Certains soirs d'octobre, j'ai l'impression que les arbres sont des
hommes.
Dès le crépuscule, je crois voir des corps humains à la place des troncs.
Ces végétaux aux traits rugueux paraissent aussi authentiques que les mortels :
debout, leurs visages tournés en ma direction, ils m'observent et me parlent, au
loin dans les brumes.
Je me tiens sur le pas de ma porte, prêt à rentrer me mettre en sécurité
près de l'âtre. Je contemple tout de même ce spectacle inquiétant tant que je
peux, curieux et incrédule.
Ils demeurent là, à portée de ma vue, entre l'incertitude et l'horizon,
immobiles, insensés, mystérieux. Et pourtant réels. Je les sens malveillants,
poétiques, farceurs ou songeurs, tels des inconnus qui, dans l'ombre, me
murmureraient des mots interdits, m'adresseraient des paroles inédites, me
communiqueraient des pensées rares, me raconteraient des sornettes, des vérités
ambiguës ou des mensonges tranchants...
Rien que des drôleries ou bien des histoires sombres pour qui voudrait les
entendre.
Ces voix m'appellent, me jugent et me tentent. Dois-je les écouter ou les
ignorer ? Je tends l'oreille, scrute la nuit. Je ne me trompe pas : je ne suis
pas seul.
Mais bientôt les bois semblent bouger dans l'obscurité. A leur sommet les
feuilles s'agitent, tandis que plus bas les branches enlacent le vent, comme
s'ils se déracinaient pour marcher. Avec de si hautes allures, tantôt ils
ressemblent à des diables, tantôt à des rêves.
Ils rôdent d'abord dans les alentours, puis s'approchent de ma maison et
l'encerclent en me lançant des jurons ou des bénédictions, en chantant ou en me
menaçant, je ne sais pas trop.
Je ne souhaite pas en savoir davantage. Il fait froid dehors, les ténèbres
règnent partout et je ne parviens plus à distinguer quoi que ce soit de précis.
Je m'enferme chez moi et vais me blottir au chaud devant la flamme qui, assurant
ma longue veillée de solitude, brûlera jusqu'à minuit.
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