Furieusement crampé sur mes positions, j'avais cependant des vues sur une
donzelle de mon âge. Elle brillait beaucoup à travers les nombreux bijoux
qu'elle portait, signe que j'avais affaire à une fille soit vénale, soit portée
sur la dépense.
L'approche s'annonçait difficile. Ma priorité absolue consistait à ne
surtout pas débourser un centime pour la séduire. Je ne devais faire aucune
allusion à une potentielle invitation à boire un verre.
Et ne jamais lui laisser le temps d'y songer elle-même.
Ma hantise était moins de me faire éconduire que de me voir proposer de
passer à la caisse.
Par-dessus tout, je préférais encore essuyer un refus humiliant plutôt que
de me séparer d'un seul sou.
De toute façon, que me coûtait de tenter le coup ? Rien, Dieu merci.
J'y allai donc le cœur battant, les doigts refermés sur ma bourse. La jolie
ne me repoussa point. Nous parlâmes. Je commençai à lui plaire, je crois,
jusqu'au moment où elle crut bon d'évoquer la possibilité d'une sortie en ville,
c'est-à-dire de lui payer un breuvage dans un bar.
Je perdis aussitôt mes moyens, bafouillai quelques mots embrouillés et la
quittai sur-le-champ. Ou plus exactement, la fuis sans demander mon reste, comme
si la peste venait de déchirer mon précieux portefeuille.
Je retournai à ma solitude et à ma frustration, trop heureux d'avoir su
préserver le peu de monnaie que je possédais. Ce n'est pas l'amour qui
m'effrayait, mais les frais et faux frais.
Je me rendis compte de l'extrême difficulté à laquelle j'allais être
confronté dans cette entreprise de conquête amoureuse. Les femmes,
particulièrement les plus avenantes, semblaient n'être à mes yeux que des
machines à jeter l'argent par les fenêtres, des objets de valeur conçus pour
casser les tirelires. Alors que moi je cherchais désespérément des compagnes
gratuites.
À quinze ans, j'entrais dans la vie avec des principes de vieux grigou. Je demeurais follement amoureux.
De mon épargne.
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