Je fêtai mes seize années de pucelage, seul. Tout en haut de ma tour d'avare. Solitaire et incompris mais sûr de mes économies, maître de mes sous épargnés.
Loin de me comporter en panier percé, j'adoptais l'attitude hautaine et austère du rapace jaloux de son maigre butin, pauvre encore, puisque n'ayant entassé que des brindilles de richesse, mais fier de n'avoir pas dépensé la moindre pièce jaune.
J'accumulais des piécettes valant des boutons de chemise, des ronds dénués d'éclat, de la menue monnaie, en ignorant de ce que j'en ferais, ne parvenant décidément pas à me décider de me séparer de cette ferraille, même contre de l'or. Mon radinisme était tel, me rendait si fou et déréglé, que je ne voyais plus le sens des réalités.
Si j'avais pu m'acheter du ciel avec de la terre, je crois que j'aurais préféré garder le peu de choses gisant dans mes poches plutôt que de les dilapider, même au prix d'un pareil trésor d'azur !
Comble du rat crevé que j'étais, j'aimais l'épargne jusqu'à la mort. L'air que je respirais se trouvait dans le caniveau. Je ne vivais que de quêtes de miettes perdues et d'amas compulsifs de vil métal dont on fait les centimes.
Le but de mon existence consistait alors à m'enrichir de pauvreté.
J'étais l'égal d'un gueux. Je ne consommais guère plus qu'un mendigot. Et cela faisait mon bonheur.
J'avais des impressions de jouir pleinement de mes jours de jeunesse sans jamais rien claquer sous le Soleil. Je me plaisais d'ailleurs sous cet astre des pingres. Sa lumière étant gratuite, j'en profitais. De toute façon je n'avais nul argent à lui offrir, juste mon ombre à lui présenter.
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