Oui, il avait choisi la difficulté consistant en l'accès absolu à la
beauté, poursuivant inlassablement un but vertical à la mesure de sa misère
physique. Lui-même laid, il voulait non le pire mais le meilleur. Esthète féroce
et éclairé, il méprisait les laiderons, fuyait les bassesses, la faiblesse, les
lâchetés.
Pas de compromis ! Il estimait que sa bosse méritait les sommets, loin des
ombres, des petitesses et des tiédeurs.
A ses yeux Marie était prioritairement une âme de valeur, une chair
ardente, une compagne fiable.
Un astre singulier, tout comme lui.
Pas une séductrice, non. Plutôt une voix sage, un visage honnête, une
flamme dans la nuit.
Un silence qui ressemble à un souffle.
Il cherchait depuis toujours un diamant et avait trouvé une braise.
Il l'aimait avec son coeur de rat plein de vigueur et de poésie, de fureur
solaire et de rêves lunaires. Femme certes pas aussi éclatante dans les
apparences que ses précédentes conquêtes et cependant hautement située dans son
panthéon de bossu, elle convenait parfaitement à l'assouvissement de sa
virilité.
Marie brillait moins mais brûlait plus.
Il la jugeait belle pas seulement pour son allure, également parce qu'elle
était exactement issue de son fol horizon de "clown tordu", celui qu'il
souhaitait rejoindre au-delà du raisonnable.
Elle paraissait si pâle dans son local médical, tandis que lui rougeoyait
totalement d'amour... Au contact de Pierre, son hymen s'était allumé. Elle
incarnait l'aube et lui le crépuscule.
Blanche encore, pareille à une fleur, elle s'éveillait au jour, s'ouvrait
au Soleil, se jetait dans le feu. Il l'enlaçait, la déflorait, s'envolait
jusqu'aux étoiles, ainsi qu'une vivante légende.
Elle la neige polaire, lui la tempête de fables.