Violette désirait un bébé.
Je n'avais rien contre, sauf que les choses ne pressaient guère pour moi. Je souhaitais gagner du temps, autrement dit de l'argent. Plus tard l'enfant naîtrait, moins je perdrais une partie de ma fortune dans des engagements financiers commencés trop tôt à mon goût. Je vivrais ainsi autant de jours sans payer le prix d'une coûteuse paternité.
C'était toujours cela d'économisé.
Je n'ignorais point qu'un nouveau-né, ça ressemble à l'intrusion d'un
éléphant dans un couple. Une bouche à combler, un ventre insatiable, un
braillard qu'il faut emmener chez des médecins pour un vagissement ou pour une
bouse, chez des spécialistes en tout genre pour n'importe quoi... Des docteurs
et des charlatans de toutes sortes qui réclament des honoraires exorbitants
et recommandent aux parents d'acheter des tonnes de futilités pour le
bien-être prétendu du petit, etc.
Un bambin représente une source d'ennuis et de dépenses incompatible avec
une existence d'avare telle que la mienne. J'acceptais de faire des sacrifices
cependant, mais le plus tardivement possible.
En attendant de l'engrosser, je lui proposai d'adopter une poupée. Ça ne
dépose pas ses besoins comme un chat et ça ne mange pas de pain. D'ailleurs il
m'était aisé de lui en trouver une gratuite, sortie directement des poubelles.
L'idée lui déplut. Aussi me contentai-je de me taire et de continuer à compter
mes économies en silence.
Pendant que je m'adonnais à mes incessants calculs, elle rêvait de poupins,
la tête dans son monde de landaus étincelants. Je la laissais se bercer dans ses
nuages. Avant qu'elle ne devînt une mère, je voulais déjà en faire une ménagère
économe, même si je n'étais pas sûr du résultat. Tenter l'impossible ne me
coûtait qu'un élan dérisoire. Tout ce qui pouvait m'épargner un peu de sous
valait la peine que je fisse des efforts.