Certains jours propices où j'ai l'estomac calé et le coeur en fête
après un énième festin composé d'un civet de lapin, je trouve belles les nues
chargées de pluie. Alors que le reste du monde sort les parapluies, j'ouvre les
bras vers les hauteurs.
En ces moments choisis je ne considère pas sottement les nimbus ainsi que
de sombres et pesants océans flottant sournoisement dans les airs, prêts à
répandre boue et déprime en bas. Je ne les reçois pas sur le dos en maudissant
le sort, non...
Loin de moi cette idée de citadin !
Bien au contraire, ces masses de brumes célestes m'apparaissent aussi
légères que des champs d'azur. Je les envisage intelligemment, les attends sans
crainte et les célèbre avec toute la folie de mon âme faite pour la
beauté.
Je les accepte dans ma vie pour ce qu'elles sont en réalité : de purs
baptêmes de joie â accueillir sur mon front de vagabond assoiffé de rosée, de
glace, de vent et de liberté !
Ces déluges réveillent en moi des flammes insolentes. Et l'intempérie qui
transforme le sillon en cloaque devient à mes yeux un flot de plumes au lieu
d'une averse d'enclumes. Sous la chute de tant de fraîcheur, d'abondance et de
gratuité, je bénis tout à la fois la brise, l'orage, la giboulée, la neige, la
grêle et la tempête !
Heureux d'être arrosé par des principes météorologiques plus grands que ma
petite personne, je bois avec reconnaissance ce vin clair venu de si haut. Un
breuvage aussi sain et limpide doit assurément provenir de l'Olympe... Je rends
grâces à leurs dieux qui me pissent dessus !
Cette onde tombée du ciel prend pour moi des allures de bénédiction.
Et tandis que mes bottes pataugent dans des flaques de fange, ma tête est
pleine d'éclat. Je me réjouis de ces gouttes d'eau qui font crépiter mon chapeau
comme si c'étaient des larmes de lumière.
Et pendant que les frileux calfeutrés entre leurs murs s'affligent du
mauvais temps, les nuages impassibles déversent leur lot habituel d'humidité sur
leurs toits en pleurs. Et eux, bêtement, tirent leurs rideaux ou ferment leurs
volets en espérant que ces cascades miraculeuses s'arrêteront bientôt. Jamais la
pensée de profiter et de la douche et du spectacle qui leur sont offerts ne les
effleure.
Et moi, égaré dans des fourrés, embourbé au fond des fossés, trempés
jusqu'aux os, les semelles enlisées dans des trous aqueux, la gorge ruisselante
et la barbe mouillée, je chante.
Infatigable, enivré d'oxygène, je marche à travers la campagne inondée,
adressant aux altitudes pluvieuses mon bonheur de loup.
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