Les granges érigées au bord de mes routes d'errance m'arrangent bien.
Elles constituent l'essentiel de mes logements improvisés. En tant que
vagabond, je les considère comme des hôtels gratuits.
Je les choisis tantôt au hasard de mes pas selon la nécessité, tantôt selon mes envies du moment lorsque rien ne presse sous mes semelles. La pluie m'impose la première que je découvre, le beau temps me laisse le loisir de faire le difficile, même si en réalité je trouve tout à mon goût.
En
général je connais la plupart de ces remises : je dors régulièrement aux mêmes
endroits au cours de mes circuits fermés autour du canton. Ces baraques pleines de
paille, parfois occupées par quelque bétail occasionnel, forment pour moi un
sécurisant réseau de lits chaleureux.
Ce sont mes châteaux de foin, mes asiles de nuit, mes abris secrets, mes
toits troués sous les étoiles. Sans chauffage ni eau courante. L'extrême sobriété de ces lieux leur confère un charme unique. Ils représentent le luxe suprême du gros sanglier que je suis. La rugosité des éléments contribuent à mon confort mental. Je ne me sens chez moi qu'entouré de vieilleries, de sacs de lin, de chandelles usées, de paniers d'osier, de bûches à brûler...
Les herbes séchées, les vieux fagots, les pierres immémoriales et les poutres séculaires qui se ternissent dans ces espèces de greniers à blé m'enchantent plus que le lustre des demeures de notables.
C'est dans ces nids rustiques aux odeurs de fourrage que je me délasse de mes interminables marches en grosses bottes, me déleste de mes lourdeurs de la journée, m'envole vers mes nuages idéaux. Je suis une bête des chemins aux ailes nocturnes. Dès que je m'étends le soir dans un de ces gîtes inopinés, je deviens un aigle royal et rayonnant : je me retrouve non pas dans un coin banal mais au sommet de mes pensées.
Je pousse la porte de ces chambres à pèlerins peuplées de chauves-souris ou d'hirondelles aussi épais qu'un quadrupède, et m'y couche plus léger qu'un papillon. Dans ces refuges agrestes se déploie ma véritable nature.
Dans mes plumards de gueux je fais des rêves de roi.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire