Devant l'incrédulité mi-amusée, mi-étonnée de Violette, je dus apporter de
cruelles précisions afin que ma fabuleuse avarice soit prise plus au sérieux. Je
ne parlais ni de bagatelles ni de caprices ici, mais d'azur ou d'abysse, de
papillons ou d'enclumes, d'horizons clairs ou de trous sombres. La vie pour moi,
donc la joie, s'orientait fatalement vers l'ouverture des poubelles
s'accompagnant de pures jubilations. Une porte qui donnait vers tous les
infinis, tous les possibles, tous les rêves. Je devais bien faire comprendre à
Violette que ma route de radin, âpre et belle, passait nécessairement par des
sacrifices.
— Violette, une cause majeure retient mon cœur dans le ventre des bennes à
ordures. Le ciel de la découverte me brûle et m'enflamme. Partir explorer les
déchets est un acte aussi exaltant que la chasse ou la guerre. Je me sens
glorieux et invincible quand je me retrouve les pieds dans des tas de détritus.
Et je crois resplendir comme si j'étais un roi vêtu d'or ou de paille parmi des
étoiles. Les rats des bas-fonds deviennent mes amis. Je partage avec eux mes
festins de gratuité. Nous devenons frères d'opportunité. Je leur laisse des
pelures et ils m'accordent le bénéfice d'autres butins. C'est une sorte de jeu
entre ces fureteurs et moi : là où ils traînent leurs queues, je trouve toujours
l'opulence. Entre un vieux gâteau et une chemise usée, je peux tomber sur de
multiples merveilles inattendues. Lorsque je plonge dans ces minuscules océans
de rebuts, j'en ressors systématiquement gagnant. Certes puant, sale, pitoyable,
mais irrémédiablement riche. De n'importe quoi. De ceci ou de cela. Voire de
trois fois rien. Ne me demande pas d'abandonner ces menus bonheurs formant mon
royaume de gueux, pour tes cheveux, tes yeux et tes lèvres de petite princesse.
Mon Éden quotidien m'attend à chaque coin de rue.
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