Elle était assise sur le coin de mon lit, heureuse, me
semblait-il, d'écouter mes histoires dénuées de toute allusion
consumériste.
Je lui racontais mes aventures de chercheur de vieilles casseroles et autres joyaux corrodés se
déroulant loin des lieux d'achats, mes chemins semés d'idées démodées et mes
ivresses de buveur d'eau.
À ses côtés, je me sentais proche de mon ciel. C'est-à-dire, des égouts dorés et des dépotoirs rutilants où gisaient mes rêves de radin.
Moi le rat, elle le papillon.
Le décor dans ma chambre reflétait mon idéal de vie frugale : les
vieilleries récupérées, les trucs obsolètes accrochés aux murs, le mobilier
hétéroclite issu de mes collectes, tout respirait les fonds de poubelles et les
trésors dérisoires de mes expéditions d'un siècle révolu.
Grâce à l'exposition de ces si maigres choses, je crois que je la faisais voyager.
Elle paraissait ébahie, admiratrice devant ces modestes découvertes ramenées des boîtes à ordures et qui,
selon moi, méritaient la place du roi dans le sanctuaire de ma piaule.
Les objets rouillés qui m'entouraient prenaient à ses yeux un éclat inédit.
Le peu était mis en valeur. Rien de pompeux ou de cher chez moi : juste des
bricoles brisées, des reliques à réparer, des rebuts à faire reluire.
Elle observait avec plus d'attention que la veille mon royaume de bric et
de broc, partagée entre malaise et fascination.
À vingt-deux ans, j'avais une mentalité de vieillard pitoyable, et pourtant avec ces
misères d'avare accumulées dans cette pièce où nous venions de passer une nuit
d'amour, je parvenais quand même à provoquer l'émerveillement chez Violette.
À travers ce terne attirail, elle voyait des diamants venus d'un monde
lointain, d'un ailleurs qui n'a pas de nom. Et tandis que je la tenais dans mes bras dans mon château de clodo
resplendissant de bouts de ferraille et de menues trouvailles, je remarquai que son regard n'en
finissait pas de briller.
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