêves d'infirme. Sauf qu'en réalité les papillons ne viennent danser qu'autour des fleurs saines.
 
Les faits lui montraient que ce flambeau qu'il brandissait ne suffisait pas. Marguerite et Rose, envolées en peu de temps, prouvaient que son infirmité agissait tel un repoussoir : après la curiosité, la débandade ! Pour retenir ces demoiselles il fallait ajouter du miel à la ronce qu'il incarnait.
 
Naïvement, il avait estimé aisé de faire de sa disgrâce une "richesse". Quoi de plus faux que ce tiède idéalisme ? Dans le monde, la beauté règne en maître. Et cette loi seulement demeure la bonne. À prendre ou à laisser. Et qui n'adopte pas les règles du jeu est impitoyablement fracassé. Le reste ne consiste qu'en de stériles vues de l'esprit : des balivernes destinées à berner des romantiques inconsistants, de purs mensonges inventés pour plaire à un siècle flasque.
 
"Ce n'est rien..."
 
Le songe le hantait encore. A présent ces mots résonnaient cruellement en lui. Il se surprit à douter. Et si, finalement, son dos tors n'était pas rien ? Et tout au contraire, le centre ultime de son être ? Un trou au coeur de son univers ? Le lieu même de sa propre mort ?
 
Et pourquoi pas, l'enfer des autres ?

En effet, qui donc a déjà entendu parler de "beau bossu" ?

vendredi 24 avril 2026

2603 - Loin

Parfois j'explore les profondeurs banales de la sylve en quête d'ombre et de recueillement.
 
Aux heures creuses de mes journées paisibles, sur un coup de tête je pars à la rencontre des choses ordinaires de ma vie de vagabond. Le plus près possible de mes semelles : juste au bord de mes chemins de routine. Pas la peine d’aller au-delà de ce qui se présente à moi, cela me suffit.
 
Il ne m'en faut pas beaucoup pour me sentir heureux : la friche et les buissons me séduisent, les branches mortes et l'humus m'attirent. Plein de joie à l'idée de m’engager dans des aventures florales, j'avance en toute confiance vers ces folles broussailles qui m'attendent. Pareil au hérisson, je plonge avec délices dans ces paradis végétaux.
 
Et je me retrouve au bout du monde, entre la fin de ma route pédestre et le début de mon envol. Je me faufile dans les fourrés et disparais au fond des bois.
 
Et là, au coeur des réalités communes, tout devient fabuleux. Ce qui est humble dans la Création brille à mes yeux. Pénétrant dans l'espace d'un lointain ailleurs, je vois ce que nul mortel ne soupçonne, entends ce qu'aucune oreille ne perçoit, sens des présences à la hauteur de mon chapeau, devine sous mes pas des secrets plus grands que moi.
 
Comme si je venais d'atterrir dans un rêve, tout en incarnation : avec la lourdeur de mes bottes et l'épaisseur de ma carcasse.
 
Attentif aux plantes, aux pierres, à la faune formant mon entourage anodin aux couleurs rassurantes du quotidien, je mets la main sur des trésors à portée de ma vue, à la mesure de mes désirs simples, au prix de mon bonheur de loup. Et je contemple ce que le ciel me montre, m'enivre des petits riens de la terre, prends ce que m'offre la nature.
 
L'herbe sèche me caresse et sous la piqûre de l'ortie fraîche je chante de douleur. La fleur me fait songer aux étoiles et le caillou tranchant sous ma peau m'éveille davantage. Je suis dans mon élément.

Je ramasse un morceau d'écorce sur lequel le drôle de hasard a dessiné un visage effrayant : j'en ferai cadeau à la mère Garbichon qui, j'en suis sûr, après s'être exclamée d'étonnement le jettera dans son feu ! Dans ma poche j'ajoute une pomme de pin, histoire de m'alléger encore d'un peu de poésie. Je m'imprègne jusqu'à l'ivresse des parfums de la végétation. Et puis je m'étends sur un lit de gerbes arides. Enfin, je médite.

Et finis par m'endormir autour des feuilles et des épines.

Mon voyage commence.

2602 - Le choc de la chute

Et puis un jour en cheminant ainsi à tort et à travers entre terres et nues il finit quand même par rencontrer une jeune colombe, ce qui était le but originel de ses expéditions nébuleuses. Noyé dans ses nuages tout en demeurant courbé vers le sol, il en avait en effet presque oublié ses idées amoureuses.
 
Il l'aperçut au détour d'une route de campagne, non loin de la ferme où elle habitait. La demoiselle était jolie, bien faite, mince, blonde, fort à son goût. Détail affolant pour l'infatigable quêteur de trésors : la flatteuse apparition arborait une gorge épaisse.
 
Il l'aborda directement, selon sa manière habituelle. Conscient de l'énormité de sa bosse aux yeux de l'inconnue lors de ce premier contact, en guise de diversion il pensa pouvoir se permettre une crudité de langage susceptible de passer pour de l'humour :
 
— Ha ! La charmante petite génisse que voilà ! J'irais volontiers jouer du piston à coulisse sur cette belle peau de vache à l'heure de la traite, moi !
 
Et ce qui devait arriver ne se réalisa point.
 
Certes, la pauvre enfant à la vue de l'épouvantail et en entendant ses mots choquants s'alarma, effrayée et outrée. Une fois la surprise passée, très vite elle se rendit compte d'avoir plus affaire à un drôle de personnage qu'à un pitoyable goujat. Rassurée, elle répondit :
 
— Si vous voulez me sortir votre trompette sous le museau, il faudra d'abord me montrer si la partition est bonne.
 
Non seulement la blondinette avait de l'esprit, mais également une sacrée audace... Enhardi par sa réponse, Pierre en profita pour ajouter :
 
— Soyez certaine que ma chandelle ardente est à la hauteur de votre autel zénithal !
 
Peut-être comprit-elle "hôtel génital". Il n'eut pas le loisir de le savoir : à ce moment précis le père surgit. S'étant approché en silence, il eut le temps de capter l'essentiel de la scène. Furieux de voir cet affreux bossu compter fleurette à sa fille, il le frappa à coups de bois vert en l'injuriant.
 
— Sale nabot ! Je vais t'apprendre à dénicher des poulettes de luxe moi ! Vilaine bête que tu es ! Ma princesse ne cherche pas un crapaud de ton espèce ! Non mais regarde-moi ce dos à faire peur, une vraie horreur ! Va plutôt fourrer ton cornichon de chauve-souris dans les chiottes du diable si tu veux ramasser de la femelle qui soit à ton niveau !
 
Le fermier battit copieusement le malheureux qui, blessé dans son corps disgracié autant que dans son orgueil de galant en galère, s'enfuit en abandonnant derrière lui ce rêve incarné à peine effleuré dont il ignorera le prénom... Ce qui lui faisait le plus mal, c'est que le paternel ne déraisonnait pas : se croyait-il donc si attirant que ça, lui la cloche fêlée, pour oser séduire de pareilles beautés ?

jeudi 23 avril 2026

2601 - L'amour loin du sol

A force de sillonner les routes futiles et les horizons déserts à la poursuite de ses rêves, ravi de pouvoir ainsi se repaître de la blancheur des nuages, il se perdit dans ses pensées, dans ses pas, dans son but, ivre des hauteurs de l'azur et des cailloux des chemins.
 
Il marcha bientôt pour le seul plaisir de voler.
 
Il croyait deviner la femme idéale dans les formes changeantes des cumulus, lisait des présages imaginaires à travers le vol des oiseaux, découvrait des trésors impalpables au-delà de ses regards, à perte de vue, plus loin que la brume...
 
Chacune de ses expéditions racontait une histoire inédite à sa bosse tout en allégeant ses semelles. En effet, il promenait avant tout sa difformité. Comme s'il voulait accoutumer le monde à son apparence, annoncer la couleur, faire passer son message : "regardez-moi, je suis un monstre à la recherche de l'amour".
 
C'est d'ailleurs ce qu'on voyait prioritairement chez lui : ses omoplates. Un sommet dépassant les platitudes de l'ordinaire. Quel spectacle dérangeant il offrait aux inconnus qu'il croisait ! Que ce soit en pleine campagne ou dans les rues des cités, avec son allure étrange, son dos de gargouille et ses pantalons poussiéreux il ressemblait à une apparition irréelle, à une créature lunaire.
 
A un jeune singe en quête d'humanisation, pour tout dire.
 
Devenir un homme était la véritable finalité de ses démarches qui, perçues de l'extérieur, paraissaient tellement insensées. Sauf qu'à ses yeux accéder à ce statut supérieur ne signifiait nullement porter un chapeau ou arborer une barbe mais tout simplement se doter des ailes de la légèreté. Il se considérait déjà l'égal des plus grands : ayant décollé de terre depuis belle lurette, il se retrouvait chaque jour dans le ciel de ses périples saugrenus.
 
De fait, pour les gens qu'il rencontrait Pierre s'apparentait plus à un cauchemar ambulant qu'à une bonne nouvelle en marche. Indifférent à cette image qu'il renvoyait de lui, le bossu demeurait dans ses cimes.

Égaré dans ses espaces sans pesanteur, il faisait des allers-retours quotidiens entre le lit de sa chambre et l'immensité des nues.

mercredi 22 avril 2026

2600 - Fantômes d'azur

L'utopiste ne souhaita pas gâcher de temps à construire de pesantes certitudes.
 
Il s'envola aussitôt à la conquête des étoiles. Ne quittant pas ses nuages, sûr de ses rêves, ivre d'espoir, enfiévré et joyeusement désorganisé, il consacra ses journées à explorer "l'espace des possibles" à partir du point d'ancrage de la maison parentale.
 
Il entreprit cette folle aventure à l'abri des regards de son proche entourage. Loin de son refuge, en dehors de cette ville où il avait reçu l'humiliante fessée publique. Il voulait éviter de nouvelles moqueries de la part de ceux qui connaissaient la consternante affaire de sa mémorable déculottée.
 
Il alla chercher ce trésor au nom de "femme" dans d'autres cités éloignées, dans des campagnes perdues, sur des chemins de hasard, vers des horizons inconnus, toujours dans des lieux hypothétiques, vers des terres inaccessibles, en direction de n'importe quelle porte ouverte ou fermée. L'essentiel pour lui étant de planer assez haut pour perdre de vue le sol des réalités.
 
Il avait des ailes dans la tête mais cela ne l'empêchait pas de clopiner. Il marchait partout où il pouvait tant que c'était à la rencontre potentielle de ses désirs de polichinelle enflammé. On voyait ce jeune bossu arpenter les routes, sillonner bois et champs, traverser plaines et villages du matin au crépuscule. Accompagné de son ombre, entouré de corbeaux, il poursuivait un invisible but de brumes en clochers et de rues grises en ciels bleus.
 
Parfois il faisait peur à voir.
 
Beaucoup se demandaient ce qu'il faisait ainsi à courir après des fantômes. Le soir il revenait chez lui, fatigué, seul, plus courbé que jamais avec sa bosse sur le dos. Mais pas résigné du tout. Le lendemain, n'ayant que cela à faire de sa vie, il repartait en guerre. Le comble, c'est qu'il semblait heureux de multiplier ces tours inutiles qui ne lui rapportaient rien de concret, si ce n'est de la poussière sur le bas de ses pantalons.
 
Il fuyait.
 
Ou plutôt, il voyageait, s'évadait, fusait même ! Il montait jusqu'à se retrouver en totale apesanteur, oubliant ce poids sempiternel qu'il supportait sur ses épaules.
 
A ses yeux ces expéditions aléatoires équivalaient à une quête idéale. Des envolées quotidiennes vers davantage de légèreté, d'azur et de poésie. Sauf qu'en guise de belles blondes, il ne croisait que des vaches beuglantes, des vieilles fermières arriérées ou des beautés irréelles sur des affiches publicitaires.
 
Il effectuait d'incessants aller-retours entre sa chambre et nulle part. Et cela suffisait pour remplir ses jours de vides radieux.

mardi 21 avril 2026

2599 - Les rêves de Pierre

Il songeait :
 
— À présent que ma bosse m'a mis à l'abri des besoins matériels, je vais pouvoir m'envoler plus facilement. Puisque me voilà définitivement libéré des pesanteurs du vulgaire, ma seule occupation consistera soit à éclipser l'enclume d'os tordus que je porte sur le dos, soit à la lustrer pour en faire un sommet remarquable.
 
Son but essentiel était de déployer ses ailes de chameau.
 
Laisser blatérer la bête assoiffée d'amour qui habitait son corps de laideur. Attendre que ses rêves fous mettent le feu à son château de sable. S'enivrer de ses illusions. Imaginer de nouvelles étoiles qui puissent illuminer davantage ses pensées. Croire à ses propres éclats au point de s'y brûler. Enfin, trouver une proie séduite par ses flammes.

Et la dévorer.
 
Il souhaitait faire de sa vie une odyssée aérienne. Voir jaillir de la poésie de son échine grotesque. Devenir une source de lumière et non s'enfoncer dans ses lourdeurs. Donner à boire au ciel, abreuver son âme de beauté, éclairer les pierres, alléger l'ordure, embellir la gargouille qu'il incarnait, tels étaient ses profonds désirs d'ange-épouvantail.
 
Pierre voulait une femme qui soit à la hauteur de ses chants tranchants.
 
Ne pouvant singer les Apollons, dans sa conquête de soleil il devrait "singénier" à briller de l'intérieur : gesticuler en dedans de lui, jouer du tambour, voltiger comme un trapéziste, émouvoir le poulailler pour obtenir des oeufs nourriciers.
 
En somme, se livrer à un numéro de singe pour offrir une image de cygne.
 
Il allait devoir passer par de multiples humiliations, il le savait. Le prix de son redressement serait nécessairement élevé : on n'enfante jamais sans douleur. Peut-être se vautrera-t-il jusque dans l'indignité, involontairement, ébloui par ses folies, perdu dans son éther... Transformer sa rocaille dorsale en une belle Lune : une entreprise aussi difficile que changer l'artifice en vérité.

Avec toutes ces chimères dans la tête, le pauvre rêveur partait perdant.

lundi 20 avril 2026

2598 - La hauteur du ciel

Les parents de Pierre avaient bien compris sa réaction et l'estimaient saine et honorable. Eux-mêmes ne cautionnaient nullement le fait qu'un centre de formation officiel incite la jeunesse à s'engager professionnellement dans des entreprises répandant l'ordure dans la société. Fiers de leur enfant, il décidèrent de l'écarter des corruptions sociales. Conciliants et protecteurs depuis cette malheureuse expérience, ils se dirent que finalement la condition d'un jeune bossu comme lui pouvait fort bien s'accommoder des facilités du siècle au lieu de chercher d'inutiles difficultés.
 
Ils considéraient que le sort de Pierre était déjà assez pesant et qu'il n'avait pas besoin d'alourdir davantage ses jours. Il fallait, selon eux, lui trouver un moyen de subsistance à la hauteur de ses valeurs morales : sans qu'il soit obligé de descendre dans les bassesses de ce monde.
 
Il venait juste d'atteindre sa majorité. L'âge idéal pour demander des aides de l'État, étant donné son infirmité. La chose fut aisée et après quelques démarches, au bout de quatre mois l'inguérissable obtint une pension d'invalidité à vie. Certes aucune législation ne l'empêchait de travailler, mais nulle loi ne s'opposait à son assistance. Débarrassé de tout souci matériel, désormais il avait la liberté devant lui.
 
En attendant de voler de ses propres ailes, du moins d'aller nicher ailleurs, il demeurait chez ses géniteurs. Sa chambre devenait donc sa bulle d'ombre et de silence à partir de laquelle il pourrait se jeter dans les flammes et les glaces de nouvelles conquêtes.
 
Étendu sur son lit, soulagé de se savoir pris en charge, il repensait à sa relation avec Rose, à l'humiliation publique qui s'ensuivit... Ce passé glorieux et pitoyable lui faisait délicieusement mal et horriblement honte en même temps. Et puis avant il connut Marguerite... Quelle stérile précocité, pensa-t-il ! Les souvenirs continuaient de défiler sur l'écran du plafond qu'il fixait. Il se revoyait avec un mélange de terreur et de fierté en train de recevoir des corrections sanglantes au pensionnat. Quelle leçon de vaillance ! Enfin, son rêve étrange avec l'amoureuse inconnue lui revenait... Ce songe le hantait particulièrement. Surtout les mots apaisants que la femme prononça : "Ce n'est rien !"
 
Conscient cependant de n'être qu'une bosse ambulante en attente d'étoile, il se savait fragile dans sa situation, même si un feu sacré brûlait en lui. Il n'ignorait pas qu'aux yeux de ses contemporains il apparaissait irréel et décalé, aussi lointain qu'un astre perdu.
 
Son père lui demanda ce qu'il souhaitait faire de ses années futures, livré à ses envies et caprices, en lui faisant comprendre que cette oisiveté s'apparenterait à celle d'un rentier. Ce à quoi il répondit :
 
— Je voudrais décrocher des palmes, m'attarder au pied de souches, quitter le sol et briller sous la Lune, papa !
 
— Bonne affaire et jolie ambition mon fils. Mais encore ?
 
— Il ne me déplairait pas de construire des cathédrales, les cheveux au vent. J'aurais ainsi les semelles sur terre et la tête dans les nuages. J'aimerais également connaître un amour qui dépasse le toit de notre maison.

Pierre n'était pas fait pour marcher droit avec les autres : ces derniers regardaient simplement l'horizon, tandis qu'il visait le ciel.

dimanche 19 avril 2026

2597 - Le stage

Après trois années d'un calvaire éducatif salvateur, Pierre respirait l'air de la vacuité. En se retrouvant entre les murs de sa chambre et le vide de ses journées, il n'avait plus rien à faire, pas davantage de piment à déguster. Au moins la badine de ses maîtres lui tenait chaud, elle le maintenait en éveil. Redoutable, cette baguette de loup faisait battre son coeur d'oiseau.
 
Mais ici dans son foyer, le seul poids de son caillou sur le dos ne lui suffisait plus. Il voulait trembler, frémir, vibrer, brûler, s'envoler. Il lui fallait, pour éprouver pleinement la sève de la vie, recevoir ses pluies de glace et ses orages de feu, comme chez les religieux. Sans plus de pression autour de lui, il estimait être redevenu peu de chose. Et les jours devinrent insipides à son goût. Il cherchait la tension, le défi, l'aventure, la douceur de l'épine et l'ivresse des sommets.
 
Ses parents le mirent alors en contact avec un centre de formation professionnel pour jeunes en difficulté. Les employeurs se devaient d'accepter un quota de travailleurs handicapés. Pour certains d'entre eux cette obligation légale, loin d'être une contrainte, était providentielle : cela permettait de renvoyer une excellente image de leur enseigne auprès d'un public acquis et fort compréhensif. Un entrepreneur qui prend sous son aile un infirme pour le former à un métier, quelle belle "action citoyenne" pour le progrès d'un monde moderne !
 
Bref, le système s'occupait de Pierre.
 
Le personnel de l'aide sociale n'eut pas de problème pour trouver ce lieu d'apprentissage idyllique au déshérité : pas dupe du tout de cette opération revêtant une forte part de communication, il se savait l'instrument des bonnes consciences en marche, le prétexte dûment incarné pour faire reluire la vitrine d'une société éprise de justice insensée et d'égalité démesurée.
 
On lui proposa donc un stage dans un magasin de location de films VHS. Il devrait, si tout se passait bien, y apprendre la relation client, la gestion des stocks, le service marketing.
 
Il commença par les rudiments : le ménage et le rangement. Tandis qu'il s'adonnait à ces élémentaires activités ménagères, le patron lui conseilla d'observer minutieusement le fonctionnement de l'affaire : la manière d'accueillir la clientèle, la disposition des présentoirs, la mise en avant des nouveautés, etc. Etant donné qu'il s'agissait d'un commerce lié au cinéma, le théâtre s'y étalait à tous les niveaux : les artifices mercantiles se déployaient depuis la portée d'entrée jusque sur les étagères sur lesquelles étaient présentées les cassettes vidéos. Une mise en scène commerciale étudiée afin que les consommateurs se sentent choyés en venant louer leurs séances de ciné-club.
 
Tout à ses balais et chiffons, Pierre écoutait et acquiesçait. Et surtout, s'ennuyait. Il prenait une posture de circonstance et affichait un air très consciencieux, ce qui plaisait beaucoup au gérant. En faisant semblant de s'intéresser à ces bêtises d'adultes, il s'assurait de leurs grâces, lesquelles se limitaient à de stériles singeries.
 
Un autre stagiaire travaillait en sa compagnie, arrivé plus tôt et déjà pétri par les valeurs de la maison. Une fois passées les étapes essentielles, il avait été promu à la hauteur la plus enviable de toutes : il tenait la caisse.
 
La récompense suprême pour tout débutant zélé. Un trône de prestige pour n'importe quel employé. Autant dire le nirvana !
 
Fier de son apprenti ayant si vite gravi les échelons, le responsable tenait à raconter à Pierre l'histoire flatteuse de cette ascension. Même si elle restait anecdotique (le temps d'une brève immersion en entreprise), elle était édifiante à ses yeux, porteuse de sens, avec une véritable force pédagogique. Il espérait que cet exemple de réussite ferait naître chez le novice à l'anatomie brisée une ambition inédite, lui donnerait l'envie d'égaler ce chanceux qu'il désignait d'un index admiratif.
 
— Tu vois Pierre, toi aussi tu pourras te tenir à la même place que lui, si tu t'appliques. Pour l'instant tu balayes... C'est normal, c'est une phase nécessaire. Imagine-toi que dans un mois, deux peut-être, ce sera à ton tour d'encaisser !
 
Celui qu'il montrait du doigt, propret, vêtu d'un gilet fin surmonté d'une cravate discrète, le geste précis, la mine sérieuse et le sourire calibré, s'activait aux commandes de la caisse-enregistreuse, pénétré de son importance. Une allure "pro" en parfait accord avec les codes usuels de ce milieu des loueurs de rêves en boîte. Conscient de son parcours glorieux jusqu'à cet autel sacré, heureux d'avoir su mériter la confiance du tenancier, il rendait la monnaie, sobre, digne, attentif. Assurément, il brillait dans son poste à responsabilités.
 
— Oui, tu auras cette charge prestigieuse toi aussi Pierre, si tu y mets du tien.
 
Le chef commerçant lui disait cela avec une conviction paternaliste. Ces mots adressés sur un ton ridiculement solennel firent sur Pierre l'effet d'un électro-choc. Ce dernier préféra répondre par le silence. Il ferma ses poings et pensa pour lui-même, juste pour lui (et nul ne devina ses pensées) :
 
— Que crois-tu donc ? Pauvre type, minable, roi des épiciers que tu es ! Selon tes critères étriqués de boutiquier de sous-préfecture, mes aspirations ne s'élèveraient pas plus haut que celles de ce crétin en tricot raffiné en train de percevoir les paiements des chalands ? Cet infatué sur son siège de concierge satisfait est lamentable ! Tu offres à ces abrutis consuméristes ta sale marchandise : ils s'avachissent le cerveau avec des navets hollywoodiens et des productions pornographiques... Tu n'as pas honte ? Et tu voudrais que j'imite cette crapule en pull délicat qui resplendit d'imbécillité et de vanité ? Tu me prêtes des idéaux aussi vils ? Tu considères qu'un bossu de mon espèce qui accède à l'honneur pitoyable de manipuler ton tiroir à billets obtiendrait fatalement le statut d'homme ? Saches que dans ce corps de cancrelat mon âme royale se révolte ! Jamais je ne m'abaisserai à ton niveau de porc ! Je vole au-delà des nues ! La reconnaissance à travers ces immondices ? La respectabilité au prix de ces petitesses de minus ? Je vise les nuages, m'abreuve des flammes de l'azur et poursuis des étoiles ! Pendant que tu te vautres dans ta médiocrité de marchand de tapis, je convoite un ciel éclatant ! Tu me proposes un bonheur méprisable de veau... Ce confort d'obèse t'engraisse et te fait puer au fond de ta boutique de province ! Vendeur de merde morale, je te crache à la face !

Le lendemain, on ne le revit pas remettre sa bosse chez "VIDÉO 2000".

samedi 18 avril 2026

2596 - Libération

Il s'approchait ainsi de sa majorité à l'ombre de l'institution, sa route semée de heurts initiatiques, de chutes crapuleuses, d'envols salutaires et d'épreuves rédemptrices. Il apprenait avec difficulté, il est vrai. Il avançait cependant, à petits pas. En reculant, en stagnant, en recevant des coups.
 
Au final, il remplissait quand même son néant originel par de la consistance structurelle, peu à peu. Avec beaucoup d'efforts mêlés de relâchements : chez lui la boue côtoyait la flamme : lourdeurs et légèretés, laideurs et hauteurs, faiblesses et vigueurs allaient souvent de pair. Les bonnes résolutions générales se heurtaient parfois à des jours pleins de mauvaise volonté, ce qui occasionnait du temps perdu à remonter des pentes, à rattraper des retards accumulés, à s'attarder sur des sujets superflus. C'était là le prix de ses progrès.
 
Enfin le moment fut venu de quitter l'établissement. Un grand jour mais également un trou profond. Pour lui cette issue représentait aussi une nouvelle cime à gravir : celle des soucis d'adulte. Personne responsable qu'il n'était de toute évidence pas, à l'orée de ses dix-huit printemps.
 
Grâce à ses maîtres qui avaient frappé assez fort sur son échine de vicieux doublé de paresseux, à la fin de cette troisième année de tentatives d'ascensions humaines, l'âne devenu presque savant parvint à emprunter sans déshonneur la porte de sortie. Entré dans ce centre de toutes les corrections avec le statut d'"élève pas comme les autres", il en repartit en emportant la palme la moins glorieuse.
 
Une victoire bien loin de celle espérée, mais non nulle.
 
Envoyé chez ces religieux à poignes de fer pour accéder à des sommets, il avait triomphé en réussissant à se hisser jusqu'à la moyenne. Guère plus haut. L'exploit ne dépassait certes pas ses médiocres capacités intellectuelles, pour autant il ne démérita point dans cet indéniable engagement. Ses modestes gains, à la mesure de ses aptitudes, ne furent pas négligeables pour la suite des événements, surtout en termes d'élévation mentale et spirituelle.
 
Son esprit demeura encore relativement épais mais son âme s'affina indubitablement. Sans égaler la norme commune des étudiants de son âge, Pierre ne ressemblaient en rien à un idiot. Il réservait même des surprises à ceux qui doutaient des qualités de cette tête placée si proche d'une bosse...
 
Qu'allait-on faire de ce dromadaire à moitié érudit une fois dehors ?
 
En attendant de prendre une décision, ses parents l'installèrent chez eux. Tout en sachant que dans son cas l'attente pouvait durer jusqu'à se transformer en impasse définitive.

Pour l'heure, l'animal venait d'être rendu à sa liberté, laquelle consistait en un enfermement dans des règles sociales inadaptée à ses ailes naissantes.

vendredi 17 avril 2026

2595 - La chair et l'esprit

L'institution était devenue pour lui un asile ultime. Austère, sombre et loin de tout. Mais tellement proche des hauteurs essentielles ! Le dernier trou où se cacher du monde pour, en même temps, se préparer à l'affronter.
 
Dans ce centre où l'on mettait en pratique les vérités les plus tranchantes, Pierre tremblait, brûlait, hurlait, saignait, riait. De peur, de joie, de douleur, d'espoir, d'ardeur et de gloire. Il se considérait comme un rescapé de la société réfugié dans des nuages de feu. Un être ailé échappé d'une réalité trop aseptisée, trop mensongère, trop tiède et trop molle pour ses aspérités de roc.
 
Entre ces murs, il commençait à prendre de l'envergure et à avoir du plomb dans la tête. Et surtout, il voyait les choses avec une lucidité grandissante. Certes son amélioration personnelle et sa croissance spirituelle ne l'empêchaient nullement d'éprouver des transports frivoles ou des pulsions inavouables. Sauf qu'il savait mieux les identifier, les analyser, les classer par ordre d'importance. Avant soit d'y succomber, soit de les combattre.
 
Il se livrait quasi quotidiennement à ses passions impies. Son progrès, c'est qu'il y ajoutait une certaine dose de culpabilité.
 
La femme de ménage ayant été renvoyée par sa faute, il s'était rabattu sur l'aide aux cuisines nouvellement employée. Une quadragénaire simple, sans malice, un peu épaisse mais non dénuée d'attrait. Cette fois il agissait en y mettant plus de doigté : l'expérience lui avait inspiré la prudence et la finesse.
 
Positionné depuis un coin judicieux du réfectoire où théoriquement on ne l'apercevait pas, il la lorgnait avec lubricité tout en se polluant le plus discrètement possible. Faisait-elle semblant de ne se rendre compte de rien ? En passant si près de lui à plusieurs reprises, comment aurait-elle pu ignorer l'énorme massue de chair qu'il empoignait et secouait frénétiquement tel un manche de pioche endiablé ? Il s'adonna ainsi longtemps à ce jeu douteux. La cuisinière, de son côté, en fut d'ailleurs peut-être la complice passive, qui saura ?
 
Evidemment à force de récidives dans son vice, il finit par se trahir. Devant cet autre scandale, les religieux lui ensanglantèrent la bosse à coups de badine. Relativement insensibilisée par ces châtiments réguliers, sa taupinière dorsale encaissa son lot de flammes : le prix du péché. Après le plaisir interdit, la légitime amertume. Pierre ne se lassait pas cependant de ses ivresses charnelles, en dépit des dangers auxquels il s'exposait. Son corps de jeune mâle, pour contrefait qu'il fût, réclamait sa part de proie femelle. Les punitions qu'il risquait (et essayait d'éviter) faisaient potentiellement partie du périlleux exercice.
 
Peu importent le sang, les larmes et les humiliations. Le bossu se réjouissait de ces corrections plutôt que de s'en désoler : elles avaient l'avantage de l'aguerrir, de contribuer à faire de lui un homme. Fort. Dur. Droit.
 
Beau, pourquoi pas ?
 
Dans les pires circonstances, Pierre gardait un esprit positif.

jeudi 16 avril 2026

2594 - Beauté de bossu

Si Pierre ne commençait pas vraiment à devenir un adulte à part entière, du moins il cessait d'arborer un visage aux douceurs juvéniles. Ses traits se marquèrent du sceau de l'infamie : inesthétiques, grossiers, désagréables à regarder. Sa face dénuée de séduction incarnait le tue-l'amour.
 
Un poids supplémentaire pour l'infortuné, pensera-t-on ?
 
Pas tant que ça en vérité. Aussi sensible qu'il se montrât, il ne s'affichait guère pour autant comme un romantique. Il se fichait pas mal de ne pas avoir une belle gueule, misant plus volontiers sur la virilité de ses transports charnels. En effet, il accordait surtout de l'importance au feu qui l'habitait. Et non aux délicatesses et suavités des approches nuptiales sophistiquées. A mesure de sa transformation, il assumait sans complexe ses aspérités physionomiques, adoptant une attitude de bourrin en parfait accord avec sa trogne de bulldozer.
 
Il se satisfaisait de ce que la cruelle nature lui avait octroyé : peu d'éclat et beaucoup de friche. Le réel problème pour lui n'était point sa disgrâce faciale mais sa grimace dorsale.
 
Il se demandait comment il pourrait un jour se mettre en couple avec une femme acceptant d'affronter quotidiennement la hideur de sa bosse.
 
Ses camarades de classe lui avouaient qu'au réfectoire il ressemblait à un rat vautré sur sa nourriture. Et lorsqu'il courait, il faisait penser à la fuite d'un gros cafard trapu. Ou quand il se retrouvait à quatre pattes, on voyait en lui un énorme crabe. Ce qui était vrai. Ainsi, à travers bien des aspects de sa vie courante il se déshumanisait involontairement, accentuant le caractère grotesque de sa difformité.
 
Là seulement il se sentait atteint dans sa dignité humaine.
 
Pour le reste, il se comportait aussi lourdement qu'une massue. Le temps passait, les choses s'empiraient sur certains points, s'amélioraient sur d'autres. Et, poursuivant laborieusement ses études, le jeune bossu se bonifiait en tant que rocaille. Ou plutôt, il grandissait et s'enlaidissait tout à la fois.
 
Il s'épanouissait dans ses meilleures parties, même quelques ombres s'opposaient à sa quête de lumière. De fait, il progressait plus qu'il ne reculait.
 
À sa façon, il brillait.

Pareil à un magnifique crapaud.

mercredi 15 avril 2026

2593 - Dos de gnome et tête de rat

Ce rêve l'avait profondément remué : il illustrait l'exact contraire de sa situation actuelle. Dans les jours suivants, faisant preuve davantage d'humilité, il se remit sérieusement en question. Et se rendit compte de la longueur du chemin qui l'attendait pour que se réalise ce miracle qui avait pris la forme d'un mirage nocturne : rencontrer une compagne, belle, aimante, lumineuse. Son égale saine, propre, droite, dénuée d'outrage physique. Le miroir inversé de ce qu'il incarnait. Connaître l'amour unique et parfait, quelle destinée ambitieuse !
 
Tout cela demeurait pour lui encore très abstrait. Il ne voyait pas le bout de cette route, il n'en était qu'au tout début.
 
Pendant longtemps il avait sous-estimé son infirmité. Aujourd'hui elle lui apparaissait telle quelle, dans sa vérité crue, ni plus ni moins. Sans exagération ni amoindrissement. Il commençait à comprendre l'ampleur réelle de ce qu'il affichait sur son dos : une grimace involontaire à l'adresse de l'Humanité. Mais surtout un repoussoir envers certaines femmes, un objet de fascination morbide envers d'autres, ce qui le situait entre le monstre amusant du moment et l'homme grave en devenir. Il lui fallait désormais prendre cette réalité en considération. A présent il sentait le poids véritable de cette difformité.
 
Dépasser l'obstacle de sa bosse dans sa vie amoureuse future équivalait à ses yeux à gravir une montagne, vaincre un sommet, accéder au ciel.
 
Pour l'heure, un gouffre le séparait de ce paradis. Il avait les pieds ancrés dans ce trou fécond. Et ce, afin qu'il puisse y combler ses lacunes, se former, grandir, s'élever. Conscient de ses limites, il ne parvenait toujours pas à se projeter dans les bras d'une hypothétique bien-aimée. Ici, au sein de l'institution religieuse, il se trouvait en bas de l'échelle, au stade pitoyable du post-adolescent bête et méchant en proie à ses folies charnelles incontrôlables, secoué par des tremblements aussi puérils que superficiels.
 
Tiraillé entre ses désirs idéaux et ses restes d'immaturité, il naviguait à vue, trébuchant dans la merde et se relevant sans cesse le nez dans les nuages. Tantôt submergé par ses débordements hormonaux le conduisant à des comportements sexuels brutaux, vulgaires et désordonnés, tantôt déployant ses ailes les plus pures, il évoluait du sol aux nues, de boue en lumière, de ronces en fleurs et de poussière en azur sans la moindre transition.
 
Certes ses buts lointains ne manquaient pas de noblesse, ce qui ne l'empêchait nullement d'être englué pour l'instant dans un monde aux apparences lourdes. Il vivait assurément une jeunesse pleine d'égarements poisseux. Et c'est précisément là, au bord de cet âge adulte où il allait bientôt entrer, qu'il discerna chez lui un changement.
 
Il lui sembla que son visage devenait ingrat. Ses lignes juvéniles s'estompaient pour laisser place à des traits rebutants. Pas de doute, sa face s'adaptait à son corps de gargouille. À travers ce nouveau profil qui se dessinait, il devinait l'émergence d'une tête de vilain canard.

Pierre le bossu sera donc deux fois laid.

mardi 14 avril 2026

2592 - Un rêve d'amour

À trois heures du matin Pierre fut visité.
 
Lors de cette expérience mystérieuse, il se vit projeté malgré lui vers un sommet inédit. Cette histoire devait le hanter pour longtemps. Il ressentit la chose comme un voyage initiatique à l'intérieur de lui-même.
 
Profond, étrange et beau.
 
Un rêve d'amour.
 
Un vrai choc pour lui. Après avoir humé sa toute première Marguerite, puis cueilli la seconde fleur nommée Rose qui prit tant d'importance, et enfin tenté de butiner la femme de ménage, il fut confronté à une tout autre "réalité" .
 
Il rencontra l'indicible.
 
Une inconnue aux traits doux, aux yeux tendres et à l'air aimant s'approcha de son lit. Il se leva pour mieux la voir. Belle, claire et paisible, elle le fixait en souriant. Il se sentait sondé, pénétré, aimé par cette présence. Il fut bouleversé par la puissance, la sincérité et la beauté de son regard. Il devinait que cette personne savait tout de lui. Et cela l'ébranla. Mais qui était-elle ? Que faisait-elle donc dans ce songe, si concrète, si proche, si tangible ? Cette fille venait de loin certainement, d'un grand ailleurs, d'un royaume impalpable et idéal hors de sa portée.
 
Puis elle fit un geste incroyable. Se tenant toujours debout face à lui, en guise d'étreinte, elle passa la main sur sa bosse et la caressa. Pour Pierre cet acte aux apparences anodines équivalait à un baiser, à une flamme, à une déclaration amoureuse de la part de la visiteuse.
 
Tout en agissant de la sorte, elle lui adressa ses véritables pensées. Et ses paroles émises en plein milieu de la nuit seront les seules qu'il entendra tout au long de cette scène onirique :
 
— Ce n'est rien !
 
Là, Pierre se brisa. Son coeur explosa. Il fondit en larmes. L'intruse au visage d'ange lui assurait que son infirmité lui semblait n'être "rien", lui faisant comprendre à travers si peu de mots qu'elle percevait sa clarté bien au-delà de sa laideur, plus haut que le gouffre de son dos.
 
Il continuait de pleurer sans pouvoir se retenir. "Ce n'est rien !" La phrase prononcée par l'énigmatique âme soeur résonnait en lui, aussi retentissante qu'une volée de cloches de cathédrale ! Puis la sage amante disparut, l'image se brouilla et le rêveur se réveilla dans le noir du dortoir. Il se redressa au-dessus des couvertures. L’aube n’avait pas chassé les ténèbres, ce qu’il vivait à cet instant se situait entre un fait réel et un état féérique. Autour de lui ses camarades de classe demeuraient plongés dans leur sommeil. Il resta éveillé, dubitatif.

Et s'aperçut que ses joues étaient mouillées.

2591 - La femme de ménage

En commençant sa troisième année de redressement dans l'institution religieuse, Pierre s'éprit violemment de la nouvelle femme de ménage qui y oeuvrait, seule présence féminine visible entre ces murs monacaux.
 
Elle arborait des formes voluptueuses mais semblait ne pas se rendre compte des flammes qu'elle provoquait. Cette humble employée au corps ensorcelant faisait son travail en toute innocence. Elle agitait ses brosses et plumeaux sous les regards concupiscents de tous ces gaillards qui l'entouraient comme si de rien n'était. Dans cette structure quasi carcérale peuplée de mâles taillés à la hache, la travailleuse était cent fois lorgnée, désirée, malmenée à travers leurs rêveries intimes, tant par les cancres boutonneux que par leurs maîtres en soutane.
 
Pierre l'aperçut dans un couloir en train d'épousseter les meubles. Face à cette créature aguichante, l'oeil canaille, le dos culminant, le souffle fébrile, il se sentait un ogre à l'appétit de loup.
 
Incapable de canaliser le flot de ses hormones embrasées et par son passé sulfureux déjà initié aux approches amoureuses audacieuses, il ne put réprimer ses feux charnels. Il se jeta aux pieds de la porteuse de balai, laquelle fut ébahie et amusée en voyant ce jeune bossu jouer au conquérant des hymens avec tant de hardiesse. Emporté par sa fièvre grandissante, il lui adressa des mots salaces mêlés d'un romantisme puéril :
 
— Madame, je vous promets de faire jaillir illico, là sous vos yeux, la carotte de vos rêves ! Je cache en moi de quoi vous faire gueuler d'aise, madame, croyez-le ! Venez cueillir la rose qui se dissimule sous ma braguette, ça va bien piquer les tréfonds de votre belle petite personne, vous allez voir ça !
 
Pour le coup, la bosse que l'on voyait en priorité chez lui provenait de... son pantalon !
 
Et devant l'aspect imposant de cette proéminence de chair palpitante, l'autre, la dorsale, passait largement en second plan...
 
Alors dans un geste viril et brutal, plein d'aplomb, il sortit l'énorme masse phallique sous le nez de la fille qui à la vue de ce monstre turgescent poussa un cri. D'admiration ou d'horreur, nul ne put vraiment le savoir : sa soudaine clameur alerta aussitôt son professeur principal qui arriva sur-le-champ et fut témoin de toute la crudité de la scène.
 
Le scandale fut à a mesure de l'obscénité de l’acte.
 
Une heure après Pierre se retrouva l'échine en sang, brisé, humilié, considéré aussi bassement que la dernière des crapules. Il traînait sa honte et sa douleur partout dans le centre éducatif, conscient de sa faute. Même s'il avait fait du chemin depuis son entrée dans ce pensionnat pour têtes dures, par ses outrances il demeurait un incorrigible élève qu'il fallait encore dégrossir à coups de badine.

La jolie bonniche fut promptement renvoyée et remplacée par une méchante vieille au visage sévère. Tout l'établissement en fut désolé. Les religieux qui y enseignaient, premiers concernés, regrettèrent longtemps cette décision de la direction.

lundi 13 avril 2026

2590 - L'ascension de la bosse

Il lui restait une année à recevoir cet enseignement de pointe avant de devenir officiellement un adulte. Au cours des deux ans précédents il avait avantageusement enduré des coups sur le dos et appris des leçons essentielles en classe. Sa bosse au contact des multiples châtiments n'était plus son point de fragilité. Elle constituait au contraire sa position de force.
 
Cible des tensions extérieures et tout à la fois centre de ses conflits intérieurs, mais encore bouc émissaire des contrariétés ordinaires et déversoir des communes agitations, elle encaissait tout. En somme, cette enflure agissait comme un dérivatif général aux troubles divers.
 
Ce caillou osseux qu'il portait depuis sa naissance, ingrat attribut de clown qui lui faisait courber la tête vers le sol et l'enlaidissait, incarnait finalement le sommet de sa personne.
 
Pierre exposait sans crainte son échine bombée aux flammes de la badine. Il savait que sous ce feu quasi initiatique se trouvait son salut. En effet, là exactement se situait la porte de sortie de son impasse anatomique. Une issue unique, verticale, ultime. Il s'envolait à travers la douleur et l'humiliation. Sous ce régime de la souffrance et de l'oppression, il déployait le meilleur de lui-même. Le cafard tendait vers le papillon.
 
Au lieu de sombrer dans l'abîme, de se laisser noyer stérilement dans les larmes ainsi que le font les faibles de la Terre, les perdants du siècle, les victimes complaisantes, il prenait appui sur tous les fonds pour monter et rejoindre immédiatement les hauteurs.
 
Ses ailes remplaçaient sa beauté absente.
 
De sorte que chaque punition était pour lui une occasion de s'aguerrir et de se maintenir dans son firmament. Ses maîtres ne l'ignoraient pas non plus. Envers ces derniers, il éprouvait d'ailleurs une réelle estime. Plus ils frappaient fort, plus il se sentait convié aux nues, guidé par des âmes supérieures vers un incessant dépassement de soi. C'est dans cet humus qu'il grandissait en valeur et authenticité.
 
Il n'avait rien pour briller par lui-même mais tout pour s'élever vers les clartés. Pauvre bossu ne dégageant nulle lumière, il allait par conséquent la chercher là où elle était.
 
En répondant de cette manière à son appel, il accédait avec subtilité à l'intelligence. Elle l'éclairait peu à peu. Ses efforts payaient. La honte de la raclée publique se transformait en sillon prometteur, le poids de son fardeau dorsal en calvaire lumineux, le souvenir de Rose en cauchemar fécond.

Liste des textes

2609 - Elle parlait à un épouvantail
2608 - Bête et bossu ?
2607 - Campagne triste
2606 - Une chance sur mille
2605 - S’écraser ou s’envoler
2604 - Retour sur Terre
2603 - Loin
2602 - Le choc de la chute
2601 - L’amour loin du sol
2600 - Fantômes d’azur
2599 - Les rêves de Pierre
2598 - La hauteur du ciel
2597 - Le stage
2596 - Libération
2595 - La chair et l’esprit
2594 - Beauté de bossu
2593 - Dos de gnome et tête de rat
2592 - Un rêve d’amour
2591 - La femme de ménage
2590 - L’ascension de la bosse
2589 - Marcher pour s’envoler
2588 - Le trou pour gagner le ciel
2587 - Le prix du vrai
2586 - La punition
2585 - Au sommet du trou
2584 - Asile de bossu
2583 - Retraite éducative
2582 - Fuir la honte
2581 - La raclée
2580 - Bulle de verre
2579 - Deux étincelles
2578 - Etreinte
2577 - Des flammes et des ombres
2576 - La bosse au centre du débat
2575 - Choc des contraires
2574 - L’union de la discorde
2573 - La tare et la star
2572 - Première conquête
2571 - L’éclat de sa bêtise
2570 - Dur réveil
2569 - Première épreuve
2568 - Juvénile bêtise
2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet