En vagabondant de champs en chemins et de clochers en maisons, je rencontre
des oiseaux de toutes sortes, de drôles de bipèdes et de beaucoup d'autres bêtes
étranges encore. Ma vie de clodo des sillons est une aventure champêtre qui
tourne autour de petits riens extraordinaires au sein de vastes espaces
routiniers.
Mon bonheur repose sous l'infini de l'azur, dans les profondeurs de
l'herbe. Guère plus loin. Entre la terre toute proche et l'inaccessible horizon
se cache la flamme qui éclaire mes jours simples. A deux pas de mes
bottes.
A la surface du sol plus exactement. Pas la peine de chercher ailleurs.
Je ramasse des pissenlits, des pommes et des baies. Mais je trouve
également divers éclats sous mes semelles, sans faire l'effort de courir après !
Trésors rouillés et ferraille de prix, objets antiques et articles brisés : du
neuf et de l'ancien, du cher et du gratuit, du bon et du bois, du mauvais et du
mal fait. Décevantes ou merveilleuses, les surprises sont toujours au
rendez-vous.
A force de marcher chaussé de mes grosses enclumes aux pieds, je finis par
m'envoler : mon élan de balourd m'emmène vers des sommets blanchis de folie.
Entre nuages et plaine, aubes et crépuscules, clairs de lune et plein soleil,
mes journées sont chargées de plumes et de pierres, agrémentées de légèretés et
imbibées de brumes matinales.
J'allume des feux de joie sur lesquels je fais cuire mon gibier braconné.
Les rats ne m'effraient point et les vaches ruminantes m'accompagnent parfois au
bord des routes en me beuglant dans les oreilles leurs poèmes gastriques.
Au cours de mes pérégrinations dans le canton je peux aussi bien tomber sur
de la monnaie perdue que sur des oeufs pourris. Mon univers à la fois immense et
étriqué est composé de braise et de boue, de lumière et de cendre, de pluie et
de poussière.
Sur mon passage, j'écrase indifféremment fleurs et charognes. Et dans mon
sillage, je laisse des parfums de rêve ou des puanteurs de mort.
Et lorsque mon talon plonge dans une bouse, je chante comme un putois
!
J'avance continuellement en direction du meilleur des mondes, c'est
l'essentiel. Les villages que je traverse constituent mes ancrages sociaux. Là
j'ai mes habitudes, mes coins opportunistes, mes connaissances de choix et mes
points de chutes gastronomiques.
En voyageant ainsi lourdement botté, j'atterris invariablement dans mon
ciel local.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire