Au bord de mes chemins d'éternel pèlerin, il m'arrive d'allumer des feux.
Tout en méditant, je me repose et me réchauffe auprès de ces confortables
bûchers de brindilles mêlées de bouts de bois.
Quelle joie dans les fossés, au pied des mares et au fond des fourrés
!
Des âmes naïves pourraient croire que ces pétillements secrets équivalent à
mes chastes prières de vagabond. En réalité ces étincelles qui montent au ciel
pour y dessiner d'éphémères arabesques de lumière me donnent le goût des
terrestres délices...
Et là sous mes yeux mis en appétit, les flammes se transforment en femmes.
Je rajoute du combustible pour entretenir la danse des images.
Le foyer que je viens faire naître de quelques branches mortes devient
subite source d'ivresse. Il crépite et m'étourdit.
Ces folies alimentent impunément mes fièvres impies et emportent vers je ne
sais quel olympe peuplé de muses érotiques mes brûlantes pensées...
Et finissent par provoquer l'écume du vieux chameau que je suis ! Alors mes
mots de bénédiction adressés aux braises ne sont plus que des jurons de désir et
des crachats de bête assoiffée de chair !
Oui, dans les fumées lascives de ces flambées improvisées je ne cesse de
voir les formes opulentes de l'épouse du notaire, les lignes affolantes du corps
de la mère Lalune et même de vagues ventres de danseuses orientales, tout cela
dans des parfums d'herbes grillées...
Et en attendant que la cendre remplace l'ardente lueur, je continue mes
rêves d'homme.
L'incendie ne s'apaisera véritablement que lorsque, plus tard, se lèvera
sur mes charnels vertiges l'angélique astre lunaire.
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