Le long de mes chemins d'errance je brise des mottes de terre, tape dans
des cailloux, ramasse du bois mort.
Mais surtout, je pose des pièges.
Je tends mes collets ici et là dans les fourrés, les fossés, les coins de friches
autour des différents villages que je parcours régulièrement. Le lapin compose
l'essentiel du gibier capturé illégalement. Il m'arrive également de tordre le
cou de diverses manières à quelques menus volatiles, mais c'est rare. Et en ce cas je les plume sur
place pour les faire griller au bord de la route. Pour les grosses prises, il
faut une marmite. L'opération s'avère certes davantage fastidieuse mais le mets en vaut la
chandelle. Afin d'accéder à ce raffinement culinaire, j'ai besoin de la
complicité des villageois. Ils ont les ustensiles adéquats, je détiens le trésor principal.
Un des gardes champêtres faisant partie de mes amis, de temps à
autre je partage avec lui les fruits de ma braconne. Sa femme prépare les meilleurs ragoûts que je connaisse.
Quant aux maires des communes que j'ai l'habitude de visiter, étant donné
qu'ils se montrent tous ouvertement opposés à mes opinions royalistes, je me
contente d'avaler sous leur toit une maigre soupe ou bien un verre de vin platement formel. Ce n'est pas chez eux que je ferai bombance, non d'un lièvre
!
Si je souhaite me réchauffer avec des gerbes d'étincelles et autant d'étoiles dans une
demeure où brûle un foyer réellement ardent, c'est sûr qu'il faut que j'aille voir
ailleurs que chez ces notables de potence. Chez mon acolyte la Garbichon par exemple,
je suis toujours certain de trouver une table de choix ! Avec elle c'est fête
assurée dans la chaumière. Lorsque je me présente chez elle bredouille, les
patates de son jardin suffisent au festin. L'amitié fait le reste. Et si
vraiment le manque de civet se fait trop cruellement sentir au repas, on se débrouille avec les moyens à notre portée.
Faire cuire des rats dans sa cheminée l'effraie d'ailleurs tellement peu
qu'elle le fait à l'occasion, seule ou en ma compagnie. Nous nous régalons alors d'une fricassée de rongeurs adorablement dodus, elle et moi ! Il faut dire qu'ils sont bien
nourris, au chaud dans son antre... Ce sont même ses protégés, au même titre que ses
poules.
Ensemble nous partons à la chasse hors saison à la faveur du crépuscule, elle armée de sa canne et de ses idées arrêtées sur la question des gambadeurs garenne, moi martialement coiffé de mon indétrônable chapeau de paille. La vieille Garbichon a grand plaisir à me regarder placer mes lacets là où abonde la gent bondissante. Et ramène parfois, en supplément des bêtes étranglées qu'elle m'aide à porter, tantôt de la salade récoltée dans de vagues potagers du voisinage, tantôt des pissenlits licitement cueillis dans les près.
Finalement je crois que la plus belle pièce de mes traques animalières, c'est la mère Garbichon elle-même !
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