Selon tous ces témoins de la rue, il semblait qu'un amour trouble unît ces deux êtres à part. Une affaire inavouable, basse et sale. En vérité, pour ces regards extérieurs, il était impossible de définir exactement ce lien mystérieux qui avait fait s'enlacer la fleur et la ronce... Ce qui n'empêchait pas les spéculations les plus fantaisistes.
Certains d'entre eux se demandaient si une étrange flamme morbide ne les animait pas depuis le fond de leur âme tordue... Une forme de perversité crasse, sous des dehors honorables de conjugalité, en somme. Après tout, puisqu'à leurs yeux la monstruosité physique existait, l'anomalie morale demeurait également fort possible...
Rien de faux dans ce raisonnement, d'ailleurs. Mais pas fatalement vrai pour autant.
Ou alors ils imaginaient qu'une ombre intérieure un peu magique hantait leur coeur... Ou, pourquoi pas, qu'une entité féérique les habitait ? S'apparentait-elle à une fée lumineuse et lui à un sombre lutin ? Peut-être aussi croyaient-ils qu'à travers cette infirmière et ce bossu s'était ironiquement nouée une relation inédite ? Autrement dit, un curieux mariage entre la pathologie et la poésie.
Visiblement et quoi qu'on en pensât, cette femme et ce jeune homme sortant de l'ordinaire chacun à sa manière paraissaient s'être trouvés. Quelle improbable aventure du quotidien ! Vivaient-ils dans un monde ésotérique fait de ciel crépusculaire et de rêveries ténébreuses, de merveilles occultes et de cauchemars fabuleux ? Les observateurs ne manquaient pas de s'interroger sur la question, souvent stérilement. Beaucoup se convainquaient de ces stupidités. Peu parmi eux obtenaient de réponse convaincante et réaliste.
Assurément, de doctes penseurs de bistrot et autres théoriciens du vide adhérèrent sottement à ces hypothèses finalement bien légères.
De quoi s'agissait-il au juste ? Que faisaient donc la blouse blanche et la bosse ensemble ?
En réalité des intérêts très libidineux avait prioritairement formé ce couple. Complétés, dans une bonne mesure, de sentiments amoureux parfaitement classiques. Il ne fallait pas faire preuve d'esprit trop romanesque pour se rendre compte de ces évidences.
Le scandale de leur union consistait en peu de chose : il cherchait la beauté, elle était attirée par la nouveauté, voilà tout.
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