Pour les parents, le temps était au réalisme. Leurs rêves passés ne
tenaient plus la route. Il fallait désormais faire face à la crudité des choses
et avancer sous un ciel aux ombres immenses.
Paradoxalement, la pesanteur de leurs jours présents et à venir leur
donnait des ailes.
L'épreuve à affronter s'annonçait terrible, injuste, cruelle. Mais la
tourmente se révélait pleine de majesté, chargée d'un sens nouveau : ils
savaient qu'ils jouaient dans la cour des grands. Propulsés dans ce théâtre, ils
se retrouvaient au pied d'un sommet. Devant eux se dressait un géant à gravir.
La cause les dépassait, le vertige qui les gagnait prenait des allures
supérieures.
Leur drame devenait glorieux.
Ces coeurs qui battaient dans leur jeune poitrine semblaient faits pour les
bagatelles de l'amour. Mais de toute évidence leur âme de haute nature était
forgée pour la guerre. Le fruit débile de leur union avait effacé leurs
insignifiances, fortifié leurs bases et fait jaillir leurs flammes
latentes.
Le rideau de leur vie s'ouvrait avec fracas sur le monde, exposant leur
petit Pierre à la vue de tous. Leur aventure commençait. Austère mais noble.
Grave mais gratifiante. En traînant ce berceau où palpitait un oisillon aux
apparences de malédiction, ils entraient dans des profondeurs augustes.
Bien qu'écrasés par le sort, il se sentaient cependant aussi considérables
que des montagnes.
Avec une rare intelligence ils avaient choisi la meilleure alliée qui soit
pour les aider dans ce chemin de croix : la simplicité.
Dotés de cet unique glaive, tout pouvait leur arriver.
Leur horizon d'albatros les flattait presque. Ils ne voulaient considérer
sérieusement que l'essentiel, prêts à envisager héroïquement chaque lever de
soleil comme un défi.
Leur premier véritable ébranlement et combat initial, pitoyable, fut de
supporter les cris du bébé bossu qui braillait dans son landau.
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