Violette devait prendre conscience avec un fatalisme mêlé d'enchantement
que désormais notre nid conjugal se limitait aux modestes murs de ma chambre.
Avec la proximité parentale pour tout voisinage. Une sorte de huis clos familial
centré sur ma chère personne.
Je voulais demeurer le rat en ma maison. Autrement dit le roi en mon
royaume. Mon unique famille, celle du cœur, c'était les poubelles. Et ma
passion, l'accumulation de pièces, de débris, de petits riens et de grandes
choses.
Je lui offrais un enfer étriqué, plus exactement un paradis à la mesure de
ma ladrerie. Si en ma compagnie elle ne rêvait point de diamants, au moins elle
jouissait de la proximité, de la tangibilité, de la densité de ma vie
quotidienne : bouts de bois, eau à profusion, tissus démodés, boîtes rouillées,
violons brisés.
De l'authentique à l'état pur !
Un monde périmé, perdu, terne et poussiéreux, mais un monde sans inutiles
achats. Non pas pour vivre plus heureux, mais pour se sentir plus léger, plus
vrai, plus libre. Loin du confort déshumanisant, réfugié dans une sobriété
chaleureuse.
Il fallait qu'elle comprenne bien qu'au fil des années, elle deviendrait la
femme d'un ogre plein d'ombre et bourré d'or, d'un gosse éternel à l'âme d'un
vieillard radoteur.
Elle savait que mon héritage, qui constituait une fortune, moisirait dans
des coffres. Même si je faisais fructifier mon argent, fruits et capital en
réalité s'anéantiraient dans le trou de mon avarice. Une pure perte, vue de
l'extérieur.
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