Un rien suffit à faire gonfler mon coeur de bohémien en bottes d'un bonheur
simple et franc, aussi frais qu'un fromage de chèvre ! A la seule vue du clocher
de village dans la brume matinale, des ailes me poussent sur le dos. Et je pense
alors à l'odeur des chaussons aux pommes que préparent le boulanger. Il fait
frisquet, je frissonne en quittant mon lit de foin. La journée sera riche
d'humbles folies et bonne à croquer !
Je sors de ma grange, plonge les pieds dans l'abreuvoir à vaches le plus
proche histoire de me réveiller et m'y débarbouille le museau.
Puis me dirige vers le Soleil qui se lève.
Je vole sur la route plus que je ne marche tant mon être est léger. Je me
précipite comme un papillon affamé en direction de la boulangerie. Chemin
faisant, je me retrouve en plein azur avec des corbeaux croassant tout autour de
mon chapeau de printemps.
Je bénis un jour aussi merveilleux !
Je croise une fermière qui me salue de son pot de lait. Peu après le
garde-champêtre sur son vélocipède, plus piquant que quatre châtaignes avec son
képi me destine ses réprimandes les plus cordiales. Arrivé à la place de
l'église, je constate que le curé en est déjà occupé à faire honneur à son vin
de messe, quelle santé ! Le père Gontran, sa sempiternelle pipe au bec, lance
quelques jurons en l'air avant d'aller rendre visite à la mère Garbichon qui va
peut-être lui offrir un café débordant de gnôle.
Je ne m'attarde pas, trop pressé d'aller quérir ma pitance de roi
directement à la sortie du four. Je paye le pâtissier d'une hypothétique
promesse de gain et m'en vais déglutir mon dû sur un banc. Et pendant qu'en
compagnie des moineaux je me régale de tant de douceur contenue en si peu de
chose, voilà que le maire de la commune vient m'adresser son plus méfiant
sourire ! Amabilité feinte que je lui retourne sous forme de chant
royaliste.
C'est que j'ai de sacrés anges à mon arc !
Monsieur Phébus commence à répandre progressivement ses flammes vernales
sur les toits, dans les rues et sur les visages. Et finit par dissiper les
derniers brouillards stagnant au fond des hommes.
Enfin, les âmes s'éclairent et le ciel triomphe.
Il ne me reste plus qu'à attendre que midi sonne pour que monte jusqu'à
Dieu en personne ma joie d'ingénu vagabond.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire