Violette, en réalité, paraissait effrayée par le mobilier de ma chambre
servant d'alcôve à notre couple.
Tous ces meubles lépreux, récupérés, rafistolés, destinaient leurs grimaces
aux murs de la pièce comme à ses hôtes. Ils ressemblaient à des spectres de broc
et de bois, véritables épouvantails fixant les choses et les êtres de leur
regard glauque.
Cela donnait l'impression que nous logions dans l'antre d'un ogre. Nous
étions dans le trou d'un radin plus précisément, un refuge que l'on aurait pu
qualifier de sordide et laid, peut-être bien. Dans cet asile de l'amour, je
vivais cependant le meilleur de ma vie d'avare.
Á force de passer des années dans cet environnement de radinisme extrême et
de dépouillement pouilleux, ce quotidien de hideur me semblait normal. Ma
priorité n'était pas l'esthétique mais l'économie. Je trouvais de toute façon
beau tout ce que je ramassais pouvant m'être utile ou agréable, c'est-à-dire
quasiment n'importe quoi. Ce qui me tombait dans la main était systématiquement
béni, accepté, adopté, utilisé, digéré.
Je remplissais ma vieille piaule de ces menus débris auxquels j'accordais
du prix par le seul fait que je les avais choisis parmi d'autres dans les bennes
à ordures. Mon lieu de repos était devenu au fil et à mesure un endroit de
cauchemar, au moins aux yeux de Violette. Mon lit s'apparentait à une couche
mortuaire, entourée d'objets aux formes étranges. J'aimais à surnommer mes
trouvailles ainsi exposées mes "poupées de poubelle".
Lorsque nous dormions, des ombres suspectes se dressaient autour de nous,
de vagues visages nous adressaient des silences inquiétants.
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