A force d'avaler la poussière des mille chemins du canton,
de faire valoir la hauteur de mon chapeau à travers les moindres clochers et de tremper mes bottes dans toutes les boues locales, j'en vois des choses
!
Je découvre inopinément les aventures inavouables de certaines bigotes prenant
rendez-vous avec le loup au fond des bois. J'aperçois par inadvertance de vagues connaissances
qui à la faveur de la nuit trafiquent de la gnôle clandestine, de la poudre d'on ne sait pas trop quoi et bien d'autres trésors du terroir aussi lucratifs qu'illicites. Je devine sans le faire exprès des ombres de chasseurs qui
vendent sous le manteau de la viande de maints gibiers protégés. Je capte à la volée des
échanges officieux entre de foutus porteurs de képi et de futés bandits du
dimanche.
Sans parler d'épouses infidèles tantôt à la chair faussement chaste, tantôt à l'âme franchement immodeste. Je ne livrerai pas un seul nom.
J'entends tant de demi-mots aux odeurs de souffre, de paroles plus brûlantes que le feu, de soupirs qui en disent beaucoup sur des coeurs ordinairement si peu éloquents... Sous les arbres se dressant loin des places publiques, au bord des champs selon le sens du vent et même au ras des flots au passage de telle ou telle barque, à la longue aucune de ces fumées cachées ne m'échappe.
Je connais également un curé, je ne préciserai pas lequel, prompt à abriter de la dentelle sous sa soutane. Quant aux maires... Je préfère encore garder pour moi deux ou trois eaux troubles que je déverserai à la dérobée dans le caniveau de leur mairie en temps voulu.
Je file par ce sentier et reviens sur mes pas ici et là, un jour sur cette route, le lendemain ailleurs. J'avance, glisse et vole, furtif comme un chat, un oeil derrière moi, l'air de rien sur les côtés, l'oreille partout, poursuivant droit devant, me rendant invisible quand il le faut.
Je ne confie qu'à la mère Garbichon ces hauts faits de cette campagne confidentielle. En me réchauffant à la flamme de sa cheminée, je lui en raconte de belles ! Ha ! Quelles soirées pimentées je passe en sa compagnie, entre un plat de patates-saucisses et une bolée de cidre, riche de ces nouvelles piquantes ! Ma complice m'écoute religieusement, se délectant de mes histoires, la face éclairée par toutes ces révélations sur ses voisines, amies ou ennemies.
Et tandis que les bûches crépitent dans l'âtre, je jette un à un mes secrets à la braise.
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