La pluie de novembre enchante mon asile de solitaire. Cette glace venue du
ciel illumine mon univers plein d'or et de grisaille, elle fait étinceler mon
toit et chanter la terre trempée.
Ses éclats frigorifiants ensoleillent mon âme de carnassier. Ma maison
devient alors une grotte, et moi un ours.
Et je sors sous l'averse afin de m'enivrer de cette misère qui me tombe sur
la tête, m'enrichissant de ces flots, de ces flaques, de ces pleurs de
l'automne.
Et là, gorgé de rêves et assoiffé de lumière, débordant de sève, de sang et
de flammes, je serais prêt à avaler une flambée de fagots, à bouffer des
demoiselles et à croquer des rochers !
Dans ma poitrine de casanier bat un coeur de chêne. Je porte sur mon dos
mille années de crépuscules, d'ombres et de feux secrets. Et tandis que mes
pieds s'enracinent dans un sol aussi lourd que les nues, je m'envole dans des
hauteurs connues de moi seul. Mes sommets ne sont point de ce monde : je
m'abreuve de pensées grasses et brûle d'une virilité ogresque.
Qui donc, comme moi, aime autant les charmes funèbres de la grêle automnale
qui endolorit les fronts et fait frémir les morts ?
J'entends le fracas des gouttes de verglas sur la rivière. Les feuilles
sous mes semelles ont des sanglots spongieux. Les arbres dégoulinent de larmes.
Tout frissonne et palpite autour de moi.
Dans cet espace aux apparences déprimantes où je patauge avec mes bottes de
bête des bois, rien n'est sombre à mes yeux, tout est vivant.
Le temps m'apparaît clair, tranquille et beau.
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