Au fil de semaines leurs folles flammes se changèrent en habitudes
amoureuses plus structurées. Peu à peu des pensées sages et des rêves
raisonnables naquirent dans leur tête. Aux fulgurances charnelles et envolées
des âmes succédèrent des projets de stabilité.
Ils commençaient tous deux à reconsidérer leur situation : ces légèretés
initiales devaient déboucher sur une affaire plus sérieuse.
Il leur fallait construire un foyer.
Établir des bases solides entre l'hymen et la bosse. Ancrer leur amour dans
une réalité certes pragmatique mais surtout durable. Autrement dit, réunir le
ciel et la terre, les nuages et la poussière, l'azur et les cailloux.
Faire un mariage entre la chair et la poésie.
Et tout consolider au quotidien à travers une routine lumineuse.
Pierre envisagea donc de mettre Marie enceinte afin de lui offrir une
version améliorée de lui-même : un enfant sain, droit, beau, valide.
Un bébé normal.
C'était exactement ce qu'elle voulait : ajouter au monde une part de beauté.
Et non de laideur. Apporter sa contribution maternelle à l'embellissement de
l'Humanité et l'amélioration du Cosmos. Autant que possible, enrichir la
société d'un Apollon ou d'une Vénus et non l'appauvrir d'un bossu
supplémentaire. Telles étaient ses positions sur la question. L'enfantement dans
un esprit de verticalité. L'un et l'autre ne divergeaient nullement sur ce
point. De leur union baroque devait naître, préférentiellement,
l'excellence.
Pierre le crapaud allait ainsi féconder Marie l'étoile.
Un pari assez risqué qui en valait la peine, selon lui. A ses yeux
l'infirmière, par son éclat simple et sûr, bien faite et plutôt vigoureuse,
s'annonçait comme une mère prometteuse. Apte à engendrer un fruit digne de sa
belle constitution et de sa salutaire génétique. Sa progéniture, pensait-il,
aurait de fortes chances de plaire au Soleil.
Et si par malheur un infirme sortait finalement de sa matrice, alors
l'infortuné aurait droit au meilleur de la vie également.
Avec, cependant, une plus grande dose de douleur pour y accéder.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire