En authentique vagabond que j'incarne, je ne passe jamais inaperçu dans les
champs et les prés que je traverse. Avec mon chapeau de paille pour couronne,
mon habit de loup pour manteau de lys et mon bâton de marche pour sceptre, j'ai
l'air d'un mage venu des mares. Entouré de pâturages semés de bouses, je trône
sur mon royaume champêtre, un pays de rêve plein de paix.
Tapissé de pissenlits.
Cette plante que l'on ramasse sans rien débourser constitue le trésor du
déshérité. Je m'en fais des festins quasi quotidiens. De quoi remplir mon
assiette de légèretés pour ma vie entière.
Les vaches qui m'observent aussi bien que les hommes qui m'écoutent en sont
témoins : je suis un colporteur de fables doublé d'un avaleur de salades.
Je ramène mes cueillettes à la mère Garbichon qui les arrange à sa manière
en y ajoutant diverses étoiles sucrées et deux ou trois flammes fromagères. Ces
repas de peu de choses qui me mettent en appétit me font désirer des marmitées
de lapins !
Heureusement lorsque je me rends chez ma vieille amie avec ma récolte
d'herbe fraîche, je l'accompagne toujours d'une besace alourdie d'un bon gibier
de braconnage. J'accepte de jouer à l'ascète herbivore pour cultiver le folklore
local et éblouir les notables naïfs du coin, mais si je veux tenir debout toute
la journée j'ai quand même besoin d'un minimum de bombance.
Il ne faudrait pas non plus me prendre pour un illuminé ! Reconnaissons-le,
cette verdure ne tient guère au corps.
Je ne suis nullement adepte d'une existence d'idéaliste des bois au
discours creux et au ventre vide. Ma spécialité avant tout, c'est le piégeage. A
la vérité le ramassage de tiges comestibles, c'est surtout pour agrémenter le
civet.
Et si quelques grenouilles croisent également mon chemin, elles passent
elles aussi à la casserole !
Et finalement, aux antipodes de ces maigres crudités, je suis plutôt le roi
incontesté des fricassées.
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