Par un jour de tempête, alors que je parcourais les champs et les prés
comme à mon habitude, mon chapeau s'envola.
Si haut, si loin que je le perdis de vue.
Il ne me restait plus qu'à partir à sa recherche. Et, au cas où je ne remettrais pas la main dessus, à me préparer à en faire mon deuil. Je courus donc à
travers chemin et labours en quête de mon maigre trésor disparu.
Tout en tentant de découvrir à quel endroit il aurait pu tomber, inquiet
sur le sort de ma coiffe d'errant, j'imaginai mille folies... Peut-être était-il
accroché au sommet du clocher d'une église ? Ou à l'opposé, n'avait-il pas
atterri sur la tombe de je ne sais quel quidam dans le cimetière d'un village ?
Et pourquoi pas dans le trou d'un renard ? A moins qu'il ne fût emporté jusque
dans les nuages ? Je supposai même qu'il était possiblement parvenu sur la tête
de quelqu'un d'autre !
Tout me semblait envisageable, surtout l'inimaginable. Le hasard en
pareille situation réserve souvent le meilleur aussi bien que le pire (mais
rarement la banalité) à celui qui s'en croit à l'abri et n'y prend pas garde.
Aussi l'inconcevable, l'extraordinaire, le fabuleux me paraissaient plus
plausibles que le plat prosaïsme. Je prêtais naturellement à cet objet tout
rapiécé une particulière faculté à se laisser embarquer dans d'incroyables
aventures...
Conscient des conséquences insoupçonnables d'un simple coup de vent, allié
à la puissance des forces de l'invisible, je m'attendais à un prodige. Un
miracle. Au lieu de cela je retrouvai mon couvre-chef sagement posé par terre,
là droit devant moi. A quelques centaines de mètres seulement de son point
d'envol. Il avait l'air de guetter ce moment fatidique où je le reprendrais.
L'histoire aurait dû se terminer là. Sauf que...
En le ramassant, je m'aperçus qu'il cachait une énorme bouse de
vache.
L'affaire avait pris soudainement une tournure philosophique déconcertante.
Que devais-je penser de tout cela, finalement ? Que le contenu de mon crâne,
protégé par cette capuche végétale, ne vaut pas plus que la merde ? Ou plus
anecdotiquement, que ce précieux rond de paille tressée sans cesse vissé sur mon
front, humble panache de ma modeste personne et en même temps symbole de ma
fierté de vagabond, est lamentablement voué au fumier ?
Je reposai pensivement le fugitif sur son trône habituel en prenant soin
cette fois de bien l'enfoncer. Et, de nouveau couvert, je poursuivis ma route
sous les nues agitées, plongé dans mes pensées vertigineuses.
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