Avec mon long et épais manteau, je ressemble à un grand cerf traversant la
campagne.
Tout comme le noble hôte de la sylve, je suis une bête des bois vêtue des
ombres de l'automne.
Je passe entre champs et pâtures, le pas tranquille, le coeur
paisible, le chapeau léger. Et pour ceux qui voient ma silhouette voyager dans
le paysage, c'est une véritable apparition.
Mon auguste carcasse file en silence sous leurs regards étonnés. Je
sillonne la plaine, vais de prés en forêts et de haies en sentiers sans craindre
ni la brume ni la tourmente.
On m'observe avec effroi, curiosité, moquerie. Voire envie. Avec mes
allures de légende incarnée, je fais peur à certains qui ne me connaissent pas
très bien. J’inspire honte ou pitié, peut-être, à quelques esprits frileux qui
m'assimilent à un loqueteux indigne d'entrer dans leur salon. D'autres,
volontiers plus téméraires, rêvent sur mon passage.
A tous ces gens qui s'interrogent sur ma personne, je réserve le vent de
l'aventure qui se cache sous ma défroque. Mais je ne leur dis jamais rien à ce
sujet. Je ne force personne à venir vérifier de près quelle tête je présente et
quel mystère se dissimule sous mon vêtement. Je leur offre la pluie ou le beau
temps, à leur convenance. Et à leurs risques et périls. Ils m'approchent ou me
fuient, c'est à eux de peser le pour ou le contre. Ils font ce qu'ils veulent.
Moi je me contente de marcher sous mon smoking des fourrés, foulant la friche
pleine d’épines et les chemins étoilés de poussière. S'ils viennent vers moi, je
leur ouvre les bras. S'ils préfèrent s'éloigner au lieu de me croiser, je ne
leur courrai pas après.
Grandi par le lourd habit qui me protège, je parais immense. Même vu à des
kilomètres de distance, j'ai des élégances de géant. Mes semelles d'ogre
m'emmènent en direction de tous les horizons. Telle une cape spectrale, mon
plumage de vagabond impressionne. Beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants
parmi les villageois du canton sont habitués à apercevoir cette aile sombre
couvrant mon corps.
Mon couvre-chef de paille et mes bottes de brute complètent la théâtrale
panoplie. Ils en font tout un cinéma ! Mais moi je ris de ce que j'estime être si peu de chose...
Eux seuls me prennent au sérieux. Plus simple, plus clair et plus authentique,
je me situe loin de ces insignifiances.
Dans le froid, la tempête ou le brouillard, avec ma robe de loup-garou sur
le dos, je brille ainsi qu'une flamme noire.
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