Ma condamnation officielle, mais également mon châtiment et ma rédemption,
consistent en cette mise à l'écart de la société à travers l'enfermant dans une
cellule pour le restant de mes jours. En paiement de mon crime, je suis censé
trouver ici une nuit méritée.
On m'a placé entre ces murs affreux afin que j'expie, certes. Mais nul ne
peut m'interdire de chercher la lumière pour autant. Ce que je fais avec foi et
ardeur, inlassablement : je crois dur comme fer au triomphe final de tout ce qui
aspire à monter vers des clartés libératrices. Les lourdeurs de la Terre sont
faites pour les légèretés du ciel. Rien n'est jamais définitivement figé
ici-bas. Sur la longue durée, la verticalité est la direction normale des choses
dans l'ordre naturel du monde. J'ai sombré dans les ténèbres, soit. Je passerai
donc le reste de mon existence à remonter à la surface.
Après le gouffre, les sommets !
Dans ce cheminement ultime, l'effort de l'ascension demeure évidemment à ma
charge... Chaque détenu est libre d'avancer ou de stagner. Voire de reculer.
Depuis mon poste privilégié, bien qu'il soit peu enviable, j'observe posément ce
qui m'arrive. Je voyage dans de sombres profondeurs, j'expérimente l'aventure
terrestre dans ses extrêmes, j'explore consciencieusement les abysses de l'âme
humaine. Je vis les pires affres du sort qu'on puisse imaginer. Le piège, c'est
de les subir telle une fatalité stérile. Ma chance, c'est d'en faire une épreuve
féconde. Puisque j'ai revêtu la peau du criminel, je me doterai des ailes de
l'ange ! Qui peut l'épine peut la fleur, à condition de le vouloir.
L'envol sera nécessairement douloureux.
Pour l'heure je dois souffrir encore, sentir davantage le poids de l'ombre,
avaler toujours plus de plomb, descendre vers les froids espaces intérieurs,
m'enfoncer dans le noir, éprouver l'effroi, prendre conscience de mon abîme,
plonger le plus loin possible dans le néant.
J'ai bien ri au temps de mes méfaits, aujourd'hui je pleure. Et je me
réjouis follement de ma chute. Voilà ce qu'il me fallait pour me faire désirer
si désespérément les hauteurs !
A y réfléchir, finalement ma place dans l'Univers ne se situe pas ailleurs
que dans ce trou. Je suis ici sur le promontoire providentiel de ma misérable
vie.
La prison forge mon paradis.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire